La venue de Jean Castex à Caen comme vous ne l’avez pas vue à la télé

Vendredi 16/04/21, le premier ministre, notre cher Jean Castex, a honoré de sa présence le CHU de Caen ainsi que le centre de loisir Tandem où sont accueillis les enfants des soignant-e-s. Pour rappel c’est environ 200 lits qui ont été fermés à Caen, et les travaux en cours pour fabriquer le nouveau CHU vont aller plus encore dans cette tendance de baisse des places. Tout ça plus la loi sécurité globale et son monde de lois et décrets liberticides, plus la réforme du chômage en cours, on peut dire que ce gouvernement a du savoir faire pour se faire détester. Des rassemblements spontanés se sont donc mis en place.

Au CHU les gendarmes parquent une manifestation spontanée de soignant-e-s avec drapeaux syndicaux, quand Jaen Castex arrive, quelque personnes contournent pour regarder à l’entrée, et choisissent d’aller attendre le chef du gouvernement au Tandem.

Là, une vingtaine de courageux-ses se retrouvent avec une banderole et des pancartes, la commissaire, aidée d’un comité d’accueil pas très accueillant, nous repousse vers l’angle de la rue à 200m à cause du « périmètre de sécurité », en nous disant que Jaen Castex nous verra et qu’il doit passer par là. Dans sa grande bonté elle nous dit qu’elle ne va pas nous verbaliser parce que notre manifestation n’est pas déclarée et qu’on est plus de 6 (ça c’est une commissaire proche des citoyen-ne-s). Bon par contre les gendarmes mobiles font un barrage bien serré pour ne surtout pas qu’on passe (apparement iels sont vacciné-e-s elleux).

Evidemment, nous faisions trop peur à Jaen Castex qui modifie donc son itinéraire pour ne surtout pas passer devant nous (en même temps on avait des pancartes faut pas nous chercher). Quand il sort de sa voiture, quelques personnes sortent des casseroles pour faire du bruit, ça siffle, ça hue, la moindre des choses quand même…

On ne sait pas si la commissaire avait cru qu’on venait juste pour prendre des photos (avec une banderole c’est quand même atypique), mais elle vient nous voir énervée parce qu’on fait trop de bruit : on nous a mis là pour que le grand chef ne nous voit pas alors c’est pas pour qu’il nous entende, non mais oh, et puis quoi encore ? Qu’il nous écoute ? La liberté d’expression ?

Quoi qu’il en soit après avoir aperçu le haut du crâne de Jaen Castex on prend un petit temps pour une AG, il commence à approcher midi alors certain-e-s doivent rentrer, on blague sur la situation, on voit même quelques gendarmes rire, on leur demande donc ce qu’on fait, s’ils viennent avec nous ? Évidemment pas trop de réponse. Mais Jaen Castex ayant assez d’image de bain de foule avec des enfants (aux vues des images officielles, eux n’étaient pas syndiqués), il décide de ressortir.

Rugir n’a pas réussi à approcher son micro assez près du chef de la sécurité à ce moment là mais voici une retranscription de la scène qui a dû se produire :
– Jean Castex : ile song toujoure là les citoyeng eng colère ? Virez moi tout ça !
– Chef de la sécurité : oui partons. ( au takie walkie : ) allo commissaire, les vilains gauchistes ont cassé les oreilles du grand chef, virez moi cette merde.

Alors que nous étions encore en train de discuter, la BAC déboule vers nous en courant avec le reste des 6 camions de gendarmes mobiles. Là, même les gendarmes ne pigent pas, on en entend un dire « nan, faut pas abuser ». Quoi qu’il en soit nous sommes repoussé-e-s dans la rue perpendiculaire pour être bien sûr-e qu’on ne soit pas par inadvertance dans un champs de caméra officiel. Là on se dit qu’on a pas le rapport de force pour rester, on recule en chantant qu’on veut du fric pour l’hôpital public (et pas « du flic », contrairement à ce que semblent avoir perçue les oreilles de Jean Castex, fatiguées par notre vacarme).

Tout aurait pu en finir là mais les gendarmes reçoivent un ordre pour le moins étrange : nous bloquer dans notre dos et nous maintenir parqué-es contre un mur. À vrai dire on a bien compris que même elleux n’ont pas compris tellement c’était absurde, on en a entendu une redemander l’ordre tellement ça ne faisait sens pour personne.

Images par Résistance Caen

Là ça s’énerve, on demande aux GM ce qu’iels font, si ça a un sens pour elleux, pas de réponse. On se fait parquer comme du bétail à 20 contre un mur par une quarantaine de gendarmes le temps que Jean Castex puisse ressortir tranquillement sans (surtout pas) croiser un-e citoyen-ne. On demande à parler au responsable du groupe de GM pour lui demander à quoi riment ses ordres et si la liberté de circulation et la république venaient d’être abolies par le Parlement. Pas de réponse, il appelle la commissaire.

Quand la commissaire rapplique on réitère notre demande, que nous dit-elle ? : « Bah je sais pas moi dispersez-vous »… Un peu énervé-e-s on commence donc à lui crier que c’était plutôt ça qu’on pensait faire avant de se faire parquer. Au final, mise en face de l’absurdité de ses ordres elle nous « autorise » à partir. 3 personnes prennent la rue à contre sens, habitant de l’autre côté, ni une ni deux, elles se font interpellées…

Résistance Caen a partagé la scène sur les réseau, vous verrez c’est assez édifiant : https://fr-fr.facebook.com/resistancescaen/videos/451399562589306/

Cette scène invraisemblable nous aura encore une fois montrer que la république (que nous mettrions en danger nous les « gauchistes »), elle n’existe pas, tout est un enjeu d’image. Rien dans ce que nous avons fait le vendredi 16 avril ne portait atteinte à qui que ce soit, à part peut être à l’image d’un ministre, d’un pion du capital. Les journalistes qui l’accompagnent, trié-e-s sur le volet, ne vous montreront pas ces images insensées, rien, aucun-e n’est venu-e nous poser des questions, savoir qui on était, pourquoi on était là. Le coup de com est réussi. Même chez les gendarmes beaucoup n’ont pas compris ce qu’on leur demandait, mais comme dans toute bonne République policière avec un grand R, on ne comprend pas, on exécute. Espérons quand même que cette expérience leur fera prendre vite conscience de la servilité de leur gagne pain. S’iels veulent se réorienter, il va falloir se dépêcher avant la fin de l’université publique, ou histoire de toucher un peu de chômage avant un énième passage en force de réforme.

Quoi qu’il en soit il est nécessaire de s’organiser, de faire vivre notre solidarité de classe, de se mobiliser, de continuer à descendre massivement dans la rue, de faire grève, de refuser la République policière avec un grand R, et de construire la Révolution.

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