A Caen, l’extrême droite n’existe pas. Révélation d’une supercherie.

Aujourd’hui nous sommes le 1er avril. Un 1er avril, cela nous semblait être la date idéale pour vous révéler une supercherie qui anime les discussions d’une partie du milieu militant caennais depuis quelques temps : les tags du GUD, c’était nous.


Une mise en scène

Qu’on se le dise, l’extrême droite n’existe pas à Caen et, peut-être même en Basse-Normandie. Bien sûr, toutes les villes de France n’ont pas la chance d’en dire autant, mais Caen est antifa et le restera ! Evidemment nous avons bien quelques papys fachos ou des trolls de JVC un peu pommé·e·s qui votent RN (d’ailleurs oui, nous avons malheureusement le RN chez nous mais on y revient juste en dessous), mais cela ne représente pas un réel mouvement, juste quelques individualités. D’ailleurs, le RN sur Caen est représenté par Isabelle Gilbert. Isabelle Gilbert, comme son compte Twitter l’indique (@isagilbert76) ne vient même pas de Caen mais de la Haute-Normandie. Une immigrée en quelque sorte.Vous voulez une autre preuve que l’extrême droite n’existe pas à Caen ? Bah les rassemblements organisés par Les Patriotes, le parti de Philippot, contre la dictature sanitaire (sujet pourtant rassembleur) n’ont réuni qu’à peine quinze personnes (et encore on a compté un cocker traîné de force par ses maîtres…). Non vraiment Caen est antifa.

Mais les tags ?

A plusieurs reprises, des tags « GUD » ornés d’une croix celtique, ont été remarqués en centre-ville et sur les campus de Caen. Tout le monde a immédiatement pensé au Groupe Union Défense, un groupuscule d’extrême droite dissous par l’État en 2017. Il n’en est rien. GUD signifiait ici « Gauche Unie et Démocratique » un groupe militant caennais qui essaie d’unir la gauche en vue des élections présidentielles de 2022. Le symbole associé, que beaucoup ont pris pour une croix celtique, se compose en fait des 4 quarts d’un cercle représentant les Marxistes-léninistes, les Trotskystes, les Maoistes et les Anarchistes, uni·e·s au sein d’un même cercle symbolisant la gauche, la vraie, mais se voulant démocrates.

Mais et les fachos aperçus sur les manifs alors ?

Oui, plusieurs fois en un an nous avons croisé des royalistes, des identitaires et autres néo-nazis sur nos manifs venus protéger une statue ou provoquer les manifestant·e·s. Mais quand on y réfléchit, pourquoi protéger une statue à laquelle personne ne prêtait attention ? Pourquoi provoquer une manifestation de plusieurs centaines de personnes lorsque l’on est qu’une petite dizaine ? Pourquoi dérober un drapeau de la CGT abandonné sur un rond-point un 1er mai confiné ? Tout cela ne vous semble pas ridicule, grotesque ? C’était une farce ! Josh*, le chef des antifas locaux et créateur du GUD nous en dit plus sur cette supercherie : « On a eu l’idée d’embaucher des intermittents  du spectacle pour soutenir la culture en danger et essayer d’unir la gauche en vue des élections présidentielles de 2022. Au départ on y croyait pas trop en se positionnant à côté de la statue de Louis XIV, mais ça a bien marché, les gens ont gueulé, j’ai moi-même gueulé pour faire plus réaliste, c’était vraiment poilant. Merci d’ailleurs Rugir, d’avoir joué le jeu avec votre résumé de manif ! Finalement on a vu que les tags et les autocollants fachos ça ne suffisait pas, les gens en voulaient plus, ils voulaient voir encore une fois nos faux fafs. Ils voulaient pouvoir leur cracher leur haine au visage et c’est une stratégie efficace pour unir les gens. Le summum ça a été à la fac, lors de la manifestations que nous avions organisée en réponse à nos propres tags ! Les gens étaient chaud·e·s. On avait rappelé quelques intermittents pour venir provoquer la foule mais il n’y a pas eu besoin de grand-chose, c’est parti tout seul. Nos intermittents sont finalement partis plus vite que prévu car certain·e·s dans la foule étaient vraiment prêt·e·s à en découdre, le but ce n’était pas de les blesser… ». Mathieu, qui jouait la comédie ce jour-là, abonde : « Franchement je n’y croyais pas, les gens étaient tellement énervé·e·s, iels n’ont même pas réalisé à quel point nous étions grotesques. On n’a quand même sorti un drapeau français, puis un drapeau des Flandres ce qui est complètement contradictoire, mais les gens étaient tellement aveuglé·e·s par leur colère qu’iels n’ont pas réfléchi un instant. C’est beau de voir une telle réponse au fascisme, même si pour le coup ce n’était que nous. [Mathieu lâche un sourire]Ce jour-là, il a quand même fallu démontrer notre talent et notre professionnalisme pour ne pas rire aux insultes qu’on nous lançait. Pour moi le moment le plus dur pour garder mon sérieux, c’est quand même le faux coup de gazeuse lacrymogène. » C’est Ray*, qui tenait la « bombe lacrymogène » ce jour-là qui nous raconte la suite : « On avait répété avec Mathieu. J’avais ce brumisateur, tu sais ces bombes d’eau pour se rafraîchir l’été ? Et du coup je devais l’arroser avec et lui devait tousser et cracher en pleurant pour faire croire à de la lacrymo… » Mathieu le coupe : « ce qui est hallucinant quand j’y repense, c’est que je suis tout seul à ce moment là à tousser et à cracher. Tout le monde s’est pris la « lacrymo » mais y a que moi qui tousse ! Ca aurait dû mettre la puce à l’oreille des gens ! Haha, en vrai je pleurais, mais je n’ai pas eu à me forcer beaucoup, je pleurais de rire face à cette situation ubuesque ! ».

Bon ok, le RN ne représente rien, les fafs des manifs étaient des acteurs, mais le PDF alors, il existe ?!

« Hahahaha, quand j’y repense, je n’arrive toujours pas à croire que les gens aient pu croire au PDF sérieusement… » souffle Bruno, responsable local du Parti de la France. « Qui pourrait sérieusement s’imaginer appeler un parti comme un format de fichier informatique ? Pourquoi pas le Parti National Gaulliste ou le Groupe pour l’Indépendance de la France tant que vous y êtes ?! »Bruno, de son vrai nom Camille, est une figure du mouvement queer de la région bordelaise. « Je suis pote avec Josh depuis quelques années déjà, il y a quelques temps je suis venu m’installer à Caen et quand Josh m’a parlé de son projet du GUD, je me suis dit que je pouvais profiter de mon anonymat ici pour monter toute cette histoire et jouer la caricature du mec cis pour montrer à quel point ces comportements peuvent être toxiques et détestables. Non le PDF n’existe pas, enfin si… Mais il n’y a que Thomas Joly (responsable national ndlr) qui y croit, il ne s’est même pas rendu-compte qu’il était entouré de militant·e·s d’extrême gauche ! »

Mais alors, pourquoi révéler la supercherie maintenant ?

C’est Josh qui nous répond : « Bah en fait, tu vois, les élections approchent et ça ne sert à rien de continuer à mentir à la sphère gauchiste caennaise. On ne peut pas construire un projet sur le mensonge. Ca a été fort utile pour souder les gens entre elleux malgré leurs désaccords politiques, aujourd’hui que les liens sont créés, il est temps de travailler sérieusement. Est-ce qu’on a eu raison ? Je ne sais pas, c’est vrai que c’était un pari risqué, j’espère que les gens ne nous en tiendront pas trop rigueur ». 


*Les prénoms ont été changés

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