Colonialisme vert, énergies vertes : l’achat d’une conscience écologique, histoire d’une délocalisation de la pollution (partie 3)

A l’occasion de la diffusion sur Arte du documentaire L’illusion de l’énergie verte – la face cachée des énergies vertes1, je me décide à finir le volume trois des articles sur le colonialisme vert. Cela fait maintenant un an que j’ai commencé à m’intéresser à ce sujet et depuis, j’ai l’impression qu’il ne se passe pas un mois sans que j’apprenne des nouveaux éléments qui ne font que confirmer que la question écologique ne pourra être résolue qu’en ayant une approche profondément décoloniale et anti-capitaliste. Dans les deux précédents articles2, je présentais le processus par lequel les occidentaux, notamment grâce à l’aide d’ONG, s’appropriaient la responsabilité « d’écologiser » des populations du « sud », comme leurs ancêtres avaient « évangélisé » une partie du monde. Au passage, ces nouveaux colons s’approprient des territoires et des ressources au détriment des populations locales. La transition énergétique que nous vendent les dirigeant.e.s européen.ne.s, en plus de n’être qu’une illusion3, s’inscrit dans cette logique d’un colonialisme vert toujours plus fort.

Les énergies vertes, une nécessité pour ne pas se remettre (trop) en question

Depuis le début de la prise de conscience du problème écologique, les entreprises privées – qui ont amplement contribué aux ravages présents et futurs – sont non seulement associées aux discussions pour empêcher que le pire ne se passe, mais on leur a donné la possibilité de mener cette transition. Le documentaire diffusé sur Arte le montre bien à travers l’exemple de la voiture électrique, emblématique de la croyance dans le progrès et dans la capacité du capitalisme à se verdir, l’importance des intérêts privés impliqués dans la transition qu’on nous vante.

“Les associations écologistes exigent que toutes les étapes de la vie du véhicule soient prise en compte dans le rapport, dans leur esprit l’extraction des matières premières en fait partie : « dès qu’il y avait un élément qui pouvait être considéré comme à charge dans l’étude c’est-à-dire qui pénalisait le véhicule électrique […] Renault est intervenu pour demander que ce facteur ne soit pas pris en compte”

Extrait du documentaire diffusé sur Arte, à propos de la rédaction par l’ADEME (qui est loin d’être une institution révolutionnaire) sur le véhicule électrique

Ainsi, les grandes entreprises se retrouvent juges et parties de la transition débutantes, il n’y a donc rien de plus étonnant à les voir vouloir en profiter ! Les énergies vertes, longtemps rejetées par les classes dominantes, comme le montre le très bon livre Fascisme fossile4, sont désormais un moindre mal et même un nouveau moyen de générer des profits.

Une bonne conscience que payent à prix forts des pays (anciennement) colonisés

Car oui, les énergies vertes ne profitent pas à tout le monde, de même qu’elles n’apparaissent pas comme ça dans la nature sans qu’on ait quoi que ce soit à faire. Pour fabriquer des panneaux solaires, des éoliennes ou encore des batteries de voiture électrique, il faut des métaux rares et des terres rares. Comme leur nom l’indique, ces matières premières ne sont pas disponibles partout. Le Chili, la Chine, la République Démocratique du Congo ou encore les Philippines en possède un bon stock, mais là encore, la richesse du sol fait le malheur des populations qui y vivent. En effet, sentant le bon coup à plein nez, des entreprises occidentales, comme le géant Glencore, se sont rapidement appropriées ce nouveau marché florissant.

Enfant de 10 ans dans une mine – source : RTS

Profitant de la main d’oeuvre bon marché et de l’absence d’un droit du travail développé, les filous capitalistes s’en frottent les mains et récupèrent le pactole. Ce système est tout bonnement dégueulasse, le meilleur indice de cela c’est que même Ouest France le dit5… Pour illustrer un peu tout ça, il est bon de rappeler en chiffres l’indécence de la situation, le chiffre d’affaire de Glencore était en 2018 de 3,41 milliards de $6, le tout alors que l’entreprise bénéficiait encore en 2012 du travail d’enfant de 10 ans travaillant7 — sans protection bien sur — dans des mines à ciel ouvert. Pour rajouter à cette exubérance sachez que lors de la même année 2018 un.e habitant.e du Congo devait vivre avec 900$8 par an.

Une mine à ciel ouvert

Bref, désolé pour la gerbe, mais ce n’était là « que » l’aspect social… En effet, il faut y rajouter les ravages écologiques engendrés par cette course aux matières premières qui nous permettent de produire de l’énergie verte. Il y a d’abord la déforestation pour implanter et/ou agrandir des mines, ensuite il y a les procédés d’extraction en eux mêmes qui sont très énergivores, par exemple il faut de très grandes quantités d’eau pour extraire du cobalt ; l’eau utilisée qui est donc polluée par le procédé technique retourne par la suite tranquillement polluer les nappes phréatiques sans que rien ne soit fait pour éviter cela.



Traduction d’une étude faite par le CIFOR (centre de recherche forestière internationale)
A : Le matériel de la mine est lavée par un courant d’eau passant par la mine. Bien qu’il y ait des retenues d’eau, elles ne fonctionnent pas bien et l’eau du courant est donc polluée
B. La mine se trouve dans une zone forestière où l’on voit déjà quelques petits dommages sur la forêt
C. L’entreprise utilise des travailleurs qui viennent d’un village à 3km de la mine ce qui provoque également de la déforestation.
(La traduction est de moi, elle est donc un peu grossière et j’en suis désolé!)

Nous allons tou.te.s payer pour les profits de ces grands magnats de l’energie (verte ou non, peu d’importance vous l’avez compris). Mais les populations des pays où sont extraits les terres et métaux rares payent déjà et ce sont ces populations qui souffrent des ravages environnementaux infligés aux territoires sur lesquelles ils vivaient. Comme les tribus Baka qui doivent subir l’expulsion de leur territoire pour installer un parc naturel, toutes les populations qui se trouvent sur la route des énergies vertes se retrouvent sacrifiées.

Le pire dans tout ça, c’est que le pire reste à venir

En France comme partout en Europe, les énergies vertes ont le vent en poupe, même si elle ne se développent pas toujours au rythme que l’on pouvait imaginer. Si on reprend notre exemple de départ, la voiture électrique, les nouvelles immatriculations vont bon train, les primes aidant. Et ça la commission européenne le sait bien. Le truc c’est que, non seulement il y aura plus de voiture électriques donc plus de besoins en matériaux extraits dans les conditions que l’on a évoquées, mais en plus, pour que nous puissions faire plus de kilomètre en toute autonomie, le poids des batteries va augmenter. Et ça, la commission européenne le sait aussi. Et ça ne pose pas de problèmes a priori. On en regretterait presque le pétrole, mais non faut pas déconner non plus.

Désolé d’avoir sapé l’espoir que vous aviez peut être encore en les énergies vertes. Vraiment. Mais si ça peut vous rassurer, de base ça partait mal. En fait dès le début le truc était bancal puisque un système énergétique industriel, sur lequel le.a citoyen.ne n’a aucun pouvoir : ferme solaire immenses, champs d’éoliennes etc. nous était vendu en remplacement d’un système fonctionnant sur les mêmes bases.

Pas ouf donc. Rassurez vous des alternatives peuvent exister on peut se pencher du coté de la décroissance (notamment énergétique donc) où il existe pas mal de choses qui ne feront pas pour autant de nous des amishs ou encore laisser de coté le mythe des high-tech et du progrès technique pour se concentrer sur les low tech, collectivement on pourrait s’apprendre plein de chose et sortir un peu plus encore de ce sytème dégueulasse.

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