Le tour de ma chambre en 80 jours

80 jours. 80 jours que les universités ne reçoivent plus étudiant-es et professeur-es. 

80 jours où se réveiller, allumer son pc, préparer un café, comater 2h devant un diapo sans prendre aucune note et attendre les prochains liens Zoom rythment nos journées. Parce que c’est ça la vie étudiante aujourd’hui : un date seul-e avec un ordinateur de 8h30 à 18h, tous les jours ou presque. Avant la crise, quand on se couchait à 4h c’était parce qu’on avait un peu trop forcé sur la Maes et l’Embu au BDF. Maintenant, c’est parce qu’on multiplie les insomnies, les crises d’angoisses en pleine nuit ou parce qu’on a accumulé une charge de travail qui nous donne pas d’autre choix que celui de passer la nuit à rattraper des cours qu’on n’a pas réussi à suivre intégralement. Quand tu sors la tête de tes cahiers, c’est pour voir qu’on vit dans une société de plus en plus autoritaire (cc Macron et son dégueuli de textes liberticides). Quand tu scrolles Twitter c’est pour lire des témoignages d’incestes, de viols, d’agressions LGBTQIA+phobes. Comment avoir envie de s’épanouir dans un tel bordel ? Alors on nous dit ici et là de garder espoir, de rester optimiste. Mais l’optimisme en ce moment, c’est pas notre préoccupation. Notre préoccupation à nous c’est de survivre. Survivre dans un quotidien répétitif et vide. Vide de sens, vide de nouvelles rencontres, vide de tout nouveaux liens sociaux. Alors on essaye. On essaie de trouver un semblant de contacts humains via divers réseaux (allez sois honnête toi aussi t’as au moins installé Tinder une fois depuis le 1er confinement), mais même ça ça se fait en distanciel. Comme beaucoup, moi aussi j’ai déjà failli foutre un poing dans mon pc. Comme beaucoup, moi aussi j’ai voulu arrêter les études. Comme beaucoup, moi aussi j’ai déjà espéré m’endormir sans jamais me réveiller. Mais bon, “prenez votre mal en patience”, “accrochez-vous” et surtout : “assurez-vous de notre bienveillance”.

De nos chambres, de nos studios, on entend les rires des lycéen-nes et collégien-es qui sortent de cours et les bagnoles des travailleur-euses obligé-es de continuer à faire tourner la machine libérale… ce brouhaha nous enfonce en nous rappelant qu’au fond, nous sommes des “non-essentiel-les”. Mais à part ça, c’est le silence. Le silence chez nous, le silence quand les enseignant-es posent des questions, le silence quand on nous demande ce qu’on veut faire en post-étude, le silence quand on te demande simplement comment tu vas. Mais un silence reste particulièrement insupportable : celui du gouvernement. Malgré nos signaux de détresse et en dépit de la précarité grandissante qu’on connaît : rien depuis fin octobre. Pas plus de considération, pas plus de budget pour la fac. Alors en attendant on a gentiment serré les dents et notre seul brin d’espoir résidait dans les annonces de janvier. Mais pour quelle finalité ? Après un plaidoyer sur le risque de l’enracinement d’Haribo et Sodebo dans nos amphis, Frédérique Vidal annonce la reprise progressive des cours en présentiel pour les L1 en demi-groupe. Connerie. Les L1 découvrent la fac devant leurs écrans, les L2 n’ont pas ou peu connu des conditions d’études normales depuis leur entrée à l’université, les L3 sont démoralisé-es par la sélection en post-licence et les Masters s’inquiètent de leur insertion professionnelle à la fin de leurs études. Voilà la réalité de la condition étudiante actuellement. Aussi, des étudiant-es mettent fin à leurs jours et toujours aucune réponse à la hauteur de ces drames : le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche assassine. Ces mort-es, nous, on ne les oublie pas.

L’Université s’abîme toujours plus, la jeunesse souffre. Alors vous là-haut : rouvrez les facs, redonnez-nous la motivation d’étudier, rendez-nous l’opportunité de voir autre chose que des écrans et des diapos à longueur de journée. Et s’il vous plaît : arrêtez de nous ignorer.

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