MANIF : LA SAISON 2021 S’ANNONCE ARDENTE

La première manifestation de 2021 s’est élancée dans les rues du Centre-ville de Caen ce samedi 09 janvier. C’était une première manifestation « de chauffe » que ce soit pour les forces de l’ordre présentes en très petit nombre, ou pour les manifestant·e·s, peu nombreux·ses également (une centaine au départ de la manifestation).
Mais si le nombre était faible, la détermination était forte. Si les révolté·e·s ont soigneusement évité la préfecture, leurs slogans étaient offensifs et la manifestation s’est globalement déroulée dans la bonne humeur. Le cortège est notamment passé devant la pizzeria Buona Tavola qui faisait partie des signataires de la lettre ouverte au préfet demandant une répression plus féroce des manifestations. Bon, tant pis pour les affamé·e·s, la pizzeria était fermée, elle ne pourra pas dire qu’on l’a dérangée cette fois-ci…
Le cortège est également passé devant la Pharmacie Lafayette, elle aussi signataire de ce torchon autoritaire. Le responsable était même sorti sur le trottoir, avec un vigile pour protéger son commerce. Une chance pour lui que les manifestant·e·s ne soient pas rancunier·e·s, car ce ne sont pas ses gros bras et son air viriliste qui auraient maintenu sa vitrine en place si la foule avait décidé de la faire valdinguer.
Le cortège a donc déambulé dans les rues sans grands incidents, la police ayant décidé de surveiller de près la préfecture (par crainte que des bisons nazis escaladent ses murs pour la prendre d’assaut ? Pas de ça chez nous pourtant, Caen est antifa et le restera !) avant de se disperser dans le calme là où la manifestation avait débuté, non sans prendre un petit café pour nous réchauffer place de la République (une initiative bien sympathique !). Les principaux incidents relevant de disputes entre des manifestant·e·s en désaccord sur la stratégie à adopter, car les méthodes de certain·e·s décrédibiliseraient la lutte (en l’occurrence les feux de poubelles et d’un sapin).

Sur ce sujet j’ai une réponse à adresser aux personnes qui pensent que les feux de poubelle décrédibilisent la cause (moi, qui rédige ce compte-rendu, pas la plateforme qui le diffuse). Dans le feu de l’action, il n’est pas aisé de garder son calme alors, plutôt que de s’embrouiller entre camarades de lutte, autant réagir par écrit ensuite, à tête reposée.

Donc brûler un sapin et quelques poubelles, ce serait décrédibiliser la lutte… Mais pour la décrédibiliser, ne faudrait-il pas déjà que la lutte soit crédible ?
Quels sont les mouvements qui aujourd’hui parviennent à créer un réel rapport de force, à être « crédibles » ? Ce ne sont pas les défilés à plusieurs milliers de personnes dans le calme (qui se font d’ailleurs réprimer avec ou sans les incendiaires de poubelles). Ce ne sont pas non plus les défilés d’une centaine de personnes qui met le feu dans les rues de Caen.
Pour un rapport de force crédible, il faudrait creuser des tranchées dans le bitume, dresser des barricades, déclarer la guerre totale à l’État et sa police, faire de nos quartiers des zones autonomes… A minima, pour être crédibles, il faudrait des émeutes massives couplées à des blocages économiques comme au bon vieux temps des gilets jaunes.
On en est loin… Avec ou sans feu de poubelle, nous ne sommes donc de toute façon pas crédibles.

Je pense comme vous que les cibles choisies ce samedi n’étaient certainement pas les plus judicieuses, mais est-ce pour autant une raison de vouloir empêcher celleux qui jouent du briquer de le faire ?
Ces personnes qui font ça, elles ont vécu des moments forts en manifestation, des très bons comme des très mauvais. A chaque manif, ces feux de poubelles, c’est une tentative de retrouver un peu de cette liberté, conquise le temps d’une émeute et qui nous manque désormais. Le sapin qui brûlait ce samedi, pour beaucoup, ça a rappelé d’excellents souvenirs. Bref, ces incendies, c’est un folklore. Autant que les merguez et les drapeaux de la CGT. Pourtant je suis sûr que ça ne vous viendrait pas à l’idée de vous interposer face à la CGT parce que TRUST et HK et les saltimbanks décrédibilisent la lutte (en plus de couvrir vos propres slogans). Alors pourquoi le faire pour celleux qui cherchent à faire vivre un autre type de folklore, vous n’avez pas été mis·es en danger par ces actions, tout s’est bien déroulé. Ce folklore, il peut participer à donner du courage aux gens pour continuer à lutter. Je pense que beaucoup sont rentré·e·s chez eux en parlant de ce sapin qui brûle avec amusement, que ces images d’une mini-émeute (mais vraiment mini) ont réveillé en elleux des souvenirs plus profonds et leur donne la motivation pour poursuivre la semaine prochaine, car le militantisme est une tâche éreintante et toute source de motivation, fût-ce un sapin en flammes, est bonne à prendre.
Les feux de poubelles, non seulement ne décrédibilisent pas la lutte, mais ils peuvent aider certain·e·s de nos camarades à garder leur motivation intacte.

Alors, vous pouvez ne pas aimer certains folklore, moi-même j’ai une sainte horreur d’HK et les saltimbanks donc je vous comprends, mais pour autant ne venez pas jouer aux flics pour un truc aussi anodin qu’un sapin de Noël, jeté à la poubelle, qui se consumme tranquillement au milieu de la rue piétonne. C’est l’union qui fait notre force et s’il y a bien un truc qui décrédibilise la lutte, c’est qu’au sein d’un même mouvement tout le monde s’engueule en public.

Coeur sur vous cependant la brigade de protection des poubelles, à la prochaine manif j’espère. Ce sera samedi prochain, le 16 janvier, où j’en suis convaincu, lae pyromane amateur·ice, lae syndicaliste de longue date, lae lycéen·nes nouvellement politisé·e, l’écolo radicool, lae gilet jaune de la première heure et toustes les autres que je n’ai pas cité·e·s (sauf les flics, ACAB évidemment) sauront former un cortège aussi déterminé que festif, aussi soudé qu’hétérogène. Bref, à samedi prochain !

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