Vulgarisation du livre “Comment la non-violence protège l’Etat”

Salut à tou.te.s ! Avez-vous déjà eu un débat avec un camarade ou même un inconnu sur comment lutter ? Généralement, ça se traduit par des phrases comme “Je suis d’accord sur les idées mais pas sur la façon de faire” ou plus récemment à propos du mouvement “La Ronce” qui a eu une série d’attaques sur sa façon d’agir qui serait “contre-productive” (pour un mouvement qui vise à arrêter des productions, je trouve ça un peu vache). Et à chaque fois que vous entendez ces phrases, n’avez vous pas l’impression que cela relève un peu de l’autoritarisme de dire à quelqu’un comment lutter ? La réponse à cette question est le pari que fait Peter Gerderloos, théoricien anarchiste américain, dans son livre “Comment la non-violence protège l’Etat : Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux” publié aux Editions Libre, que je vais essayer de vous résumer de la façon la plus claire possible.

Préface :

Nous allons commencer cette série d’article par le commencement. La préface est écrite par Francis Dupuis-Déri, grand penseur de l’anarchisme et prof de science politique à Montréal, et elle commence par une citation de Roger Dupuy:

L’émeute est, à sa manière, un acte de justice.

Les coupables sont connus, la cause est entendue,

le peuple indigné ne tolère plus les lenteurs,

de la justice ordinaire dont il sait

qu’elle a toujours profité aux puissants

et à leurs protégés.

Il vaut mieux se faire justice soi-même […]

le peuple devient juge et bourreau.”

L’idée principale de cette préface est, en quelque sorte, d’exploser le sujet en allant bien au delà (ce qui est un peu chelou pour une préface je vous l’accorde) ce qui en fait probablement le texte le plus chargé du livre.

L’État au XXe siècle est le système politique le plus meurtrier avec ses guerres et ses génocides. Il arme la police pour un emprisonnement massif et bloque les frontières laissant pour mort des milliers de personnes. Et alors que son expansion ne s’arrête pas, les militant.e.s s’entredéchirent à propos de ces “violences” qui gangrèneraient les mouvements sociaux. A tel point qu’une simple pince à découper a provoqué de profond clivages durant les mobilisations anti-nucléaire à Seabrook dans les années 70. Ce genre de débat n’est absolument pas un bénéfice aux luttes sociales car il ne fait que diviser (Exemple: Greenpeace et Sea Shepherd) et ternir la réputation de certains mouvements comme les Black Blocs, tellement pourri par l’ensemble des militant.e.s que même les médias reprennent les arguments de ceux-ci (court exemple, aux USA en 2000, le Bloc était accusé d’être contrôlé par des hommes blancs, argument repris ensuite par les médias). Dupuis-Déri fait une petite aparté en parlant de l’écrivain Ward Churchill qui à écrit, entre autre, Pacifism as pathology (Le Pacifisme comme une maladie) dans lequel il dit que la non-violence serait une maladie, car elle provoquerait chez lea militant.e une impression fausse de contrôler son environnement alors que c’est seulement une idée de supériorité morale cancéreuse.

Faisons entrer une solution, la diversité des tactiques, en prenant un exemple. La Convergence des Luttes AntiCapitalistes (la CLAC) avait, en 2001 au Québec lors du Sommet des Amériques (connu pour avoir formé et armé des para-militaires impliqués dans quelques dictatures latino-américaines), décidé de faire plusieurs zones correspondant à une tactique spécifique. La zone rouge pour l’affrontement avec la police, jaune pour la désobéissance civile, et verte pour la fête et pour le repos. Starhawk, une célèbre féministe pacifiste nous dit: “Le premier jour, certaines [militantes] étaient terrifiées. Mais le deuxième jour, elles étaient plus nombreuses à être prêtes et à se rendre sur la brèche. Au troisième jour, elles demandaient de meilleurs masques à gaz pour l’assaut suivant” [1]. Elle même s’étonne de la flexibilité et de la diversité des tactiques, sans règles trop rigides, qui peuvent plaire à chacun. Et oui la liberté individuelle se traduit dans la disposition de soi ET de ses modes d’actions. “Personne ne devrait prétendre détenir l’autorité politique ou morale pour imposer une seule et unique manière d’être dans les rues” [1] (Cc XR).

Contrairement à ce que laissent penser les débats à ce sujet, les frontières entre non-violence et violence sont très fluides car chacun a ses idées de la violence. Je vais me prendre pour exemple : je considère qu’il y a violence lorsque il y a une dégradation physique ou morale d’un être humain ou animal, pas lorsqu’une vitre est cassée ou un lieu occupé. Pour Mac*on (et une bonne partie des politiques français.e.s) la violence commence on ne sait où, vu qu’il ne pense pas que des insultes racistes ou un bras arraché par un policier est une violence policière. Après tout, qu’est-ce que la violence quand l’Etat tue des gens tous les jours ? Aussi cela nous amène à d’autres questions comme “Où se passe la véritable violence?” qui nous mène à des problèmes de sexisme, d’homophobie durant les manifestations (je me souviens avoir lu un super article à ce sujet dans le magazine féministe Causette, n’hésitez pas à le signifier en commentaire si vous le retrouvez). L’exemple le plus proche du livre est la transphobie d’un de ses traducteurs, Nicolas Casaux, qui s’est fait détruire par Gederloos [2]. Cela peut nécessiter une violence légitime qui est d’exclure les hommes cishet blancs de certains groupes de discussions, ou même de certaines zones dans une manif.

Revenons à la non-violence. La non-violence n’est pas nécessairement quelque chose de mal. C’est le contexte de la non-violence et son autoritarisme amer. La non-violence, depuis sa création, considère une supériorité morale face à ceux et celles qui se battent. Elle prône son mode d’action comme le seul valable, et l’Etat n’y est pas pour rien quand il enseigne que des mouvements sont “pacifiques” comme l’indépendance de l’Inde ou la guerre du Vietnam, qui sont souvent nuancés (on en reparle plus tard dans le livre). Les non-violent.e.s, tellement bercé.e.s dans leur impression de libre arbitre, finissent par ridiculiser l’aspect “primitif” de nos méthodes de défenses, les qualifiant de médiévales. C’est sur que par rapport aux armes colossales de l’ennemi, nos “armes” ressemblent plus à des appels au secours, mais avons-nous le choix ?

Mais la violence est-elle légitime dans tous les clivages ? (Question rhétorique, me frappez pas). Aux USA, le débat de la violence ou de la non-violence revient très souvent avec la montée du fascisme. Car qui dit fascisme, dit antifascisme, et les antifas se font beaucoup accuser de “violences” durant les évènements organisés par les supporters de Trump ou de groupes racistes. Les autorités et les médias se sont empressés de discréditer les antifas. L’humoriste Aamer Rahman s’est inspiré de ces évènements pour faire un sketch, Is it really ok to punch nazis? (Est-ce vraiment acceptable de frapper un nazi? (oui)) pour ridiculiser les arguments des Blancs progressistes à propos de la violence. Plus sérieusement, Mark Bray, l’auteur de Antifa: The Anti-Fascist Handbook est étonné que ses progressistes défendent si ardemment la liberté d’expression comme s’il s’agissait de la chose la plus importante au monde. Il finit en disant: “Un fasciste qui prend la parole pour exprimer ses idées est en soi un acte de violence dominatrice, car dirigé vers des personnes déjà victimes de racisme, de sexisme, d’homophobie et de transphobie”.

Dans chaque mouvement de gauche, la défense absolutiste de la non-violence est trop souvent une façon de se montrer comme “politiquement correcte” voir moralement supérieure. Faire ça, c’est utiliser une approche autoritaire des actions populaires.

Merci de m’avoir lu pour cet article sur Rugir, cette petite vulgarisation de Comment la non-violence protège l’Etat n’est qu’un aperçu du livre entier, mais il annonce déjà la couleur.

Je vous souhaite de Rugir heureu.x.ses !

[1] Dans Parcours d’une altermondialiste : de Seattle aux Twin Towers. Pages 60 et 24.

[2] Pour en savoir plus sur le sujet : https://rebellyon.info/Nicolas-Casaux-et-la-transphobie-par-21327

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