CRISE SANITAIRE, LUTTE POUR LE CLIMAT LA NÉCESSITÉ DE CHANGER DE SOCIÉTÉ… AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD

Avec la pandémie de la covid-19, une nouvelle histoire du monde est en train de s’écrire. Les épidémiologistes ne doutent pas que le retour des pandémies soit favorisé par la façon dont nous habitons le monde, par la déforestation, la destruction des écosystèmes et la chute de la biodiversité, par la mondialisation qui a fait exploser les déplacements. La lutte contre le virus est rendue plus difficile par les politiques d’austérité dont sont victimes les services publics de santé et de recherche. De plus, les gouvernements privilégient la remise en route de la machine économique à la protection sanitaire des populations.

Le monde subit aussi les premiers effets d’une autre catastrophe : la crise climatique. Si elle n’est pas enrayée, cette crise provoquée par l’élévation de la température du globe de plusieurs degrés, aura au final des impacts plus graves que la pandémie actuelle, car elle rendra la planète en partie inhabitable pour des centaines ou des milliers d’années. L’analyse scientifique des faits et les projections pour le futur ne laissent aucun doute à ce sujet. Attendre avant d’agir serait criminel. Or, si agir est encore possible, le temps qui nous reste se réduit : le carbone à émettre avant que la barre de l’augmentation de +1,5°C soit franchie correspond à quelques années « normales » d’émission de gaz à effet de serre, selon le GIEC. Et encore, ces projections sont fragiles et la probabilité de stabiliser la température du globe en deçà de +1,5°C même si on réduisait « tout de suite » à zéro les émissions de GES n’est pas de 100%.

En plus de la crise climatique, la crise écologique mondiale que nous traversons a des conséquences lourdes pour toutes les espèces vivantes de la planète (faune et flore comprise) : c’est une crise des ressources naturelles, de la biodiversité, c’est aussi la pollution de l’air, de l’eau et des sols. Selon l’Agence européenne de l’environnement, 630 000 décès par an sont liés à un environnement pollué dans les 27 pays de l’Union européenne et au Royaume-Uni.

L’urgence d’agir est donc réelle. Mais pour quoi faire ? Les Etats mobilisent des moyens importants, disent-ils, pour la lutte contre la pandémie. Mais l’essentiel des moyens budgétaires prévus va dans la relance du système prédateur qui a fait la preuve de sa nocivité, pas pour transformer la société en s’engageant dans une réelle transition écologique.

DES MESURES POUR CONJURER LA CRISE CLIMATIQUE TOUT EN RÉPONDANT AUX EXIGENCES DE JUSTICE SOCIALE

« En bas », on peut changer beaucoup de choses : en finir avec l’hyperconsommation et le gaspillage, consommer bio et local autant qu’il est possible, se procurer le nécessaire et pas le superflu, bannir les activités personnelles polluantes, modifier ses habitudes alimentaires en diminuant sa consommation de viande ou en la supprimant totalement, montrer du doigt les pratiques nuisibles pour la société : la consommation de luxe ostentatoire, le transport aérien inutile lorsque le train existe, l’achat de véhicules ultra-polluants comme les SUV. Il faut mettre en accusation l’obsolescence programmée et le tout-jetable, promouvoir le troc, le recyclage et la réparation. Pour autant, nous refusons la culpabilisation généralisée de la population. Pour surconsommer et gaspiller, il faut avoir les moyens. Une grande partie de la population ne les ont pas. C’est le niveau de vie des riches qu’il faut réduire drastiquement, pas celui des 8,5 millions de pauvres recensés officiellement en France.

Mais les gestes individuels, nécessaires, ne sont pas suffisants. C’est le système qu’il faut changer. Il faut en finir avec le productivisme et la « croissance » à tout prix. Il faut transformer de fond en comble la production, en commençant par supprimer toutes les productions inutiles ou polluantes, reconvertir des pans entiers de l’activité économique, produire de l’énergie 100% renouvelable avec un plan de sobriété énergétique car la seule énergie qui ne pollue pas est celle que l’on ne consomme pas, révolutionner les transports en donnant la priorité aux transports collectifs, au rail sur la route, en finir avec les transports de marchandises d’un bout à l’autre de la planète, isoler les bâtiments et construire de nouveaux logements qui produisent leur propre énergie, stopper l’étalement urbain, instaurer une agriculture bio et paysanne.

Il faut aussi arrêter les projets inutiles comme, à Caen, le projet immobilier place de la République, l’allongement de la piste de l’aéroport de Caen-Carpiquet, la construction de nouvelles infrastructures commerciales autour d’IKEA à Fleury-sur-Orne.

TOUTES CES TRANSFORMATIONS DE LA SOCIÉTÉ, INDISPENSABLES POUR RÉDUIRE DRASTIQUEMENT LES ÉMISSIONS DE GAZ À EFFET DE SERRE, DOIVENT ETRE MENÉES PAR LA POPULATION ELLE-MÊME, ET PAS CONTRE ELLE.

Elles doivent s’accompagner d’une nouvelle répartition des richesses pour que chacun.e ait de quoi vivre, et de la garantie pour tous et toutes des droits à la santé, à l’éducation, à la protection juridique, à la formation continue, au logement, à l’emploi, à la culture, aux loisirs, à l’eau, à l’énergie, aux transports, en ouvrant le débat sur l’extension de la gratuité partielle ou totale à certains services.

Elles doivent permettre la création de centaines de milliers de nouveaux emplois dans des secteurs à développer, de travailler moins mais tous et toutes, de produire moins et plus utile.

Elles doivent permettre aussi d’instaurer d’autres imaginaires, d’autres modes de vie, en rompant avec les idéologies dominantes actuelles qui promeuvent la réussite individuelle identifiée avec l’enrichissement personnel, la compétition entre les personnes à la place de l’entraide et de la solidarité.

Pour accomplir ces transformations, réinventer la démocratie est un impératif.

Nous avons besoin de la science et des experts, mais c’est la population elle-même qui doit devenir maîtresse du devenir du monde.

En revanche, nous n’avons pas besoin de celles et ceux qui ont entre les mains depuis 30 ans les rapports d’expert.e.s annonçant la possible catastrophe climatique et qui n’ont rien fait. Nous ne pouvons faire confiance à leurs éventuelles promesses pour demain. Nous n’avons pas besoin non plus de « sauveur suprême », de dirigeant.e.s autoritaires pour imposer par la force et par la restriction des libertés des mesures écologistes qui seraient forcément, soi-disant, impopulaires.

Nous faisons au contraire confiance à la démocratie la plus large, y compris en expérimentant de nouvelles formes de démocratie directe : c’est la meilleure garantie que les bonnes décisions seront prises et que nous ne replongerons pas dans une nouvelle tentative de sauvetage du système.

LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE A DES ADVERSAIRES. C’EST UN COMBAT À MENER.

Il ne faut pas se cacher que la mise en œuvre de ces mesures se heurterait aux intérêts économiques dominants et à ceux qui les servent dans les gouvernements, les institutions et les médias. La prédominance des intérêts privés, en premier lieu des multinationales, sur l’intérêt général est la seule explication à donner à l’inaction des gouvernements face à la crise climatique. Priver de leur pouvoir de nuisance ces intérêts privés devient une urgence vitale pour qui veut éviter la catastrophe climatique. Cela doit devenir la tâche du mouvement pour le climat, de toutes ses composantes : collectifs citoyen-ne-s, ONG, associations, réseaux…

C’est en alliance avec les mouvements féministes qui luttent aussi contre le système tel qu’il est, avec le mouvement syndical qui organise une partie du monde du travail et s’accorde avec nous sur la nécessité de changements systémiques, avec les peuples indigènes, avec les associations de défense des droits humains, et en particulier de défense des réfugié.e.s, que nous gagnerons ce combat.

La crise sanitaire actuelle est un bouleversement du monde et aussi un avertissement. Personne ne sait ce qu’il en sortira. Mais nous pensons que rien n’est écrit : tout dépend de chacun et de chacune d’entre nous. Il est possible de construire un avenir vivable et désirable si nous nous mobilisons massivement et seulement à cette condition.

Le collectif Uni.e.s pour le Climat de Caen

Mel unispourleclimat.caen@gmail.com

Facebook : UnisPourLeClimatCaen

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