Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon

On ne vous apprend rien si on vous dit qu’Amazon ne correspond pas vraiment au modèle de société vers lequel on tend. Cette multinationale incarne le cauchemard de la productivité : exploitation, délocalisation, robotisation et destruction des écosystèmes, pour faire simple. Pas besoin de vous rappeler que ses entrepôts constituent un véritable empire de pollution (1 000 à travers le monde). Ni que ses employés sous payés (10 000 en France) ont à peine le temps d’uriner dans des bouteilles lors de leurs innombrables heures d’intérim à harpenter des hangars sans fin. Sachez simplement que son patron, Jeff Bezos, a les moyens de payer un grec à l’humanité toute entière (on parle bien de 7 millards de menus avec frites et boissons) sans que cela ne représente la moitié de ce qu’il possède (140 milliards de dollars, je repète : 140 000 000 000 $). Bref, Amazon symbolise tout ce que l’on combat et nous nous refusons à gaver son empire.

Cependant, il aura fallu deux confinement (l’un des deux à que de la gueule, devinez lequel) et un piètre débat médiatique sur le livre comme produit (non-)essentiel pour officialiser ce rejet en une tribune que nous relayons à notre tour. C’est plus de 40 maisons d’éditions indépendantes qui clament noir sur blanc qu’Amazon n’est pas, ne sera plus – et n’a jamais vraiment été – une option pour la diffusion de leurs ouvrages pour la plupart critiques :

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon.
Son monde est à l’opposé de celui que nous défendons. Nous ne voulons pas voir les villes se vider pour devenir des cités-dortoirs hyperconnectées. Amazon est le fer de lance du saccage des rapports humains et de l’artificialisation de la vie. Nous devons, sans attendre, boycotter et saboter son monopole.

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon.
Les conditions de travail dans ses entrepôts et en dehors (bas salaires, précarité, cadences exténuantes, pauses réduites, management électronique, chasse aux syndicalistes), son impact écologique (destruction des invendus, bétonisation, utilisation massive d’énergie pour les frets aériens et routiers), l’enrichissement démesuré de son patron et de ses actionnaires sont autant de marques du cynisme du modèle économique et social défendu par cette multinationale.

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon.
Les librairies sont des lieux de rencontre, d’échange critique, de débat, de proximité. Un livre doit pouvoir être défendu auprès de ses lecteurs·rices par un·e libraire, un·e éditeur·rice, un·e auteur·rice et ne pas être invisibilisé par les « meilleures ventes du moment ». Nous ne voulons pas remplacer les conseils d’un·e libraire par ceux d’un algorithme, ni collaborer à un système qui met en danger la chaîne du livre par une concurrence féroce et déloyale.

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon.
Diffuser de la pensée critique ne peut se faire par ce type de plateforme. Si nous lisons, publions et défendons des textes, c’est pour affûter nos imaginaires et donner corps à nos refus comme à nos convictions. Nous ne sacrifierons pas notre idée du livre pour un compromis financier. Nous ne nous laisserons pas imposer un futur uniforme et impersonnel.

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon.
Avatar d’un système global, Amazon représente un monde dont nous ne voulons pas et avec lequel il est grand temps de rompre.

Nous ne vendrons plus nos livres sur Amazon et appelons l’ensemble des maisons d’édition et acteurs·rices de la chaîne du livre à nous rejoindre dans cet engagement.1

Boycotter Amazon, c’est défendre une vision de l’économie du livre qui soit transversale, juste et solidaire, de sa conception à ta bibliothèque. C’est défendre une vision de la diffusion et du partage des connaissances qui profite davantage à la richesse de nos esprits critiques qu’au portefeuille du capitalisme. Un grand homme a dit un jour que c’est bandant d’être indépendant. Pour honorer la maxime comme il se doit, on vous laisse quelques pistes vers les meilleures éditions et librairies indépendantes du Grand Ouest !

On commence à domicile avec les éditions Grevis nées à Caen il y a 1 an et demi. Après avoir publié entre autres l’essai Pour la grève ainsi qu’une réedition du Manifeste différentialiste d’Henri Lefebvre, ils viennent de sortir Hinterland : une analyse du géographe Phil A. Neel sur l’arrière-pays américain qui décrypte les conflits de classes et les enjeux de la présidentielle. Un ouvrage clef pour déchiffrer les récents événements étatsuniens. A venir ensuite : le 2e numéro des Chroniques du Désert, Corps mouvementés, et son lot d’enquêtes de sciences humaines et sociales sur le corps dans tous ses états. De quoi se refaire en réflexions biopolitiques pour la suite des aventures coronesques. Ca vient de chez nous, c’est jeune et c’est conçu pour durer !

Côté librairies normandes, la librairie Les Schistes Bleus est toujours à votre disposition via l’affreux “Click and Collect” tout en dénonçant que de l’accepter de manière exclusive et indéfinie, c’est accepter l’amazonisation du métier. “Nous sommes libraires et non des manutentionnaires du numérique” déclarent les libraires cherbourgeoises sur leurs réseaux sociaux : “Nous avons besoin de notre lieu, de notre outil, de notre librairie pour faire notre travail (sinon on ne s’embêterait pas à louer des boutiques en centre-ville… On aurait un grand entrepôt et des serveurs !). Cela n’a aucun sens pour nous d’y renoncer, aucun sens de pratiquer de la vente en ligne pour survivre chaque fois qu’un nouveau confinement est décrété”. Pour rejoindre cette nécessité de la librairie non pas réduite à un simple espace économique mais surtout comme lieu de rencontre et d’échange, on vous invite à soutenir la librairie de Saint Lô Les Racontars dont l’ouverture est sans cesse repoussée par les circonstances de cette épouvantable année 2020. Sa libraire redouble d’efforts pour maintenir malgré tout une activité et un lien avec les lecteurs·rices en proposant également un retrait des commandes et des conseils lectures quotidiens sur sa page Facebook.

Dans la rubrique “Je donne donc je suis”, les éditions du Commun ont fait le pari de proposer toutes leurs publications en accès libre sur leur site. Installées à Rennes depuis 5 ans, elles proposent des ouvrages de sciences sociales pour repenser notre rapport à la société, à l’éducation avec Faire (l’)école ou encore à la recherche avec le 5e numéro de la revue Agencements. Récemment, c’est le Petit Manuel de l’habitat participatif qui est en haut de l’affiche aux côtés de l’incroyable Recueil A Punchlines, et c’est 10 balles la pépite. Ca revient fort en janvier avec Joie militante pour réchauffer les coeurs et les poumons de 2021. Un extrait est déjà disponible en ligne. Idéal en cas de coup de mou !

Pour nos bretons·onnes sûrs·res, foncez soutenir la toute nouvelle librairie coopérative et participative du Blosne, L’établi des mots. Ils expédient sur l’agglo rennaise alors commandez par mail, téléphone ou pigeon voyageur mais soutenez-les ! C’est un beau projet conçu par et pour les habitant·e·s du quartier qui ne demande qu’à prendre corps. Dans le Finistère, c’est la librairie toute aussi participative de L’angle rouge située à Douarnenez qui saura faire votre bonheur. Autre initiative qui vaut le détour, le dernier livre du webzine L’imprimerie nocturne, F comme Fièr·e·s et Féministes ! Un très bel objet d’une soixantaine de pages avec une affiche sérigraphiée en bonus, toujours pour 10 euros.

Pour les Nantais·ses, il y a bien sûr les incontournables librairies Vent d’ouest et Hab Galerie qui continuent de fonctionner à distance. Côté lectures locales, on vous conseille la revue Parades et notamment son deuxième numéro Truander le réel paru à l’été 2019 dont les thématiques abordées rentrent curisement en écho avec le contexte actuel. A lire gratuitement en ligne !

Il y aurait encore beaucoup de maisons d’édition et de librairies indépendantes, d’auteurs·rices et d’ouvrages à mettre en avant, preuve de la diversité du monde que l’on défend. Les formidables éditions Divergences et La Tempête, aussi belles à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les éditions Libre et Libertalia, éminemment politiques. Les éditions La découverte et La fabrique qu’on ne présente plus mais qui manquent cruellement à cette tribue… En attendant que les grandes structures de la chaîne du livre rejoignent les petites (mais pas des moindres), nous laissons à nos libraires préféré·e·s le soin de nous conseiller avec une passion et une précision à faire rager les algorithmes !

Bonnes lectures : )

1 Signataires : Hobo Diffusion, Éditions Divergences, Éditions la Tempête, Nada éditions, Éditions du Commun, L’œil d’or, Les Éditions sociales, La Dispute, Éditions Grevis, Éditions Ixe, Jef Klak, Panthère première, Tendance Négative, Audimat, La Lenteur, Le Monde à l’envers, Éditions des Mondes à faire, Éditions du Bout de la ville, Huber éditions, Archives de la zone mondiale, Smolny, Otium, Ici-bas, Éditions Pontcerq, Premiers Matins de novembre, Faces cachées éditions, Serendip livres, Paon Diffusion, Les Éditions libertaires, Gruppen, Black star (s)éditions, Le Chien rouge, Rue des Cascades, Éditions Dépaysage, Éditions Goater, HumuS, Homo Habilis, Tahin Party, L’atinoir, Éditions Adespote, Éditions Blast, Asinamali, Éditions Daronnes, Les Éditions de la Roue, Éditions Noir et Rouge, Les Nuits rouges.

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