Manifestation à la Grâce de Dieu 05/09/2020

Aujourd’hui à la Grâce de Dieu, environ 150 personnes s’étaient réunies pour dénoncer les nombreuses expulsions de cet été (9 squats expulsés) à l’ancien squat de la Grâce de Dieu accueillant environ 160 personnes, dont des enfants. Des banderoles étaient déployées sur les grilles contournant le bâtiment et des prises de parole ont porté attention sur la politique mondiale de la nation française et notamment des logiques impériales récurrentes qui motivent les interventions militaires, aujourd’hui au Mali notamment.

Avant de partir, un nouveau tag « Tant qu’il y aura des gens à la rue on squattera » arborait les murs du squat de la « Grâce de Dieu ». A côté, devant les portes blindées, des enfants réfléchissaient en riant à des stratégies pour forcer ces portes et pouvoir entrer à nouveau dans leurs anciens lieux de vie temporaires et appelaient l’un des pigeons posé à l’une des fenêtres à venir déambuler avec nous.

Nous avons marché dans le quartier de la Grâce de Dieu en passant par le foyer Adoma (anciennement Sonacotra), dispositif de logement spécialisé dans l’accueil de personnes exilées depuis les années 1950 et la politique d’assimilation qui a concerné les personnes issues de l’immigration post-coloniale à cette époque. Célèbres notamment pour la grande grève des loyers des années 1970, ces « foyers-prisons », comme le nomment les personnes concernées, font aujourd’hui toujours l’objet de manifestations.

Les personnes qui ont manifesté se sont ensuite retrouvées vers Mondeville pour permettre aux personnes expulsées par la Préfecture de s’installer sur un campement situé non loin de l’usine PSA dans des tentes. Installées sur un terrain à Caen suite à l’expulsion du squat de la Grâce de Dieu, elles ont été une fois de plus expulsées par la police caennaise sous l’ordre du maire Joel Bruneau. S’installer dans une autre commune était donc la seule alternative possible à court terme.

Cette installation reste temporaire et précaire, vous pouvez participer en donnant parmi la liste des besoins ci-dessous.

A déposer au squat 69, Av Henri Chéron à Caen.

couvertures, nourriture (pain, lait, trucs à cuire sur barbecue, …), bidons d’eau, lampes torches, matériel pour construire des wc secs et douches, réchauds gaz, draps, serviettes, bâches, palettes.

machines à laver, frigos, plaques électriques, matelas, vaisselle, mobilier, matériel de cuisine et de camping, outils, matériel de jardinage, visserie, quincaillerie, couvertures, moquette, tapis, hygiène (couches, serviettes hygiéniques)PAS DE VÊTEMENTS NI DE JOUETS SVP !

Chèques à l’ordre de Solidarité Migrants Calvados à envoyer à : 16 allée de l’Angle – 14200 Hérouville St  Clair.

Quelques mots pour resituer un contexte qui nous tient à coeur

Il est bon de rappeler que le contexte métropolitain caennais met en pratique le harcèlement des personnes exilées par leurs polices de Ouistreham à Caen. En plus d’accomplir sa politique anti-squat, le criminel Joel Bruneau en vient à les chasser sur des terrains d’herbe. En fin de compte, c’est leur existence à part entière qui est criminalisée au point de commander et de payer des interventions policières pour effectuer ces opérations.

Désigner Joel Bruneau n’en fait pas le seul responsable, c’est bien d’une technologie politique à part entière, qui fait loi dans la communauté urbaine Caen la Mer, qu’il est question. Le 9 juillet dernier, Joel Bruneau a été réélu président de la communauté urbaine Caen la Mer, Romain Bail, maire raciste spécialisé dans le harcèlement continuel d’à présent la centaine de personnes exilées retranchées à Ouistreham, est nommé au tourisme, Rodolphe Thomas, bien connu à Hérouville pour les commandements d’interventions policières massives dans les quartiers populaires, est nommé à l’emploi, à la politique de la ville et à l’Economie Sociale et Solidaire.

Comble du cynisme, c’est Michel Patard-Legendre, président du bailleur social Caen-la-Mer-Habitat et maire de Ifs, qui est nommé à la section « Habitat et gens du voyage », et donc aux questions de squats et d’installations précaires. Celui-ci est directement impliqué, de par son statut à Caen-la-Mer-Habitat, dans la politique anti-squat négociée entre la métropole caennaise et la préfecture. Il la met également en œuvre dans CLMH, lorsque un bâtiment de ce bailleur doit être démoli, les sanitaires peuvent être entièrement détruits pour rendre les locaux insalubres. Au squat de la Grâce de Dieu, il a également commandé la coupure de l’électricité réhabilitée par les ouvriers d’EDF en soutien aux personnes du squat, et la coupure de l’accès à l’eau en coulant du béton dans les canalisations ainsi que dans les sanitaires. Ces actes sont ordinaires et ordonnés et produisent volontairement et bureaucratiquement l’insalubrité relative des squats ainsi que la mise en danger prononcée des personnes qui y vivent, pour des enjeux économiques et sécuritaires, et en fin de compte pour qu’aucune différence à la ville capitaliste n’émerge dans les interstices ouverts par les résistances caennaises.

Les choses empirent et la nécessité de créer un rapport de force sur cette question devient urgente. À la croisée de la majorité des questions politiques qui concernent nos luttes, de la question coloniale à la question sociale, de la question sécuritaire à la question répressive, de la question de l’autonomie à la question écologique, de la question urbaine à la question démocratique.. Il serait bon d’inscrire cette problématique dans chacune de nos luttes et d’aider à prendre en compte les conditions matérielles radicalement précaires des personnes exilées qui vivent dans nos villes et ailleurs, conditions produites par les politiques néolibérales et radicalement anti-sociales de nos dirigeants locaux et nationaux.

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