A Caen, 9 squats expulsés en 2 mois

« Le préfet travaille avec méthode et rendement. Je pense qu’il veut liquider l’affaire le plus vite possible. »

Bruno Berthet, directeur de cabinet du préfet. OF du 24/07/2020

Le 25 août 2020, au petit matin, le squat rue Cardinal-Lavigerie de la Grâce de Dieu, à Caen, est expulsé. Cette longue barre d’immeuble de huit étages, comporte 36 logements. Depuis plus d’un an, ce ne sont pas moins de 160 personnes qui vivaient dans cet immeuble insalubre que Caen la mer Habitat, bailleur social (sic !), veut transformer en logements plus rentables pour accélérer le processus de gentrification de ce quartier populaire.

Mais ce grand squat n’est juste que le dernier d’une longue liste que la préfecture de Caen à décidé de « liquider » cet été. À ce jour, en seulement deux mois, ce ne sont pas moins de 9 squats de migrant.e.s qui ont été évacués par la police sur ordre de la préfecture du Calvados. Et plusieurs d’entre eux ont été évacués alors que la trêve hivernale courrait jusqu’au 10 juillet en lien avec la pandémie. Neuf squats évacués, cela représente plusieurs centaines de personnes (environ 300), dont des dizaines d’enfants, des individu.e.s malades, des familles monoparentales, des familles nombreuses, etc. qui partagent la même condition de misère se retrouvant dans des situations d’une extrême précarité et d’une grande violence sociale, économique et psychologique. Misère qui n’est que le fruit d’un système économique abject et d’une organisation sociale défaillante qu’il est nécessaire de dénoncer et de détruire.

La confrontation à Caen la mer Habitat, la COVID-19, la préfecture…

Pour ne prendre que l’exemple du squat dit de Lavigerie à la Grâce de Dieu, nous pouvons dire que depuis qu’elles occupent illégalement ce lieu, ces 160 personnes furent confrontées, en plus de leur affreux « parcours migratoire » fait de rejet et d’exclusion, à plusieurs injustices.

Elles furent confrontées à la haine de ce bailleur social lorsqu’il décida de couper l’électricité de cet immeuble. En plein milieu de l’automne, à deux reprises, l’électricité des 36 logements fut brutalement coupé par Caen la mer Habitat, certainement en lien avec la mairie de Caen. Mais c’était sans compter sur quelques personnes syndiquées et solidaires qui ont vite remis l’électricité. Il faut aussi savoir que la première action de Caen la mer Habitat suite à l’expulsion du squat de Lavigerie fut d’effacer un tag qui disait « Tant qu’il y aura des gens à la rue, on squattera ». Voilà les préoccupations de ce bailleur social : expulser les gens et repeindre les murs !

Elles furent confrontées au Tribunal Administratif qui ordonne des expulsions alors que les logements sont vides, parfois depuis des plombes, et sans que ceux-ci ne soit voués à d’autres projets immobiliers.

Elles furent confrontées à une pandémie leur faisant encore plus subir l’autoritarisme de l’État qui imposa ses mesures sanitaires sans queue ni tête et sous le coup d’une lourde répression. Rappelons que plusieurs personnes vivant dans ce squat ont été infectées par le coronavirus. Par exemple, un homme a dû être hospitalisé et un enfant d’à peine deux ans a aussi contracté la COVID-19. Croyez-vous qu’en sachant cela la préfecture eu la présence d’esprit de leur trouver un hébergement digne de ce nom et pas surpeuplé ?

Elles furent confrontées au manque de nourriture suite à la désertion des associations caritatives pendant le confinement. Là encore, ce sont des personnes solidaires qui se sont mobilisées pour collecter quelques denrées nécessaires, et cela malgré les interdictions de déplacement et l’opposition de certains responsables associatifs.

Enfin, elles furent confrontées à une expulsion dès 6 heures du matin, par des policiers armés et agressifs, sans possibilité de prendre leurs affaires. Leur sort dépend de bouts de papier et si elles n’en sont pas pourvues, elles sont emmenées au commissariat pour ensuite être emprisonnées en Centre de Rétention Administrative (CRA) puis éventuellement expulsées dans leur pays (même quand cela n’est pas possible à cause du Covid qui se répand dans certains CRA). On retient entre autre le placement en CRA de Rennes1 d’un ressortissant malien, malade, que l’administration française souhaite renvoyer au Mali actuellement en pleine instabilité politique pendant que l’opération Barkane se poursuit2. Comme pour les autres squats, une minorité est placée en hôtel (parfois à Lisieux ou à Bayeux alors que l’école des enfants et les proches sont sur Caen) avec une assignation à résidence (devant pointer au moins deux fois par semaine au comico). Enfin, un bon nombre vont directement se retrouver d’emblée à la rue.

Qui sont les véritables responsables de cette violence sociale ?

Même si nous devons nous remettre en question en disant que plus grand monde ne sait ce que signifie concrètement l’accueil d’un étranger, l’entraide et la solidarité, nous affirmons que nous ne sommes pas les plus responsables de cette violence contre laquelle plus grand monde non plus ne s’insurge.

En restant sur le plan local, l’État, en la figure du nouveau préfet Philippe Court, de son directeur de cabinet Bruno Berthet et du directeur de l’immigration de la préfecture Marc Douchin, sont les hauts responsables de cette violence. Ayant appris à l’ENA, à polytechnique et dans les salons bourgeois, les rouages de l’administration républicaine, les flics qu’ils envoient avec leurs sous-fifres des services sociaux font un boulot immonde digne des pires bourreaux. Ce qui permet à ces trois hommes de croire qu’ils ont les mains propres.

Caen la Mer Habitat administre à sa manière ce désastre en appliquant une politique de rentabilité et d’efficacité. Avec son associée privilégiée qu’est la municipalité de Caen, la sécurité et la bonne gestion budgétaire sont leurs principales préoccupations concernant le logement. Rappelons aussi que le président de Caen la mer Habitat n’est autre que Michel Patard-Legendre, maire de Ifs, et principal instigateur de la nouvelle prison dont les travaux ne devraient pas tarder à débuter en périphérie de Ifs.

Enfin, les associations caritato-humanitaires, telle la Croix-Rouge qui refusa de venir porter soutien aux migrants à la rue le soir-même de l’expulsion du squat de Lavigerie, contribuent à cette violence. Mangeant dans la main des responsables cités plus haut, ces associations sont également collaboratrices de cette situation même lorsqu’elles affirment lutter contre.

Toutes ces entités, composées de gestionnaires viciés et d’employés zélés, sont les véritables responsables de ces malheurs et de cette violence. Tout cet ordre républicain, depuis ses fauteuils confortables et ses salles climatisées, ne cesse d’administrer la haine et de produire la misère.

Alors à celles et ceux à qui il reste un peu de cœur et de courage, à celles et ceux qui peuvent encore faire preuve d’empathie pour des familles avec enfants jetées à la rue, affichons publiquement notre colère et notre détermination pour davantage de justice sociale.

Une manifestation pour dénoncer cette violence et construire un rapport de force est prévue le samedi 5 septembre. Retrouvons nous nombreux.euses à 14h Place Bouchard.

1 Au sein de ce CRA, mi-août, une grève de la faim fut menée par huit hommes qui témoignent dans un communiqué de leur condition de détention : « des souris et des cafards », « des phrases racistes », « des nuits blanches et des cauchemars »…

2 Dans la suite des ses activités coloniales, la France a installé des bases militaires dans plusieurs pays d’Afrique (dont Gao, au Mali où pas moins de 1000 troufions français sont déployés) afin de protéger des ressources minières dont elle profite. Cette présence militaire, dans le droite ligne de la Françafrique, accroît les violences sur place.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *