Hérissons-nous contre la République

L’autre soir, un soir pendant le confinement, je me promenais dans la nuit à proximité de la place de la République. Vous savez, cette place, auparavant un parking recouvert par un certain nombre de tilleuls, maintenant emprisonnée derrière des palissades en bois . Sur ces palissades, la masse populaire avait l’opportunité de s’exprimer pendant le confinement, on y voyait des tags, des petits cadres en bois appelant à la défense des arbres par une citation de Gandhi ou je ne sais quel proverbe gentillet. Personne à la mairie n’était chargé·e de venir effacer ces messages (chose rectifiée dès la levée du confinement où toutes les tentatives d’expressions, même les plus mignonnes ont immédiatement été enlevées).
Enfin bref, ce parking, derrière les palissades est voué à la destruction. La destruction au profit d’un projet inutile. Un de plus.
Ce qu’a prévu la municipalité c’est une aberration écologique, c’est d’y construire une « halle gourmande », entendez par là un centre commercial pour que les riches puissent acheter des trucs beaucoup trop chers et gentrifier encore un peu plus ce quartier de la ville, déjà peuplé en grande partie de ces bourgeois bohèmes qui boivent leur jus d’orange en terrasse du « concept store » de la Gloriette (qui filait du café aux gendarmes mobiles pendant les manifs gilets jaunes d’ailleurs tant qu’on y est).

Enfin bref, voilà, je passais près de cet endroit quand soudainement j’ai vu une petite masse noire se déplacer au pied des palissades. Il était environ 3h30-4h00 du matin. Ca ne ressemblait pas un chat, beaucoup trop petit. Pas un rat non plus, ça ne semblait pas avoir de queue. Alors je me suis approché encore un peu, jusqu’à ce que mes yeux myopes puissent distinguer de quel animal il s’agissait.
C’était un hérisson. En plein centre-ville de Caen, un hérisson se promenait et vivait sa vie de hérisson, tranquillement, à côté des voitures en stationnement. Il s’est glissé sous la palissade et s’est réfugié dans les broussailles qui envahissent ce parking abandonné.

On peut être attendri-e par ce spectacle. C’est beau de voir que lorsque les humain·e·s désertent une ville pour cause de confinement, la nature reprend ses droits. Que des hérissons autonomes viennent squatter ses parkings. Mais moi ce n’est pas ce que j’ai ressenti en voyant ça. Moi ce que j’ai ressenti, c’est beaucoup de colère. De la rage même. Pourquoi ?


Parce que, petit à petit, la vie va reprendre et les aberrations républicaines se poursuivre. Les travaux finiront bien par débuter une fois les recours juridiques épuisés et le hérisson sera expulsé de son squat par les tronçonneuses des ouvrier·e·s. Le hérisson est pourtant un animal protégé rappelons-le, mais non, quand on en a un en centre-ville de Caen, on détruit son territoire. Ca me fout la rage car, pour moi, le hérisson de la République a plus sa place en centre-ville que le rat de la préfecture…


Mais au fond, est-ce si grave ? Il y a les jardins de la préfecture juste à côté, le hérisson n’y sera que mieux. Oui en effet. En vrai on s’en fout. Comme des tilleuls d’ailleurs. Ce n’est qu’un symbole. Un symbole qui montre qu’une fois de plus la municipalité et l’État d’une manière générale s’en foutent de la biodiversité. On tire le feu d’artifices du 14 juillet au milieu de la Prairie (une réserve d’oiseaux), on coupe les tilleuls et on fait de la com’ pour expliquer qu’on va en planter d’autres ailleurs (comme si les arbres s’équivalaient alors qu’un arbre jeune n’apporte pas assez d’abris aux oiseaux), maintenant on expulse un hérisson.

Le sort du hérisson ne vous émeut pas ? Vous pensez aux humain·e·s d’abord ? Bah dites vous que, comme le hérisson, les dernier·e·s pauvres vont se retrouver exclu·e·s du centre-ville, de leur habitat naturel, de leur territoire, par ces infrastructures bourgeoises, ces boutiques de luxe qui vont attirer un nouveau type de population, l’arrivée massive d’une espèce invasive qui fait automatiquement monter les loyers : les riches.

S’il existe un Grand Remplacement c’est celui-ci : les riches qui viennent prendre la place des plus modestes, les invisibiliser et au final les chasser de leurs lieux de vie.


Ce projet de la place de la République, c’est ce qu’il permet, en plus d’être une aberration écologique.
C’est une aberration écologique parce que des arbres vont être coupés et un hérisson exproprié. Oui d’accord… C’est une aberration écologique parce qu’il sera coiffé d’une immense verrière pour faire de la lumière, ce qui entraîne une surconsommation de chauffage en hiver (le verre est un très mauvais isolant) et une utilisation accrue de la climatisation en été (effet de serre). En effet… Mais surtout, c’est une aberration écologique car c’est un temple de la consommation. C’est le symbole d’un monde dont on ne veut plus. On va y mettre des commerces pour venir concurrencer les petit·e·s commerçant·e·s du centre-ville (pourtant soit disant déjà mis·es en difficultés par les manifs des gilets jaunes). Et tout ça pour quoi ? Ca n’attirera pas plus de monde dans le centre, ça entraînera juste un changement de population : encore moins de prolos, toujours plus de bourgeois·es. Ce projet, c’est le monde d’avant, celui dont on ne veut
plus. Le monde d’après, celui qu’on veut, il laisse la place aux hérissons, il laisse la place aux pauvres et aux rejeté·e·s de la société.


Pour l’instant les recours juridiques ne sont pas encore épuisés mais le seront bientôt. De toute façon un recours juridique, ça n’a jamais empêché de lancer des travaux. Soyons toustes vigilant·e·s, ce combat, il doit être commun et sans remise en question, entre nous les opposant·e·s de la République, des méthodes des autres. Que celleux qui croient aux pétitions les lancent, que celleux qui se retrouvent davantage dans le sabotage le fasse. Change.org ou des pelleteuses en flammes, quelle importance tant que nous avons la victoire… Car il nous faut la victoire ! Notre Dame des Landes a montré que c’était possible. La République doit être zadifiée.


Mais pourquoi lutter ? Pour garder le parking ?
Un parking ça reste du béton. Il n’y a certes pas la débauche d’énergie qu’il y aura dans ce centre commercial mais, si c’est mieux que rien, ce n’est toujours pas l’idéal. Ce qu’on doit réclamer, c’est que l’on casse le béton, qu’on nous en fasse un joli parc, gratuit, avec de l’herbe. On pourrait aussi en faire des jardins pour les citadin·ne·s, que chacun·e puisse y faire pousser ses légumes.
Encore mieux, exigeons un espace vert sans allée, une sorte de friche, un îlot de biodiversité et autogéré par les hérissons autonomes et les oiseaux libertaires.
Si République il doit y avoir, alors qu’elle soit libre et sauvage ! Là notre sauvage elle est en cage et nous devons la libérer.
Alors libérons la place de ce projet de merde, libérons-la de ces places de stationnement, libérons-la de ces palissades sur lesquelles les messages politiques ne peuvent fleurir, ouvrons-la aux étudiant·e·s, aux poivrot·e·s, aux cassos, aux pauvres et même aux bourgeois·e·s bohèmes. Ouvrons-la aux hérissons autonomes, aux oiseaux libertaires et aux insectes sans Dieu, sans maître.
Bref, ouvrons-la à celleux qui l’animent.
Expulsons symboliquement le capitalisme de la République.

Cette lutte symbolique, ce n’est plus la défense de la place, mais une offensive contre la République. Que chacun·e agisse selon ses moyens, mais avec détermination et si nous tirons toustes, alors les palissades tomberont, ça ne peut pas durer comme ça, il faut qu’elles tombent, tombent, tombent, car voyez-vous, elles tremblent déjà.


Comité des Hérissons Anarcho-Terreauristes

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