Pourquoi les exilé.e.s de Ouistreham vivent un enfer ?

On en a marre, on en peut plus, des fois on pense au suicide…

Témoignage d’une personne enfermée en Centre de Rétention Administrative (CRA). Pour en savoir plus : https://abaslescra.noblogs.org/

A Ouistreham, le racisme d’État se déploie dans une violence exceptionnelle en profitant de l’État d’urgence sanitaire.

Le 20 mars, sur ordre de la préfecture du Calvados, les personnes exilées qui tentent de passer en Angleterre via la gare maritime, ont été confin-enferm-ées dans le centre de vacances de Tailleville où on leur impose de fortes contraintes et un contrôle constant. Alors que de nombreuses associations collaborent en disant que les conditions de vie dans ces centres sont acceptables, nous entendons les plaintes des personnes qui sont forcées d’y loger et y décrivent une envie irrépressible d’en sortir, une envie de liberté.

En toute logique, dès le déconfinement du 11 mai, des groupes de jeunes soudanais sont retournés sur le port dans l’espoir d’obtenir le sésame pour aller en Angleterre via le transport de fret.

Le maire xénophobe de Ouistreham, Romain Bail, se félicitait en silence de ce nettoyage ethnique et n’a pas perdu de temps pour réaménager l’espace paysager du rond point arboré où campaient ces « indésirables ». Plus possible d’y planter une toile de tente par la mise en place d’énormes rochers.

Philippe Court, le Préfet, n’hésite pas non plus à envoyer ses chiens de garde que sont les gendarmes et le PSIG (Peloton de Surveillance et d’Intervention de la Gendarmerie) qui ciblent les personnes noires, notamment soudanaises, et les harcèlent jour et nuit avec brutalité et humiliations depuis quelques semaines. Sans parler des vols et destructions systématiques de leurs effets personnels.

Christophe Blanchet, député LREM de la circonscription, n’est pas en reste avec son décret du 30 décembre 2018 autorisant les contrôles inopinés dans certaines zones portuaires dont celle de Ouistreham.

Le constat est édifiant depuis le 11 mai :

Une cinquantaine d’interpellations, souvent dans la violence qui finissent à la gendarmerie de Ouistreham, véritable zone de non-droits où leurs droits fondamentaux ne sont pas respectés comme celui d’être assistés par l’avocate qu’ils ont pourtant choisie.

Parmi les raflés, quatre personnes ont eu moins de chance et ont été déportés au CRA de Oissel, véritable prison où les portables avec caméra sont interdits et la torture mentale et les violences physiques y sont courantes.

Ici il n’y a pas de droit, ni de droits des hommes, ni de droits des femmes. Ici on pense au suicide. Tous les trois jours, il y a des personnes qui tentent des suicides. […] Avant-hier, ils ont ramené un mineur soudanais d’un camp. Il a 15 ans. Quand il est passé en garde à vue, ils l’ont maltraité, ils l’ont insulté. Il est traumatisé depuis hier, il dort pas, il mange pas. Dans la nourriture, il y a des médicaments qui font dormir. A cause de ces médicaments, ça rend les gens lunatiques.

Témoignage d’un prisonnier du CRA de Oissel le 11 juin. A retrouver en entier sur https://abaslescra.noblogs.org/.

Même s’ils viennent tout juste d’être libérés au moment où vous lisez ce texte, ils sont dorénavant assignés à résidence à Tailleville et à Caen et doivent donc pointer au commissariat de Caen ou à la gendarmerie de Tailleville. Bref, ils sont en prison à ciel ouvert.

Cet acharnement raciste et policier ne s’arrête pas aux frontières de Ouistreham puisque le 9 juin dans l’après-midi, un impressionnant dispositif policier a été mis en place à l’arrêt de tram Château d’eau à Hérouville avec contrôle de tous les trams. Le camion de la PAF (Police Aux Frontières) attendait de faire le plein avec l’aide des contrôleurs de
Twisto, la BAC et une dizaine d’autres flics. Rappelons qu’il existe un squat à Hérouville qui héberge plusieurs dizaines de soudanais.

Outre le délit de faciès, il y aussi le délit de solidarité qu’ont pu amèrement expérimenter les quelques soutiens locaux venus dénoncer les violences des gendarmes et repartis avec près d’une quinzaine d’amendes de 135 euros pour non respect de l’état d’urgence, à savoir plus de 10 personnes rassemblées dans l’espace public.

La machine à expulser bat son plein : c’est une véritable chasse à l’homme noir par les forces policières que décrit le quotidien des personnes exilées.

Pourtant des espoirs subsistent, alors que cette lutte était encore trop isolée récemment, une nouvelle dynamique semble prendre depuis nos récentes réunions au squat de la Varende à Hérouville-Saint-Clair. Nous pensons que c’est en nous joignant à la forte solidarité des personnes exilées, qui ont adopté une méthode de défense combative leur permettant de circuler librement à Ouistreham avant le confinement, que nous pouvons leur permettre de reconquérir leurs droits.

En effet, ce combat est aussi le nôtre, en créant avec détermination un rapport de force contre l’injustice d’un Etat qui fait jouer toutes ses institutions. Agissons, ici et maintenant avec eux pour une véritable justice sociale et offensive.

LIBERTÉ DE CIRCULATION !
DES PAPIERS POUR TOUSTES OU PAS DE PAPIERS DU TOUT !

Si la mort de Georges Floyd nous a horrifié, le sort réservé aux jeunes africains sur notre plage nous enrage et on t’invite à nous rejoindre pour les aider à respirer…

REUNION Mercredi 17 juin à 19h au squat/école de la Varende à Hérouville-Saint-Clair (201 quartier des Belles Portes).

MANIFESTATION Samedi 20 juin à 10h30 devant la mairie de Ouistreham.

COVOITURAGES à 10h devant le squat/école de la Varende à Hérouville-Saint-Clair (201 quartier des Belles Portes).

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