Entretien avec une ASH et une patiente de l’hôpital psychiatrique Charles Perrens à Bordeaux


Marie est « agent de service hospitaliser » sur le pôle UNIVA, unité Carreire 4, elle s’occupe « de tout ce qui est bio-nettoyage et prestations hôtelières ». Quant à Oriane elle a été « hospitalisé avant le confinement et pendant le confinement » dans l’unité BSL1 et est désormais de retour chez elle. Comment ont-elles vécu le confinement ?

Oriane, comment as-tu pris l’annonce du confinement ? Comment l’as-tu vécu ?


– « Au début, je m’en fichais parce que ça ne pourrait pas changer grand chose. Jusqu’au moment où j’ai appris que je ne pouvais plus sortir. Plus de sortie, on ne peut plus voir personne, je pouvais pas voir, mes parents, mes cousins, ma famille, j’étais triste. Pendant le confinement j’étais pas très bien parce que plus de sortie, pas de visites.

Marie, comment le confinement a-t-il changé tes tâches par les mesures d’hygiène prises ?


– « La fréquence a énormément changé. En temps normal, on change de paire de gants après chaque chambre et on se lave à la solution hydroalcoolique à chaque changement de gants, maintenant une bouteille de SHA (solution hydroalcoolique) ne me dure pas la journée, en plus de me détruire les mains. »

Quelle est l’ambiance régnante ?


– Marie : « Quand j’embauche, j’ai l’impression de travailler dans un laboratoire ou la mort peut être cachée derrière chaque porte, sans mentir, les masques c’est une histoire qui a sollicité pas mal de débats mais les patient.e.s les plus délirants pensent être être « passés de l’autre côté » pour réciter leurs mots. Ils ne comprennent pas tout ce qu’il se passe et à cause de ça certains s’énervent vite et deviennent difficilement accessibles. L’ambiance est particulière, on le vit tous très différemment, mais comme dans toutes les équipes, avant il y avait quelques tensions, maintenant même ceux qui s’appréciaient se tirent dans les pattes parce que pour la plupart [ils ne voient que leurs collègues]. Moi je ne vois personne, ma famille est loin, mon copain est chez ses parents, je ne vois que mes collègues et il y a des jours où je n’ai pas envie de leur parler et sans m’en rendre compte quand ils m’adressent la parole je suis sèche voire agressive dans ma réponse et plutôt d’en discuter calmement, on s’engueule et chacun part bouder dans son coin en accusant l’autre. (m’avoue-t-elle un peu gênée de la situation)”


– Oriane : « L’ambiance était nulle, nulle, nulle parce que les infirmier.e.s étaient pas hyper compétents et pas hyper sympas. Par moment, on pétait les plombs parce qu’on pouvait pas sortir et ils comprenaient pas. Les infirmier.e.s rentraient chez eux le soir, on leur disait « mettez-vous à notre place ».

Et les médecins ? « Les médecins, ils venaient une fois par mois, un médecin référent a été nommé, il n’y avait pas plus de suivi que ça ».

Et les autres patient.e.s ? « Certain.e.s étaient complètement fou, à en faire des cauchemars la nuit. » Puis, elle rajoute, « c’est la prison, le vide total, l”horreur. Zombie Land. »

Oriane, que faisais-tu pour t’occuper ?


– « Je fumais des joints, je rangeais ma chambre tous les matins, je dormais. »

Des activités ont été mises en place ? « De la peinture ».


Marie, est-ce que vous avez des réclamations ?

– « Bien sûr que l’on a des réclamations, ça commence par le salaire, on est en milieu fermé et il arrive que l’on prenne des coups qui peuvent faire très mal. On n’est pas beaucoup payé mais on ne l’est pas pour se faire frapper donc avoir une prime violence. On a conscience que tout le monde ne serait pas sur le même pied d’égalité. »

Coralie Palat

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