La réouverture des établissements scolaires inquiète les professeur.e.s


Le 13 avril dernier, Emmanuel Macron, lors de son allocution a annoncé la réouverture progressive des crèches, des écoles, des collèges et des lycées. Cette mesure n’est pas passée inaperçue et a suscité l’incompréhension des enseignant.e.s et parents d’élèves. Cette mesure, a été prise par le gouvernement afin de répondre aux inégalités que subissent les élèves, « Chaque enfant est renvoyé à son contexte familial, ce qui creuse terriblement les inégalités » explique Jean-Michel Blanquer. Cependant, « ce choix révèle un manque absolu de logique » selon le Dr Patrick Bouet, président du Conseil national de l’Ordre des médecins. Elle révèle aussi selon lui, d’un choix avant tout économique, « il y a une pression importante pour permettre une reprise économique rapide. Mais pour moi, ce qui prime, c’est la situation sanitaire. Et ce ne sont pas les 5 ou 6 semaines de temps scolaire restantes, qui vont régler le problème social et économique de la reprise du travail ».

Manifestation lycéenne devant le rectorat le 5 février 2020
Crédit photo : Louise


Cette vision économique de cette mesure, a aussi été décriée par les parents d’élèves, affirmant que pour la très grande majorité d’entre eux, leurs enfants « ne reprendront pas l’école le 11 mai », mais aussi par les enseignant.e.s, cette mesure permettant de « rendre service au patronat qui veut imposer la reprise des activités pour leur profit », selon Frédéric Camille. Frédéric Camille est professeur au collège et a accepté de livrer un témoignage quant aux annonces faites par Blanquer le 14 avril concernant la réouverture des établissements scolaires prévues le 11 mai. Pour lui, Blanquer et Macron leur font « prendre des dangers » étant donné « que rien n’est prêt sur le terrain » et annoncent une mesure « anxiogène pour les élèves et leurs parents ». Pour lui, les précisions que Blanquer a livré à France 2 le 14 avril concernant la réouverture des établissements scolaires, sont encore avec « beaucoup de flou», il n’y a pas « de consignes claires, pas d’informations précises qui permettraient de saisir la réalité de la mise en œuvre d’un retour progressif des 12 millions d’élèves dans les écoles et établissements scolaires » et forçant « les gens à s’adapter localement dans les établissements ». Le ministre de l’éducation nationale ayant précisé que « tout le monde ne rentrera pas au même moment » que lorsqu’« on parle de retour progressif, cela implique forcément que l’on n’aura pas les mêmes âges qui rentreront au même moment à l’école », imaginant « que des petits groupes », annonçant que les programmes de fin d’année seront également allongés avec un travail pédagogique « très personnalisé » ainsi qu’avec des charges horaires moins importantes. De plus, bien que Jean-Michel Blanquer ait annoncé travaillé « dans les deux prochaines semaines avec les partenaires sociaux et les collectivités locales pour définir ce que l’on met derrière cette expression « retour progressif » » et ainsi pouvoir donner des consignes claires quant à la reprise, Frédéric Camille reste sceptique, car 2 semaines ne sont pas suffisantes pour préparer un retour en classe et craint que les « annonces soient encore floues ». Il émet aussi, « des inquiétudes sur les conditions de travail car le ministre a sous-entendu qu’il serait possible de conjuguer enseignements à distance et en classe » craignant « une surcharge de travail pour les professeurs et autres personnels de l’éducation ». Surcharge de travail, déjà en place selon lui, Jean-Michel Blanquer ayant annoncé que « l’Éducation nationale compte contacter « toutes les familles en amont du 11 mai » afin de préparer ce retour en classe », or, « ce n’est pas « l’Éducation nationale », ce sont les professeurs par l’intermédiaire de leur téléphone personnel » puisqu’on « nous a demandé de tutorer plusieurs élèves pendant le confinement pour assurer la « continuité pédagogique » » et ils vont « devoir faire le « service après-vente » (en parler avec les familles et les élèves) » alors même qu’ils trouvent « risqué de reprendre le 11 mai ».


Bien que la charge de travail et le temps pour préparer ce retour en classe l’inquiète, le point l’inquiétant le plus, reste le manque de protection. Il réclame alors avant tout « des dépistages pour les personnels et les élèves » ainsi que « du matériel de protection pour tous les personnels et les élèves (masques, gels hydroalcooliques,..) ». En effet, « pour l’instant rien n’est sûr », les matériels de protections « sont en commande », Jean-Michel Blanquer ayant simplement jugé « fort possible » que des masques soient remis aux élèves et aux professeurs. « Ils annoncent la reprise
sans s’assurer que le matériel sera pour tout le monde ni s’il y aura suffisamment de kits de dépistage
» s’indigne Frédéric Camille. Il réclame aussi « des moyens supplémentaires dès la réouverture des classes pour permettre une baisse des effectifs pour garantir la distanciation dans les salles de classe » et explique que la distanciation sociale « va être compliqué à la cantine, dans les toilettes, les couloirs. Les divers endroits où il y a de la promiscuité pour les élèves. ».
Frédéric Camille n’est pas le seul professeur à émettre des réserves quant à la réouverture des classes et bon nombre de ces collègues les émettent aussi. C’est d’ailleurs pourquoi, les professeur.e.s ont décidé de se réunir en Assemblée Générale, organisée en téléréunion, afin de s’organiser et décider collégialement de ce qu’ils feront ce 11 mai prochain.


Coralie Palat

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