Prémisse de la pandémie printanière.

Le monde n’est pas à l’arrêt, c’est l’arrêt du monde qui s’estompe. Dans le brouhaha mortifère du quotidien, le virus résonne comme l’écho du salut. Les cellules managériales dépérissent et les ciels des capitales – de Paris à Wuhan, de Hong-Kong à Douchanbé – s’éclaircissent. Pourtant, comme dirait l’autre: dans le monde réellement renversé – le notre – le vrai est un moment du faux(1). Le corps malade ne produit pas de vaccin à son existence mais bien des anticorps. L’odeur putride du monde n’est pas encore prête à s’estomper. Nous sommes de celles et ceux qui brûleront son cadavre.

« La taule c’est la pression, nourrit l’instinct de révolution. Donc nique sa mère la réinsertion.» La lettre de Lunatic.

L’onde de choc de la pandémie se fait ressentir dans un présent stérilisé n’accouchant d’aucun avenir. Les parlementaires courbent l’échine, l’état d’urgence sanitaire est adoptée. Confiné.es dans nos habitudes et notre quotidien depuis déjà trop longtemps, le confinement produit la contradiction ultime: nous mettre face à la crasse du système mort qui l’a produit. Matraquage et assassinat du prolétariat: de La Poste à Carrefour, de Saint-Denis à Evry, de Bichat à l’Hôtel-Dieu. La police rôde et assigne à résidence tandis que le chants des oiseaux se couple au bourdonnement des drones. Le nouveau monde se renouvelle sur les fondements de l’ancien. L’évènement ce n’est pas le choc, mais bien ce qu’ils en font. Ce qui est sur, c’est que le capitalisme ne mourra pas de mort naturelle(2).

«O Gentilhommes,

La vie est courte… Si nous vivons, nous vivons

pour marcher sur la tête des rois.»

Henri IV de William Shakespeare

Nous sommes en guerre, une guerre de classe. A quoi bon se projeter dans l’avenir si l’avenir est déjà passé ? Le présent, s’il n’est plus ce qu’il était, reste à faire. Nous faisons l’Histoire, et celle-ci parle à travers nous depuis les corps qu’elle mutile et laisse dans son sillon. Notre rôle est d’y mettre fin. Ainsi, se révèle à Nous, la nécessité de provoquer la fin de l’histoire en l’écrivant. Une fois que les anticorps auront agit, partout – des zones d’autonomie aux rues de Paris en passant par l’université polytechnique de Hong-Kong – il nous faudra continuer de nous battre. Demain reste à venir.

(1) Guy Debord dans La société du spectacle.

(2) Walter Benjamin dans Paris, capitale du XIXe siècle.

Confinement votre, le groupe Doğa.

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