Les employé.e.s de la Poste en danger

Depuis le 17 mars, et suite à la pandémie de coronavirus COVID-19,  le confinement a commencé en France. Ainsi, tous les commerces non indispensables ont été fermés. En revanche, les activités « essentielles à la vie de la nation » continuent. La poste, avec le statut « d’opérateur d’importance vitale pour le pays », fonctionne toujours. Le groupe « La Poste » assure appliquer « scrupuleusement toutes les mesures préconisés par les autorités de santé pour garantir la sécurité de nos collaborateurs… »[1].

La réalité, du moins dans le Calvados, est toute autre : pression, aucune sécurité sanitaire, hiérarchie en congés, employé.e.s livré.e.s à elleux-mêmes… Nous avons contacté le syndicat « CGT FAPT Poste Calvados » pour répondre à nos interrogations, comprendre la réalité de cette situation.

La situation de la Poste est dramatique

« La Poste fait tout pour éviter de mettre en place les mesures du gouvernement. Par exemple, sur la mesure pour garder ses enfants dans le cas où le conjoint travaille, elle n’hésite pas à mentir et à insulter les agents pour éviter qu’iels puissent garder leurs enfants. Par exemple, samedi dernier, la direction devait donner à tous les agents qui ont un enfant, le formulaire (d’attestation sur l’honneur) pour que les agents en bénéficient si besoin. Ils n’ont pas hésité soit à refuser de le donner, soit à inciter fortement les agents de ne pas le prendre. Ils sont même allés, comme sur la plaque de Caen ou Bayeux, jusqu’à exiger une attestation de l’employeur du conjoint pour prouver que l’agent était le seul à pouvoir garder son enfant. C’est hallucinant. Certains encadrants, comme à Villers-Bocage, sont allés jusqu’à dire aux agents, je cite, “tu n’as qu’à laisser ton gosse chez le voisin, j’en ai rien à foutre, tu vas venir bosser”. Il a fallu multiplier les interventions auprès des directions et des collègues pour que les agents puissent être là pour leurs enfants. »

La poste assure prendre des mesures nécessaire de sécurité sanitaire. La réalité est toute autre, les droits de retraits fleurissent.

« Sur les mesures prises par la Poste, rien n’est vrai. Aucun facteur n’a de masque ou de gants. Ils sont tellement méprisants qu’ils vont jusqu’à donner des gants de manutention et un kit de survie avec du savon liquide, un litre d’eau et un rouleau de sopalin. Il est aujourd’hui impossible pour un facteur, un agent du réseau (guichetier) ou un agent du centre de tri, de pouvoir faire les gestes barrières. Les pressions et menaces sont constantes sur les postiers, que ce soit sur l’utilisation du droit de retrait ou sur des agents avec symptômes. »

Le droit de retrait explication : Le code du travail autorise tout salarié confronté à un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé à arrêter son travail et quitter les lieux pour se mettre en sécurité. Si ce droit est justifié, ce qui est le cas dans cette période de crise sanitaire, aucune sanction, ni retenue de salaire ni licenciement, n’est possible par l’employeur qui est obligé de sécuriser et de mettre en conformité l’environnement de travail.

Employé.e.s de la Poste travaillant dans le Calvados (photo fb cgt FAPT poste calvados)

Des employé.e.s en danger, inquiet.e.s et en colère, et des cadres… en congés

« Aujourd’hui, les effectifs sont au plus bas. Si on enlève les agents parents et les arrêts de travail pour symptôme, on a environ 40% des effectifs en moins. A cela, il faut rajouter les agents de certains bureaux qui exercent leur droit de retrait petit à petit. L’ensemble des postiers est très en colère contre la direction qui nous envoie propager le virus. Il est clair que la Poste fait tout pour propager le virus partout sur le territoire. Un autre exemple, sur la distribution des OS (objet suivis comme les recommandés ou colis), en plus de nous envoyer face aux usagers sans protection (notre Smartphone “Facteo” ne peut être désinfecté car on n’a rien), ils donnent la possibilité aux usagers de venir retirer leur colis directement dans les centres de tri. De facto, ils organisent des trajets non utiles. Ce ne sont ni des trajets alimentaires, de santé ou de travail. Ils sont simplement guidés par l’argent.

Nous avons face à nous une direction qui ne pense qu’au chiffre d’affaire. Il y a même des cadres supérieurs et directeurs d’établissement qui, bizarrement, sont en congés cette semaine. On a des encadrants de proximité désemparés, en pleurs qui ne savent pas quoi faire le matin, ils n’ont aucune information de la direction. Sur certains sites, on a même plus aucun encadrants ou cadres comme à Deauville où pendant 2 jours il n’y avait personne, seulement des facteurs livrés à eux-mêmes, on voit cela nulle part. »

Pourtant la poste était prévenue

« Depuis mi janvier et le début des premiers retours sur ce qui se passait en Chine, nous n’avons pas cessé de les prévenir sur les mesures de préventions/précautions, sur l’achat de gel, de masques, de gants. Chaque semaine, nous les avons relancé en disant « Attention, il y a la possibilité d’une crise majeure ». Les postiers sont aux contacts de la population. En cas de crise sanitaire mondiale, il faut les protéger et ne pas réagir au dernier moment. Même le médecin du travail minimisait les choses jusque vendredi dernier, elle me disait « Mais non, c’est juste une petite grippe ».

 « Pour améliorer nos conditions de travail, il n’y a pas 50 solutions. Il faut suivre les prérogatives des médecins et virologues : gants, masques, gel. Si il y a des symptômes, tout le monde en quatorzaine. Il faut stopper la distribution et la remise des recommandés et colis, protéger les guichetiers avec le même matériel, stopper toute opération inutile, juste le retrait d’argent doit être maintenu, stopper tous les rendez-vous avec les conseillers financiers, désinfecter l’ensemble des sites et prioriser le vital. L’idéal serait de tout fermer 14 jours et là il n’y aurait plus de risques pour les postiers et pour la population ».

(photo fb cgt FAPT poste calvados)

Une crise sanitaire pendant la privatisation

Mercredi 4 mars, durant les débuts de la crise sanitaire en France, la part de l’Etat dans le capital de la Poste est passée de 73 % à 34 %. La privatisation va continuer à détériorer les conditions de travail. Si ce processus de privatisation est enclenché depuis un certain temps, le timing interpelle.

« Sur la privatisation enclenchée, les divers gouvernements successifs ont bien préparé le terrain à une privatisation par branche. Le timing de l’annonce du passage de l’Etat en actionnaire minoritaire était prévu mais cela aurait du être repoussé. Pour nous, sur le terrain, cette privatisation qui avance à des répercutions sur nos conditions de travail et d’emploi.

La poste supprime en moyenne 7000/8000 emplois par an depuis plus de 10 ans. Ils ont enclenchés un dégraissage massif en toute discrétion. En plus des suppressions d’emplois, il y a les fermetures de bureaux de poste, les suppressions massives de tournées. Ils préparent une privatisation par branche. Le contenu de notre métier a radicalement changé mais pas notre salaire. La distribution se fait maintenant du matin au soir.

La direction de la poste est un virus mortel pour les facteurs, bien plus mortel que le Covid-19. Toutes nos tâches sont chronométrées à la micro seconde. Les facteurs ont perdu le sens de leur métier. Nous sommes à l’aube d’une crise majeure à la Poste, tous métiers confondus ».

Cet entretien a été réalisé le mercredi 18 mars. La situation évoluant, la Poste tente aujourd’hui vendredi 20 mars de réagir [2] en réaménagement ces horaires et en limitant légèrement le travail (travail 2 jours sur 3 par exemple, roulements des équipes), si cela passe pour la santé des employé.e.s c’est surtout un réaménagement imposé par le nombre plus réduit de l’effectif qui de fait impose une réorganisation. Le syndicat CGT FAPT poste calvados réclame la fermeture totale de la Poste durant la période de confinement.

1 : communiqué du groupe La Poste le mardi 17 mars 2020 https://twitter.com/GroupeLaPoste/status/1239938483281674248?s=20

2 : communiqué de presse du groupe La Poste le vendredi 20 mars 2020 https://www.groupelaposte.com/fr/article/informations-liees-au-virus-covid-19

Pour aller plus loin, un article sur le même sujet –> https://www.unioncommunistelibertaire.org/?La-Poste-en-appelle-au-service-public-pour-mettre-en-danger-la-sante-de-ses

Louise

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