Caen en lutte pour l’environnement : 1 an de lutte

Naissance d’un collectif autonome et indépendant

Caen en lutte pour l’environnement est un collectif crée au début de l’année 2019, à la suite de plusieurs assemblées générales sur des mobilisations écologistes. Regroupant en grande partie des lycéen.ne.s, mais aussi des étudiant.e.s et toute personne qui le souhaite, il répond à l’appel de Greta Thunberg (Jeune suédoise qui fait grève pour lutter contre notamment l’inaction des gouvernements en ce qui concerne l’écologie). Le mouvement mondial« Friday for futur » puis « Yourth for climate »(YFC) se crée dans toutes les grandes villes de France pour organiser les journées de mobilisation.  A Caen, le choix de l’autonomie et de l’indépendance est privilégié, ce qui donne naissance à « Caen en Lutte pour l’Environnement » (CELPE), cela n’empêche pas les échanges avec le groupe YFC national.

CELPE s’organise de manière autonome. Il y a régulièrement des AG pour organiser  les mobilisations (organisation classique d’AG : tour de parole, prise de compte-rendu, chacun.e est libre de proposer des choses, vote à la majorité pour les prises de décisions) La plus part des AG se déroulent au squat du Marais (jusqu’à son expulsion le 22 octobre 2019 –Pour en savoir plus sur le marais notre article “Les illusions d’un enfant du squat” – ), des liens s’établissent avec les différents membres des collectifs autonomes qui animent le lieu . Plus généralement l’ambiance et l’atmosphère du lieu ont participés à un esprit de bienveillance et de solidarité. 

Les revendications votées lors des premières AG s’inscrivent dans une vision anticapitaliste ainsi qu’une remise en question de la démocratie représentative actuelle. Le choix est aussi pris de ne pas déclarer les manifestations.

Logo de “Celpe”

Les dates marquantes et l’évolution du mouvement

15 mars 1ère grève

C’est la première grande grève pour le climat des lycéen.ne.s. Cette grève mondiale, réunit 3000 personnes à Caen. De très nombreuses pancartes, de la couleur, un enthousiasme débordant : une entrée dans la Fac, un passage dans le centre commercial des  « rives de l’orne » et même dans la gare : partout dans la ville les lycéen.ne.s scandent « Et 1 et 2 et 3 degrés, c’est un crime contre l’humanité ». La manifestation se déroule de manière très pacifique, quelques tensions se créent quand une poubelle est déplacée, rapidement remise à sa place.

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22 mars  Nuit pour le climat

A la suite de la première mobilisation, une « nuit pour le climat » est organisée le vendredi suivant, entre 50 et 100 personnes prennent place, assises en rond au milieu de la place St Sauveur pour discuter, débattre des questions écologiques. A la suite de ces échanges, est proposée une action d’éteindre les vitrines des magasins du centre-ville. Dans un moment convivial les manettes des boitiers d’électricité de chaque magasin sont baissés accompagnés de cris de joie célébrant une victoire.  La plus part des passant.e.s saluent l’initiative, en revanche un groupe de personne, manifestement en colère, lancent des verres en destination du groupe.

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29 mars Echec constructif

Dans l’objectif de faire grève tout les vendredis,  une nouvelle journée s’organise. Une manifestation tournera en ville jusqu’à finir devant le centre commercial des “rives de l’orne” qui aura retenu la leçon et fermé ces portes au moment de l’arrivée de la manifestation. Manifestation qui se prolongera par une discussion au squat du Marais situé non loin de là. La baisse d’affluence sera retenue et l’organisation d’une grande journée de mobilisation par mois plutôt qu’un essoufflement du mouvement sera actée.  

26 avril  Place à la désobéissance civile

Nouvelle grande date après un mois de pause. Une manifestation débute symboliquement devant l’hôtel de ville.  Si au départ il y a peu de monde, plusieurs centaines de personnes finissent par gagner les rangs de la mobilisation. Après un rapide tour de la ville, les grévistes se posent place Bouchard pour discuter d’une possible suite.

A la suite de la discussion, la décision est prise : Sitting devant Zara, symbole de l’industrie textile, 2ème plus polluante au monde ! Les manifestant.e.s se placent donc assis.e.s au pied du magasin devant l’incompréhension des client.e.s et des employé.e.s. Malgré les explications pour signifier leur venue,  (à base de chiffres, et de longues discussions sur l’écologie) iels n’ont pas l’air très réceptif.ve.s , des client.e.s tentant même de les chevaucher pour rentrer coute que coute. D’autres s’intéressent à l’action et un petit groupe de spectateur.ice.s se constituent autour du magasin.

Au bout d’environ 1h, la police arrive. Le commandant visiblement agacé,  donne l’ordre aux jeunes de partir. Devant leurs refus, il explique qu’il va les faire partir un.e par un.e . Les manifestant.e.s s’organisent alors bras et jambes croisées entre elleux. Ce moment de solidarité créera des liens forts entre les membres de l’action. La police commence à trainer une personne, les passant.e.s filment la scène qui paraît assez violente pour des jeunes qui n’avaient jamais été confrontés à la police pour la plus part.

 Les agents de police ont tout de même beaucoup de mal, ils doivent être plusieurs pour enlever une seconde personne de son groupe. La suite : un moment d’incompréhension. La police fait marche arrière, et fini par repartir ! Après ce sentiment de victoire les manifestant.e.s restent un peu puis choisissent par la suite de faire le même blocage mais cette fois ci devant une banque, la “société générale” est ciblée.

24 mai  Grève, blocage, manif’ sauvage

Plusieurs centaines de lycéen.ne.s et quelques étudiant.e.s se sont retrouvés le vendredi 24 mai sous le soleil pour une nouvelle grève. Le matin la sensibilisation (affichages, tracts, piquet de grève) s’organise dans les lycées et à la Fac. Les prises de paroles et les slogans durant la manifestation se font eux plus radicaux, « l’anticapitalisme » revient de plus en plus souvent. Sur le modèle de la dernière manifestation, les jeunes ont décidés de faire un blocage, cette fois-ci, préparé à l’avance. La manifestation est annoncée mais également une « opération tortue » à la suite de cette dernière.  Seulement un petit groupe de personne connaît le futur lieu de l’action pour ne pas que cela fuite. A la fin d’une manifestation classique, une pause est faîte devant l’ancien cinéma du centre-ville, les consignes sont de se séparés en 4 groupes. Les 4 groupes formés, avancent vers l’immense centre commercial des galeries Lafayette, bien plus complexe à bloquer que le magasin Zara. Les 4 groupes se dispachent aux 4 entrées du magasin, s’assoient, chantent, distribuent des tracts au près des passant.e.s : l’argumentaire contre l’industrie textile est maintenant bien rodé.

Le blocage des galeries Lafayette est lancé !

Comme pour ZARA des client.e.s tentent de forcer le passage violemment, d’autres insultent. Iels ne semblent pas comprendre la démarche ainsi que l’urgence écologique. Le temps se faisant long, une cagnotte est organisé pour acheter de l’eau et de quoi grignoter. La solidarité est exemplaire, le blocage est une réussite. La police ne viendra pas malgré la présence des RG qui resteront tout le long de l’action. En fin de journée quand les impératifs de certain.e.s voient le nombre se restreindre, il est décidé collectivement de lever le blocage et de partir.

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20 septembre  « Le capitalisme détruit tout »

Cette journée de mobilisation est organisée longtemps à l’avance, la coordination s’améliore. Beaucoup d’affiches et de tracts sont collés et distribués les semaines précèdent l’événement. Le jour J, des lycées sont bloqués puis un repas partagé avant le départ en manifestation est prévu devant le théâtre.

La détermination est présente en cette rentrée !  

1200 personnes partent en manifestation. Dès le départ les ambitions sont là : une gigantesque affiche avec le message « le capitalisme détruit tout » est déroulé sur un mur du château, entouré par plusieurs fumigènes. Peu de temps après et pour la seconde fois dans l’année, la manifestation est dévié dans la fac, cette fois c’est le bâtiment droit qui est visé. Des cours s’interrompent, des étudiant.e.s rejoignent même la manifestation. Les slogans et l’enthousiasme des jeunes gagnent le campus.

La manifestation prend fin en milieu d’après-midi pour laisser place à une nouvelle action « l’opération dauphin ». Cette fois-ci ce n’est plus l’industrie textile qui est ciblée, c’est l’industrie alimentaire et notamment les fast-foods. Cela tombe bien, la multinationale KFC à ouvert un nouveau magasin durant l’été dans le centre-ville. Les manifestant.e.s encerclent le bâtiment situé près du Port. La circulation est également déviée, la ligne de tram bloqué permettant de sécurisé les personnes mais aussi de se réapproprier l’espace : des jeunes jouent au foot, d’autres font du skate (on entend le slogan « faîtes du skate, la voiture ca pollue » durant le parcours), on entend aussi des jeunes jouer divers instruments. Des membres du groupe se chargent comme précédemment d’aller chercher de l’eau pour le reste du collectif. En fin d’après-midi le blocage est levé.

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29 novembre Block Friday et violences policières

La prochaine mobilisation ne sera pas sur une date anodine, car le 29 novembre, c’est le « Black Friday » habilement rebaptisé « Block Friday » pour l’occasion.

Comme à son habitude des prises de paroles et autres discours sont entendus avant le départ en manifestation, permettant d’attendre les retardataires ainsi que de s’informer et se fédérer derrière des textes rappelant l’urgence de la situation. Le départ est prévue place de la République, place qui verra un immense centre commercial remplacé les arbres dans quelques années. Des masques d’hôpital sont sortis par les manifestant.e.s, symbolisant la dégradation de la qualité de l’air, et plus généralement de la planète. Les rues adjacentes à la manifestation sont bloqués pour la plus part par des poubelles. La manifestation est assez rapide, une heure, pour permettre une nouvelle action. Après un point informatif place Bouchard, les manifestant.e.s partent en direction du centre commercial de la Fnac (Centre Paul-Doumer) et réussissent à rentrer avant la fermeture des portes.

Occupation du hall de la Fnac !

Iels avaient alerté quelques jours plus tôt des dégâts environnementaux de la journée du Black Friday sur les réseaux sociaux, maintenant place à l’action ! Dans l’objectif de se réapproprier un espace et d’en faire un lieu alternative, le collectif a choisit de détourner une zone commerciale pour en faire une occupation festive. Musique, jeux de cartes, lectures réchauffent le lieu en ce milieu d’automne.

Après plus d’une heure d’occupation, les sirènes de la brigade d’intervention se font entendre. La plus part des personnes présentes se regroupent au milieu du hall en s’emmêlant bras et jambes. Au même moment, des manifestant.e.s se font matraqués à l’extérieur !  La brigade d’intervention a délibérément frappés des jeunes pacifistes qui n’avaient jamais été confrontés à la police, deux personnes finiront à l’hôpital ( Une des deux ira même en garde à vue avant de se faire soigner)

Dans un communiqué, le collectif condamnera fermement ces violences policières. Différents temps de discussions seront organisés les jours suivants pour évacuer les tensions et les traumatismes.

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CELPE : 1 an de lutte

On peut retenir de cette année de lutte l’évolution dans les discours et les modes d’actions du collectif qui essaye constamment de s’adapter, d’apprendre de ces erreurs, d’être à l’écoute et ne pas hésiter à innover et diversifier ces stratégies. On constate aussi une réelle solidarité, ainsi qu’une créativité, que ce soit dans la communication ou dans les mobilisations.

 Il ne faut pas oublier que des personnes très jeunes participent à ce mouvement et c’est dans cette logique que début 2020 une formation « comment agir en manifestation ?» et « que faire en cas de garde à vue ? » est organisé par le collectif. D’autres formations sont  en préparation.

En ce qui concerne la convergence avec les autres organisations écologistes sur Caen, divers groupes ont participés aux manifestations, c’est le cas « d’Unis Pour le Climat » et « Extinction Rebellion ». Un repas ouvert à toustes, prix libre réalisé avec des invendus de marché a aussi permis d’échanger avec d’autres collectifs.

Prochaine date de mobilisation : le 13 mars ! ( https://www.facebook.com/events/2863922420501242/ )

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Louise

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