Concevoir notre lutte à long terme est nécessaire : Lutte climatique et acquis sociaux

Ce qu’on veut quand on fait grève, c’est survivre, ce propos peut paraitre absurde actuellement mais à long terme nous sommes toustes véritablement misEs en danger par la fuite en avant des classes dominantes et il est bon d’en prendre acte sans tomber dans un fatalisme dépressif.

Bah ouais, parce que, à terme, c’est bien ça qui nous guette. Et vu comment ça s’annonce, la vie, va falloir la prendre et arrêter de la demander.

Faut dire que, dans l’esprit rationnel des (j’allais écrire « de nos » mais ça sonnerait faux) éluEs, la vie pour toustes c’est pas vraiment la priorité, quand « Manu » Macron parle des « gens qui réussissent » et des « gens qui ne sont rien », au-delà du mépris social y’a un truc explicite : c’est parce que y’en a qui « ne sont rien » que y’en a « qui réussissent ».

La propriété c’est du vol et leur « réussite » (travailler dur pour avoir un costard), ce qui en fait la plus-value, c’est bien l’argent extorqué sur le temps et la santé des chômeurEUSEs1, des travailleurEUSEs précaires, des retraitéEs, des étudiantEs.

Une constatation devient nécessaire à propos du monde à Macron : ces gens-là nous déclarent la lutte des classes , et il est nécessaire de nous défendre.

Un peu de blabla

A l’heure où le travail est de plus en plus précaire, où l’époque du SMIC, des CDI et du plein emploi est encore un souvenir diffus pour les cinquantenaires et juste une nostalgie absurde pour celleux qui ont moins de la trentaine, la réforme du chômage oblige à travailler le plus rapidement et le plus constamment possible.

Celle des retraites efface la solidarité intergénérationnelle, ce qui fait que nous ne cotisons pas toustes pour les autres mais pour notre propre retraite, la solidarité qui permettait de dépasser les inégalités de revenus et d’emploi est donc effacée.

La valeur d’un point de retraite risque également d’être indexé sur le taux de croissance économique, les protections sociales sont donc déterminées par les efforts et le temps passé pour un maximum de productivité et y sert donc notre aliénation à ces objectifs de production.

Ajoutons à cela la libéralisation, tellement vulgaire que c’est très crâmé que l’objectif recherché est bien la privatisation, des services publics.
Elle se fait du côté des cheminotEs par la concurrence avec les entreprises de covoits et les bus « Macron ».

Elle se fait pour les profs et pour les médecins par le sous-effectif et celui-ci crée des inégalités sur le territoire avec des écoles pour privilégiées et des classes surchargées et des profs débutant.e.s pour les enfants de populations marginalisées.

Le sous-effectif chez les médecins et le personnel en institutions d’aide aux personnes handicapé.e.s (hopitaux psychiatriques, maisons de retraite,..) est problématique.

Il les pousse à fournir un travail monstre totalement inadapté avec le care (le fait de devoir prendre soin des gens) nécessaire dans ces métiers.

Dans certains cas cela peut se traduire par de la maltraitance même si la maltraitance est aussi du côté de ces travailleurEUSEs qui accumulent un stress particulièrement important dans ce contexte de sous-effectif et de manque de moyens.

Ces biens publics qui sont en voie d’être privatisés deviennent des lieux de productivité, de profit et d’inégalités.
Le processus de privatisation pleinement accompli empêchera la plupart des gens au chômage ou en travail précaire de se déplacer, de se soigner et de faire accéder leurs enfants au savoir scolaire et à l’espoir de trouver une sécurité d’emploi qui va avec.

De leur côté Macron et son monde font la sourde oreille, faut aussi les comprendre, alors que toute leur politique et ce sur quoi iels ont été éluEs consiste à défoncer l’Etat social pour réhabiliter le bon vieux Etat libéral toujours plus violent à mesure que les inégalités s’accentuent, les mouvements sociaux en état de déter’isation progressive leur demande d’annuler une mesure parmi d’autres : la réforme des retraites.

Iels doivent sans doute se dire que si le reste passe : un ptit coup de répression et cela passera aussi, au fond c’est rien par rapport à tout ce qui nous attend pour les prochaines années.

Finies les Trentes Glorieuses et une crise pétrolière et économique à peine recouverte par l’hégémonie du numérique, la finance virtuelle et le support de la dette mondiale : la crise climatique arrive à grand pas.

Alors que les classes populaires et contestataires gueulent pour demander au gouvernement d’en prendre acte, il serait naïf de penser que celui-ci ne fait rien. Le rapport Meadows délivré en 1972, qui annonçait déjà la crise climatique et dénonçait la croissance comme véritable poison dans un monde fini, s’adressait premièrement aux gouvernantEs(et donc à des représentantEs des classes dominantes), et elles en ont bien pris acte.

La multiplication des blockos super-équipés d’ultra-riches se poursuit partout dans le monde, la conquête de Mars pour une autre partie d’ultra-riches se programme (dans leur imaginaire on s’entend), la conquête des campagnes par les riches un peu moins riches se révèle, les classes dominantes placent le maximum de leurs pions avant que le système économique capitaliste s’effondre.

https://www.youtube.com/watch?v=WDAuXwx5zZ8

Mais alors, on peut se demander : pourquoi ne décident-elles pas d’en finir avec la croissance économique et d’adopter un système économique « décroissant », « résilient » ? Parce que l’existence même de ce système économique et des classes dominantes provient de la croissance économique et du capitalisme et tant que celui-ci se poursuit, ces classes nous gouvernent et reproduisent leur pouvoir.

Ainsi leur stratégie est de poursuivre ce système d’accumulation le plus longtemps possible (avant un quelconque effondrement économique) pour se procurer du territoire et le protéger le mieux possible du reste de la population.

OK, parlez de « stratégie » c’est un peu complotiste, c’est pas nuancé quoi2, on devrait dire « pour celleux qui en ont », c’est sans doute pas le cas de tout le monde.

Cependant quand on voit Warren Buffet qui dit que les milliardaires ont gagné la lutte des classes, les constructions de blockos, les élans réactionnaires des médias dominants face aux mouvements sociaux, les politiques libérales ou fascistes partout dans les pays dominants et la surveillance du peuple qui devient ultra à la mode, sachant que comme l’expliquent les Pinçon-Charlot les classes dominantes ont bien conscience de leur position de classe et font communauté pour imposer leurs intérêts de classe aux autres, je pense que ne pas parler de stratégie et s’attarder sur les nuances serait perdre du temps pour s’organiser.

Dans cette stratégie gouvernementale donc, les soi-disant compromis que sont les services publics, les retraites, la protection de l’emploi et l’assistance au chômage n’ont plus leur place, il faut tout libéraliser et la police (et les armes) fera le reste.

Pouf, au moment de sa décomposition programmée, la violence originaire dans le développement du capitalisme réapparait : celle des seigneurs puis des grands propriétaires armés qui ont chassé les paysans de leurs biens communs, de leur terre partagée avec d’autres paysans pour prendre le contrôle sur la production de ces terres, ce qui a obligé les personnes dépossédéEs à partir sur les routes à la recherche de nouvelles relations et protections, et qui a réapparu dans leur répression sanguinaire pour les mettre au travail forcé.

Il faut cependant mettre des mots sur cette violence, il s’agit d’une lutte de classes, et ce sont les classes dominantes qui nous l’imposent et non l’inverse, et ce que nous faisons en nous battant dans la rue, c’est se défendre, se défendre contre un avenir plus que vulnérable et contre une conception politique qui nous raconte que les choix politiques de ce gouvernement, c’est pour notre bien.

Dans cette perspective notre combat dépasse hautement l’enjeu de cette réforme des retraites, c’est pouvoir bouffer aujourd’hui et demain qui dépend de ce combat, pas un quelconque avantage corporatiste défendu par un quelconque syndicat.

Autodéfense joyeuse et nécessaire

L’attribut alt de cette image est vide.

Pour concevoir cette autodéfense, il nous faut, à mon sens, dépasser bon nombre de référentiels et de moyens de comprendre le monde encore dominants dans les milieux de nos sociétés ainsi que dans nos milieux militants gauchistes.

Pour commencer, la référence quasi-sacrée aux acquis ou conquis sociaux comme pivot de notre lutte, dont la réforme des retraites concentre les revendications, est illusoire et pour moi un argument pour amorcer une perspective révolutionnaire.

Il faut rappeler que ce qui constitue l’État social, à savoir le système assurantiel, qui fonde la plupart des services publics et des protections sociales progressivement démantelés de la sécurité sociale progressivement libéralisée, dépend de la société salariale qui s’effrite depuis la fin des Trentes Glorieuses et les deux crises pétrolières des années 1970.

Dans un mouvement de précarisation du travail les services publics censés prendre en compte l’ « intérêt général » se dissolvent dans l’ambiguité des associations, devenant secteur du travail précaire et de la commande des multinationales et des collectivités territoriales qui conçoivent seulement la réalité de la croissance économique.

La marchandisation du monde déforme toute forme de vie sous le contrôle de l’État et tout ce qui lui est extérieur apparaît comme « impur » et « dangereux ».

Négocier avec ce gouvernement (des multinationales et des institutions publiques) c’est s’attendre à être déformés dans la marchandisation du monde et reproduire la croissance économique, fondamentalement anti-écologique, contre cela il faut créer nos propres formes de vie et les préserver de toute récupération dans le domaine de la propriété privée.

Même si il nous faut des « victoires » et préserver nos retraites comme un droit public, la lutte doit bien s’envisager à long terme et étendre sa contestation aux démantèlement des services publics et au retrait de la réforme du chômage.

Elle doit de plus recréer du lien pour prendre en compte de manière alternative, auto-organisée dans la mesure du possible, les besoins des camarades de lutte, d’autant plus après plus d’un mois de grève.

Recréer du lien c’est reconsidérer nos relations pour concevoir des formes de vies plurielles et malheureusement ambigues4 au-delà de celle du capital  :

-préférer les relations de confiance volontaires, toujours incertaines et donc potentiellement remises à jour pour esquiver des formes de domination tendant à rendre la relation inerte

-comprendre que les choses, les « « non-humains » » existent pour ce qu’elles sont et ne nous appartiennent pas à nous seuls, qu’elles comportent une âme dès lors qu’on lie nos affects avec, et qu’il faut les faire circuler plutôt que leur attribuer une valeur mesurable et désincarnée qui permet à la logique de l’industrie de se l’approprier

-porter attention à l’immanence5 du social, c’est à dire ce que nous faisons spontanément sans passer par des formes administratives et organisationnelles, qui trouve toujours sa place dans les relations volontaires et spontanées pour des façons de vivre-ensemble autrement contre la transcendance6 d’un Etat ou d’un Marché qui nous dépossède sans cesse de ces formes de vie

– faire des émeutes ensemble dans une perspective solidaire et bienveillante plutôt que des calculs quand la violence de l’État trouve sa limite dans ses crimes et voit son existence remise en cause 

Des ressources alimentaires gratuites peuvent être réappropriés pour le commun des luttes et préparés pour les temps de grève, des lieux peuvent être réappropriés et réaménagés pour aider les camarades qui peinent à se loger et pour s’organiser dans des espaces préservés des formes d’encadrement habituels.

Des liens peuvent être créés avec la campagne qui peuvent, par le biais de camarades ruraux ou de communautés attachées à l’autogestion, aider à nourrir et compléter les besoins des camarades en ville et devenir des lieux de repli au cas où le fascisme en vient à écraser toute forme de vie en ville.

Une multitude de solutions peuvent être envisagées et elles sont bien désirables dans la mesure où les rapports de réciprocité créés au coeur de la lutte réhabilite des liens sociaux, intergénérationnels, intersectionnels5, dans une perspective dynamique qui permet de faire société hors des standards dominants.

On a par les temps de fête, de bouffes communes, de temps de partage divers, où se créent des liens de confiance mutuelle et d’entraide qui transforment le sacrifice pour la grève en une lutte pour une autre forme de vivre-ensemble.

Face à tous les enjeux de la crise climatique et face à la violence des classes dominantes devant une croissance finie qu’on commence à se prendre dans la gueule, se renfermer dans la bulle d’un avenir professionnel est totalement illusoire.

On peut au contraire renverser les discours ordinaires autour de la propriété privée et du salariat, se constituer comme peuple entre tous les dominéEs d’ici et d’ailleurs, d’aujourd’hui et de demain, dans la mesure où les identités multiples et les différences culturelles et géographiques sont toujours une richesse pour notre soif d’être, de devenir et de se réinventer ensemble.

1:Car consommer dans un supermarché c’est travailler en partie. Et surtout toutes les tâches administratives qui doivent remplir celleux-ci pour justifier leurs revenus et continuer à vivre est énorme, et n’oublions pas non plus le contrôle accru qui s’étend sur elleux.

2 : A mon sens, si les personnes de classe dominante reproduisent la croissance économique, au-delà d’intérêts de classe, c’est surtout parce que ne pas le faire serait mettre en cause tout une éducation et tout le sens qu’ils attribuent au monde et à leur identité dans celui-ci.

Avant tout, ce serait avouer le caractère irrationnel de leur idéologie, alors que ces personnes pensent tout pouvoir contrôler ce serait tout un ordre du monde qui serait renversé si elles conçoivent que le système économique qu’elles ordonnent en partie est responsable de telles crises environnementales.

Dans la mesure où tout ce qu’elles entendent et que tout ce à quoi elles se réfèrent postulent un système capitaliste et une croissance économique, elles sont amenées à reproduire leur domination même quand celle-ci programme leur propre mort ou leur propre enfermement.

3: On peut d’ailleurs remarquer le double sens du mot « commander » qui met en tension un rapport de pouvoir (« c’est moi qui commande ») dans un mot qui suppose une demande codéfinie, alors qu’elle est bien définie par le propriétaire, elle fait donc passer un devoir pour un droit et fixe la relation dans les rapports du contrat (revenu fixe, temps de travail fixe, objectifs fixes)

4 : Dans la mesure où l’État détruit toute forme de vie qui échappe à son contrôle, il est bon de contrôler une certaine ambiguité face à lui, adapter nos organisations à des formes « institutionnels », par exemple des associations ou des entreprises, afin de masquer des pratiques qui échappent à l’intérêt général compris par l’État.

5 : « Un principe dont l’activité n’est pas séparable de ce sur quoi il agit, mais qui le constitue de manière interne. » La réciprocité à part entière et l’idée que la capacité humaine préservée des pouvoirs qui nuisent à la confiance dans l’action de chaque individu est un modèle de vivre-ensemble idéal.

6 : « Qui est au-delà du  perceptible et des possibilités de l’intelligible . » Ce qui légitime l’existence d’un pouvoir supérieur pour gouverner les populations.

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