Les services de santé en fin de vie

Depuis le 14 novembre, les services hospitaliers sont en grève. La mobilisation se déroule dans la continuité d’un mouvement orchestré par les services de santé depuis plusieurs mois. (Comme cet été à Alençon ).

Nous avons pu échanger avec Jocelyne Ambroise membre de la CGT du CHU de Caen pour comprendre où en est la situation aujourd’hui. 

CASSE DU SERVICE PUBLIC ET PRIVATISATION 

L’interruption du travail a lieu suite à un ras le bol général des services hospitaliers qui dénoncent des “ fermetures de lits, suppressions de postes, les conditions de travail avec des plannings qui sont modifiés sans arrêt, des agents qui ne peuvent pas poser leurs congés, des agents qui font des heures supplémentaires à n’en plus pouvoir” La grève n’est cependant pas générale dans les services hospitaliers, des assignations sont prévues pour maintenir des services. Le but n’est pas de ne plus soigner les patient.e.s mais de se faire entendre. 

La casse des services publics est liée à  la volonté du gouvernement de les privatiser. Privatisation qui est déjà en cours “Il y a pas mal de services qui ont été privatisés, par exemple les services d’ASH (agents des services hospitaliers) donc plutôt les services de nettoyage. Il y a toute la partie des jardiniers, les courtiers, à terme il y aura tout l’aspect logistique et technique.” Loin d’améliorer les choses, l’accès aux soins, pensé dans le but de générer toujours plus de profit, entraîne une sélection des “bon.ne.s patient.e.s” comme on peut déjà le voir aujourd’hui dans les cliniques privées ; “Si vous avez une jambe cassée, une fracture ça ils vont vous prendre. Si en plus vous avez du diabète, des problèmes cardiaux, des multi pathologies comme on dit ils vous envoient au CHU.” Les patient.e.s sont aussi trié en fonction de leur situation financière ”les médecins sont tellement débordés qu’ils arrivent à refuser, à sélectionner leurs patients. Ce n’est pas forcément de leur faute ou de leur volonté” La privatisation dégradera aussi les conditions de travail des travailleur.euse.s.  (Rupture conventionnelle, dépassement d’honoraires)

“SOS” du CHU, le 29 novembre à Caen

RÉFORME DES RETRAITES : TRAVAILLER PLUS LONGTEMPS POUR GAGNER MOINS

A tout cela s’ajoute la fameuse “réforme des retraites” qui  n’épargne pas les services de santé. “Pour les soignants (infirmiers, aides-soignants, ASH) ils pouvaient partir à 57 ans,  avec l’âge pivots à 64 ans ils vont perdre leur catégorie. Ca fera 7 ans de travail en plus avec la réforme.” La “catégorie active” permettait de prendre en compte la pénibilité du travail et leur garantir un départ à la retraite anticipé. Pour le gouvernement, travailler dans la santé ne serait plus pénible. 

Aujourd’hui la retraite dans les services de santé représente 75% des 6 derniers mois de salaire “ Avec la retraite à points, ça va être calculé sur l’ensemble de la carrière, ce qui va forcément descendre le niveau de pension” Les primes promises par le gouvernement ne compenseront pas les pertes. Encore une fois l’Etat est gagnant, il économise de l’argent sur le dos des travailleur.euse.s. 

Manifestation du 9 janvier à Caen contre la réforme des retraites

REVENDICATIONS ET RÉPONSE DU GOUVERNEMENT

Suite à cette destruction des services de santé, la CGT réclame “ l’arrêt des suppressions de lits, du renfort en personnel, des moyens pour l’hôpital (…) Parce que des moyens il y en a”. Elle demande aussi  le retrait de la réforme des retraites, sur ce point là “il n’y a pas de négociations possibles”

Pendant ce temps-là, le gouvernement “reste sourd”. Sa stratégie se résume à faire croire à un dialogue avec les syndicats et envoyer la police face aux grévistes. On nous apprend aussi qu’on pourra avoir une simulation personnalisée de sa retraite… après le passage de la loi. Le gouvernement ne tente même plus de cacher son mépris. 

ACTIONS ET CONVERGENCE

A Caen et partout en France, les travailleur.euse.s des services de santé ne comptent pas s’arrêter là : après le “SOS” du CHU le 29 novembre, l’enterrement symbolique de l’hôpital pendant la grève générale, le mardi 14 janvier une action nationale est prévue : la démission des chefs de pôles “des démissions plutôt administratives, il y en aura 1200 en France ce n’est pas rien. “

Depuis le début de la grève générale, les services hospitaliers ne sont plus seuls, ils sont rejoints dans leur lutte par des personnes non-syndiqué.e.s, non-politisé.e.s. La convergence se fait aussi avec les gilets jaunes, les autres secteurs publics avec notamment les cheminots, “On voit qu’il y a des entreprises privées qui s’y mettent. On sent qu’il y a un élargissement de la mobilisation”

UN PEU D’ESPOIR

Les services de santé étaient déjà à bout, la réforme des retraites est venu finir la destruction de ce service public. La mobilisation est venue remettre de la vie dans un secteur qui meurt. L’envergure et la durée de la grève générale amène de l’espoir : les gens se mobilisent, se politisent, prennent conscience des dégâts du capitalisme et des politiques néo-libérales destructrices, créent des solidarités, des convergences. L’Etat, toujours plus autoritaire pour défendre son système bourgeois et inégalitaire, ne tiendra pas éternellement dans ce modèle. 

Aujourd’hui de plus en plus de personnes osent dire non, osent se mobiliser, faire grève et malgré une répression toujours plus meurtrière de la police, osent venir dans la rue, toujours plus nombreux et nombreuses. Et remettre un peu de vie dans un système qui nous tue.

Alys et Louise

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *