Dans le monde de Nathan Le Garrec (podcast)

Podcast de l’interview
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Retranscription de l’interview:

RUGIR: Bonjour aux personnes qui écouteront ce podcast, cet enregistrement est réalisé par le média Rugir. Aujourd’hui on va parler d’autisme avec une jeune personne qui s’appelle Nathan et qui a récemment publié un livre qui s’appelle Dans mon monde qui parle de sa vie et de son autisme. Bonjour Nathan.

NATHAN: Bonjour

RUGIR : Alors est-ce que tout d’abord tu peux expliquer ce qu’est l’autisme ?

NATHAN : Alors l’autisme c’est un mot qui a plusieurs significations. Beaucoup de scientifiques ont des définitions, chacun à sa définition mais je vais donner la mienne. Alors je vais reprendre les termes scientifiques : l’autisme n’est pas une maladie déjà. L’autisme est une différence neuro- développementale, c’est une différence neurologique en fait. L’autisme se caractérise par la triade symptomatique, ce sont trois symptômes (oui on parle de symptôme alors que ce n’est pas une maladie). Ces trois symptômes sont des troubles de la communication et de l’interaction sociale, c’est de l’hyper ou hypo-sensibilité, tout dépend des personnes, soit on est vraiment dans un extrême soit totalement de l’autre côté. Et le troisième c’est un retard développemental. Pour le syndrome d’Asperger (je vais beaucoup parler du syndrome d’Asperger), il est souvent associé au haut potentiel, donc un QI qui est au-dessus de la moyenne. Mais quand on parle de syndrome d’Asperger c’est qu’il n’y a pas de déficience intellectuelle parce que je vais prendre une autre forme d’autisme mais pour faire clair, y’a plus de formes d’autismes que de porteurs d’autisme, donc déjà, il y a beaucoup de formes d’autismes. Mais je vais prendre les générales : l’autisme de Kanner donc ce qu’on appelle plus communément l’autisme sévère, là il peut y avoir une déficience intellectuelle en fait, contrairement au syndrome d’Asperger. Et donc pour faire simple, l’autisme c’est une hyper-sensibilité avant tout, enfin pour moi, pour mon cas, c’est une hyper-sensibilité, c’est une ouverture au monde, c’est une difficulté de concentration, de développement. Ce que j’ai oublié de dire aussi c’est qu’on a beaucoup d’activités qui sont restreintes donc si je prends un exemple, celui de la politique, j’ai 4 ans, je lis un journal et je vais parler de politique pendant des mois et des mois et je ne vais parler que de ça et je vais pas savoir si ça intéresse les autres. Ça c’est un exemple concret de l’autisme Asperger, d’activités restreintes. Et donc l’autisme pour moi c’est ça voilà.

RUGIR : Est-ce que tu peux à la suite de ça nous présenter ton livre ? Brièvement puisqu’on reviendra sur ton parcours après mais surtout pourquoi t’as voulu écrire un livre sur ta vie et comment s’est passée l’écriture de ce livre ?

NATHAN: Oui donc j’ai écrit ce livre, enfin c’est une biographie, mais je l’ai écrit pour une thérapie en fait. Mais aussi simplement, c’est peut-être un bien grand mot mais pour essayer de faire bouger les choses par rapport à l’autisme en France parce qu’il y a un vrai déficit sur l’autisme. J’ai voulu écrire aussi pour que ma famille et mon entourage comprennent mieux ce que je vis tous les jours. J’y parle de harcèlement, de discrimination, je parle de problèmes avec la psychiatrie en France. Et je parle de ce que j’ai vécu moi. Je parle de beaucoup de choses mais je l’ai appelé « Dans mon monde » parce que dans le texte je dis beaucoup « dans mon monde » parce que quand j’ai 4 ans et que je lis le canard enchainé, ‘faut vraiment être dans son monde quoi.

RUGIR : Est-ce que tu as rencontré des difficultés pendant l’écriture du livre ?

NATHAN: Oui en fait ce que j’explique aux gens c’est qu’écrire c’est facile mais conclure un projet, conclure un livre c’est ce qui est le plus compliqué. Écrire, on peut écrire pour soi, on peut écrire dans sa chambre, on peut écrire n’importe où, on peut écrire ce qu’on veut. Mais quand on finalise un projet, le mettre en forme, en livre c’est beaucoup plus compliqué parce que ça demande beaucoup de temps, ça demande des corrections, de la réflexion sur la photographie, sur le type de format du livre, sur quelle couleur choisir, … Il y a beaucoup de choses à prendre en compte et pour moi personnellement, c’était trois/quatre ans de travail. Et mettre en forme un projet et le finir, le conclure jusqu’à ce qu’il aille à la BNF, donc la Bibliothèque Nationale de France (un peu comme la SASEM pour les musiciens), le mettre en forme, le vendre, … ça c’est ce qui est le plus compliqué, d’arriver vers la fin.

RUGIR : Du coup maintenant, peux-tu plus rentrer dans les détails et te présenter globalement ? Et prendre le temps de raconter ton parcours en fait, ce que tu racontes dans le livre ?

NATHAN: Bon je ne vais pas spoiler le livre déjà (rires) mais donc voilà, comme on l’a dit au début, je m’appelle Nathan, j’ai 19 ans, je suis né à Rennes en Bretagne. Ma famille est plutôt bretonne. Et en fait dans ce livre, je commence par expliquer un peu mon parcours mais du début, de ma naissance. En fait je suis né prématuré d’un mois et j’ai eu des complications à la naissance. J’ai eu des interrogations médicales qui ont été faites à mon égard. Donc c’était hypotonie, beaucoup de noms de syndromes comme le syndrome Kabuki, j’ai vu des généticiens, etc.. beaucoup de choses diverses. Et en fait 5 ans après je voyais toujours des médecins, des médecins,… ma mère en avait un peu marre. Je voyais des neuropsy, des orthophonistes, tout ça. J’avais des problèmes un peu de langage. C’était à Rennes, y’avait dyspraxie, plein de mots qui étaient évoqués mais sans le mot autisme en fait. Et du coup là j’ai 19 ans et je suis diagnostiqué par une psychiatre mais pas officiellement par le CRA, Centre Ressource Autisme qui est sur Caen. Et donc en fait, pour l’entrée au CP c’était compliqué. Pour l’entrée en sixième c’était compliqué aussi, pour l’entrée en seconde également, toutes les rentrées un peu majeures ont été compliquées. Et donc l’école primaire c’est, comme l’explique Johan Jamet qui est un écrivain que j’aime bien, l’entrée en primaire c’est, comment dire… On te casse la gueule beaucoup plus souvent et au collège on te casse la gueule moins souvent mais c’est un peu plus violent quoi on peut dire. Du coup en primaire pour moi c’était vachement compliqué mais le pire c’était vraiment le collège. Je parle vraiment beaucoup de ça donc mon livre. Le collège c’était beaucoup, dans les couloirs du collège que je me faisais casser la gueule, voilà clairement. C’était « pas d’amis », c’était indifférence totale, je passais mon temps au CDI du collège, et à

discuter avec mon prof d’histoire. Et j’avais beaucoup de mal, enfin j’ai beaucoup changé de collèges, après je suis revenu à mon collège, donc c’était quand même très compliqué. Après mon lycée aussi c’était très compliqué, j’ai fait en fait quatre secondes. Jusqu’à l’année dernière où j’ai fait ma dernière seconde et là je suis en première. Suivre un parcours scolaire c’est très compliqué parce qu’en fait à la fin de mon collège en troisième, j’ai un peu craqué à la fin et je suis arrivé en seconde, j’étais à l’Institut à Agneaux et en fait j’ai une dépression. Donc j’ai fait en tout sept semaines d’hospitalisation médiatrice et donc là pour le coup j’étais vraiment suivi par un psychiatre qui plaçait des mots : « psychotique », « schizophrénie », … là j’étais vraiment dans le dur de la psychiatrie française. Et donc j’ai fait cinq traitements neuroleptiques différents. Donc, vous n’allez peut-être pas connaître les noms de médicaments, mais c’est passé de l’Abilify au Risperdale, des médicaments très connus dans le milieu de la psychiatrie. Et donc c’était très compliqué, j’en parle dans mon livre d’ailleurs, je parlais de l’autisme mon psychiatre me disait que c’était lui le psychiatre que moi j’étais le patient. Quand il mettait son diplôme sur la table en disant que je n’étais pas autiste, … que je devais me taire en fait, c’était clairement ça. Et du coup voilà, je parle de tout ce parcours dans mon livre. Et je parle aussi beaucoup d’humanisme. Quand j’étais en dépression, j’écrivais beaucoup de textes humanistes et philosophiques, très généraux, mais notamment sur l’humanité, sur … j’ai aussi évoqué une petite histoire que j’aime beaucoup que j’aimerais bien raconter : c’est sur le colibri. En fait c’est un colibri en Amazonie, il ya un incendie en Amazonie et en fait le colibri, et un hippopotame à côté, ramasse une goutte d’eau pour essayer d’éteindre l’incendie. Du coup l’hippopotame lui dit « colibri, mais qu’est-ce que tu fais ? », « et bien je prends une goutte d’eau pour essayer d’éteindre l’incendie ! ». Et puis l’hippopotame lui dit « non mais en fait ça ne sert à rien, c’est juste une goutte d’eau ! ». Puis le colibri répond « et bien je sais, peut-être que pour toi ça ne sert à rien mais moi je fais ma goutte d’eau et si tout le monde prenait sa goutte d’eau et tout le monde ferait sa part quoi ! ». Et pour la petite anecdote en fait je suis à la MFR de Saint Sauveur de Lendelin et en fait dans mon école on accueille une vingtaine de mineurs réfugiés et aussi des jeunes qui sont en IME, donc Instituts Médicaux Éducatifs, qu’on accueille en classe ordinaire. Et en fait les mineurs réfugiés on les appelle les colibris. Et quand ma directrice est venue me voir pour me féliciter pour mon livre et m’acheter des livres et parler (toutes les MFR de Normandie parlaient de mon livre), elle a dit « je trouve ça très spécial quand tu parles des colibris dans ton livre parce qu’on vient d’appeler « les colibris » nos jeunes mineurs ».

RUGIR : Tu disais qu’à un moment, une psychiatre t’avait diagnostiqué autiste c’est ça ?

NATHAN: oui

RUGIR : Autiste Asperger ?

NATHAN: oui c’est ça.

RUGIR : Et qu’est-ce que ça a changé pour toi de poser un mot sur des choses ?

NATHAN: Déjà rien que d’évoquer ce mot-là, j’y pensais depuis des années en fait. Je regardais des émissions, je regardais des livres, je regardais par exemple une fille que j’adore, c’est Julie Dachez, Joseph Schovanec aussi que je vous conseille d’aller voir. Le film déclencheur, qui m’a vraiment fait voir que je pensais vraiment que je commençais à réfléchir sur le mot autisme c’est « Le cerveau d’Hugo », un film documentaire que j’ai beaucoup regardé. Et en fait quand je regardais les témoignages des personnes surtout Asperger c’était heu…je pleurais en fait, de voir que c’était tellement… que ça me ressemblait tellement en fait, je me voyais tellement dans ce que les autres vivaient que je me disais « ouais il y a une issue possible quoi ». Et en fait, je me sui battu pendant des années jusqu’à avoir une psychiatre qui parlait d’autisme. Et quand pour certaines personnes ce n’est qu’un mot, mais pour nous, personnes différentes, personnes autistes, ça veut dire de l’aide, être reconnu, ça veut dire pouvoir parler de soi sans être discriminé, sans qu’il y ait des psychiatres français qui vous disent « bah non, vous n’êtes pas diagnostiqué, vous n’êtes pas autiste. Vous êtes psychotique, l’autisme c’est de la psychose, gna gna gna…. ». En fait la France à 5 ans de retard sur l’autisme. Je vais prendre un exemple européen, par exemple l’Italie. Il y a 100% d’autistes scolarisés en Italie alors que nous en France on est à seulement 20% d’autistes scolarisés. Donc il y a 80% qui sont soit pas scolarisés, soit qui ne sont pas scolarisés en milieu ordinaire, soit qui sont en IME, soit qui sont en foyers, … Tout ça c’est pour diverses raisons mais c’est aussi parce qu’on ne veut pas mettre les sous, parce qu’on ne veut pas d’AVS dans nos écoles, parce qu’on ne veut pas accueillir, parce qu’on ne forme pas non plus les enseignants à l’autisme. Et donc soit c’est beaucoup de personnes autistes Asperger, donc qui vivent dans un milieu ordinaire mais qui se font casser la gueule, qui vivent reclus et qui vivent différemment leur parcours scolaire. Ou alors ce sont des personnes qui ont, entre guillemets l’autisme assez lourd et qui ne sont pas scolarisés et qui sont pris pour… qui vont finir leur vie « en hôpital psychiatrique ». Parce qu’en prenant les chiffres : 60% des adultes qui sont en hôpital psychiatrique sont autistes, qu’ils soient diagnostiqués ou non, mais ils sont autistes. Et j’ai un exemple très concret, c’est mon oncle, qui a la cinquantaine, et lui est autiste mais vraiment sévère et il a beaucoup été en hôpital psychiatrique et heureusement que mes grands-parents sont là pour l’accueillir, le stimuler, pour… L’autisme, il faut stimuler sans cesse. Et aussi il lui faut des calmants parce que là on peut parler de crise et tout ça, c’est assez violent. Mais du coup, oui aussi pour moi l’autisme ça veut dire administrativement avoir des aides, être accompagné, .. sans être diagnostiqué officiellement, ça veut dire aussi prendre en compte son hypo ou hyper sensibilité, prendre en compte sa fatigue parce que comme l’explique Julie Dachet très bien dans ses vidéos, une heure de sociabilisation pour nous ça veut dire 3h de sociabilisation on va dire, tout est à l’extrême. Et du coup ça veut dire aussi des aides, ça veut dire l’allocation pour adulte handicapé, ça vaut dire être pris en compte pour ce qu’on est et pas pour ce qu’on vous dit d’être. Et ça veut dire aussi pouvoir vivre, ne pas jouer un personnage aussi parce que beaucoup de personnes comme nous jouent un personnage toute leur vie et finissent par faire un dépression à la fin parce qu’ils ne se sentent pas eux- mêmes et du coup ça veut dire « être soi-même en fait ».

RUGIR: En fait globalement, il y a une discrimination de tous les corps de la société en
fait ? Tu dis « les institutions » parce que derrière il y a l’école et il y a les politiques et il y a l’État et tout ça. Il y a la discrimination de la médecine qui, tu l’as dit, essaye de faire taire, et oui il y a une discrimination sociale, en fait je voulais te poser la question « est-ce que le système s’adapte à l’autisme ? » mais en fait tu as déjà un peu répondu, je ne sais pas si tu veux revenir dessus ?

NATHAN: Oui je voudrais juste rajouter quelque chose. C’est en fait, on n’en parle pas beaucoup, mais c’est un autre grand personnage qui en parle très bien, c’est Hugo Horiot. Les deux gros lobbys en France sont le lobby psychiatrique et les lobby médico-sociaux aussi. En fait le lobby psychiatrique, j’ai un peu expliqué, j’ai un peu donné les chiffres aussi. Voilà, 60%, … Et en fait, il y a le lobby médico-social aussi c’est tout ce qui est IME, foyers, tout ce domaine-là, on n’est pas dans l’inclusion. Par exemple on va scolariser nos enfants autistes mais en Belgique, parce qu’on n’a pas, on n’est pas capable de mettre de l’argent pour mettre des choses suffisamment adaptées. Ou alors « tiens oui les enfants autistes en France sont scolarisés ! ». Beh non, ils sont scolarisés en IME ou en foyers donc ils ne sont pas scolarisés en milieu ordinaire. Et je voulais donner un autre chiffre sur le lobby psychiatrique en sachant qu’une journée en hôpital psychiatrique, coute pour la personne à peu près assez cher, à peu près 600€ la journée, ça dépend des personnes bien sûr mais faut faire le calcul à la fin de l’année par rapport au nombre de patients qui sont en hôpital psychiatrique et de voir ce que ça rapporte à l’État et aux lobbys. Parce qu’il y a un autre film, une autre réalisatrice que je vous conseille beaucoup, son nom c’est Sophie Robert, elle a sorti un film qui s’appelle « le phallus et le néant » et aussi un autre film sur le lobby psychiatrique qui est beaucoup inspiré par le côté psychanalytique freudien. Un grand personnage qui a fait émerger ce contexte sociologique psychanalytique, c’est Bruno Bettelheim qui a sorti un livre. Il est américain mais il a vécu les camps de concentration et qui a comparé les mères autistes à des mères nazies, froides et sans amour. Donc c’est lui qui est un peu le grand génie de la psychanalyse freudienne. Et un autre grand psychiatre français qui s’est inspiré de Bettelheim c’est Jacques Galant. Je ne vais rentrer dans les détails mais c’est beaucoup de thèses psychiatriques, beaucoup de thèses où on dit que l’autisme est un psychose mais que ça viendrait de certains facteurs… en fait leur thèse c’est que ça viendrait de la naissance, que certains facteurs de l’autisme viendraient d’avant la naissance parce que la mère n’a pas eu assez d’amour ou n’a pas aimé assez son mari ou parce que la mère a trompé son mari pendant qu’elle était enceinte. Enfin c’est beaucoup de contextes délirants dans lesquels Bruno Bettelheim et Galant font allusion. Et quand on voit le film de Sophie Robert c’est heu… il montre des choses sur l’enfant qui n’a pas d’amour, qui n’a pas de sentiments, qui n’a pas de .. enfin c’est beaucoup de choses voilà. Donc en fait pour finir sur la question, c’est que l’État est beaucoup inspiré de certains lobbys qui dominent la psychiatrie en France et c’est ça le problème en fait.

RUGIR : Tu as parlé des mères par exemple, quel est ton rapport à ta famille ? Est-ce qu’ils t’ont aidé, soutenu ? Et même à ton entourage global, tes amis, … Est-ce que ça t’aide parce que, tu l’as dit, tu te sens discriminé par les institutions, la médecine et tout ça ?

NATHAN: En fait, ma mère m’a toujours soutenu, c’est elle qui m’emmène chez le médecin une fois par semaine. Et puis mon père c’est très compliqué. En fait mes parents sont divorcés et j’ai vécu, j’en parle dans mon livre, j’ai vécu ma dépression en même temps que mes parents ont divorcé et en même temps que le décès du frère de mon père, mon oncle, d’une rupture d’anévrisme un truc comme ça. Du coup mes parents c’est très compliqué parce que ma mère divorce et elle vit une nouvelle vie et mon père c’est autre chose, dans le déni total, pour lui je ne suis pas différent, pour lui je suis normal, je m’invente d’être autiste pour pouvoir légitimer que je suis « feignant ». Donc mon père, je ne le vois plus trop et j’essaye de m’en détacher un peu. Et ma mère, depuis que j’ai mon permis, depuis que je me suis un peu…battu pour m’intégrer dans la société bah je commence à prendre des initiatives, aller chez le médecin moi-même tout ça. Et ma mère ça commence à la soulager un peu mais il y a une période où ma mère m’emmenait chez le médecin une fois par semaine, voilà.

RUGIR : Tu utilises beaucoup le terme de « combat », enfin d’abord tu as dit qu’on « essayait de te faire taire » et après tu parles du fait que aies du « te battre », on a aussi évoqué avant l’entretien le militantisme et c’est le sujet que j’aimerais aborder. C’est quoi le militantisme ? Est-ce tu te sens militant et est-ce que c’est lié à ton parcours ?

NATHAN: Ouais, moi je pense que déjà rien que le fait d’être différent en France c’est déjà un combat et c’est déjà être un peu militant. Parce que rien que je prends l’exemple des mères qui ont des enfant autistes, qui se battent pour ne pas que leur enfant soit en hôpital psychiatrique et qui se battent contre ce système, déjà pour moi c’est être militant. Parce que même si elles le font pour le bien de leur enfant, il y a tout un côté externe où on fait bouger le rectorat pour qu’il y ait une AVS, on fait bouger le psychiatre pour qu’il soit formé à l’autisme, pour qu’il arrête ce traitement à la noix quoi. On fait bouger le ministère de la santé pour qu’ils arrêtent de donner des vaccins à tout va et pour qu’ils arrêtent de dire que « y’a pas besoin d’ABA en France ». Parce qu’en fait l’ABA c’est de l’Analyse Appliquée des comportements (NdA : Applied Behaviour Analysis) et en fait en France on essaye de faire avancer les choses mais on essaye de faire venir plutôt des méthodes comportementales au lieu que ce soient des méthodes médicamenteuses et psychiatriques. Donc en fait l’ABA est comparée à de l’élevage en fait. On fait travailler l’enfant et on lui donne une récompense. C’est pour essayer de stimuler l’enfant et en fait on compare ça à de l’élevage, à des chiens etc… Et du coup pour moi déjà rien que ce fait d’être autiste ou porteur de trisomie ou porteur d’un handicap, c’est déjà être dans un combat, être militant parce que malheureusement en France on a 40 ans de retard et on a un lourd déficit sociologique, sur le handicap, sur tout ça, on manque de formations, on manque de connaissances. Et pour moi être militant c’est aussi participer à faire parler de soi. Parce qu’en fait, tout ce qu’on vit on peut le garder pour soi mais dès qu’on commence à partager et en parler aux autres, c’est aussi une forme de militantisme et de combat parce que je parle la semaine dernière avec des gens de mon école et il y a beaucoup de gens qui ne connait aucun mot de ce que je vous dis là et quand je leur explique déjà ils commencent à connaître. Pour des gens qui ne connaissaient rien, c’est déjà sympa de leur faire connaître ce qu’il ne connaissaient pas avant et on les voit « changer » quoi.

RUGIR : T’as l’impression de réussir à influencer les gens autour de toi qui ne seraient pas forcément sensibilisés en fait ?

NATHAN: Oui voilà c’est ça. Puis, je vais prendre un exemple. J’ai envoyé mon livre il y a 3 semaines à l’Élysée en fait et j’ai reçu une réponse du président de la République. Et c’est peut-être rien, c’est peut-être juste symbolique mais déjà, juste de se dire qu’on prend conscience juste de ce que j’ai vécu, rien que ça et bien ça fait plaisir.

RUGIR : Du coup ça va avec la question que je voulais te poser : qu’est-ce que ça t’a apporté ce livre ? Surtout que ça résume ta vie et que tu as mis beaucoup d’énergie et beaucoup de temps pour le finaliser en fait et que tu l’as finalisé. Qu’est-ce ça t’apporte dans la vie ? Qu’est- ce que ça a pu changer en fait ?

NATHAN: Alors moi ça m’apporte beaucoup de choses. Ça m’apporte déjà, comme ce que je disais au début c’était pour moi plutôt de la thérapie. Donc ça m’apporte de pouvoir parler de ma vie sans pleurer ou sans gêne, de pouvoir parler de ce que j’ai vécu sans avoir honte. J’ai un ami camerounais qui me dit tout le temps « je suis fier de qui je suis et d’où je viens » et bien ça m’apporte ça un peu, d’être fier de qui je suis et d’où je viens. Et puis sinon ce livre, en même pas un mois, ça m’a apporté beaucoup de choses. Ça m’a apporté des rencontres, des projets qui sont vraiment en train de grandir, des rencontres fabuleuses, ça m’a apporté des connaissances, beaucoup de connaissances que je ne connaissais pas avant et qui commencent à m’instruire aussi. Ça m’a apporté beaucoup de patience aussi j’avoue. Et ça m’a apporté que beaucoup de gens ne connaissait pas ce que j’avais vécu et que le fait de faire connaître aux gens, même les plus proches, de leur faire connaître ce que j’ai vécu ça permet de faire bouger les choses un peu déjà. Comme on dit tout le temps « avant de changer le monde ou la planète entière, changeons déjà notre maison, notre village ».

RUGIR : Où est-ce qu’on peut trouver ton livre du coup ?

NATHAN: Alors mon livre, je suis en auto-édition, du coup j’ai créé une page Facebook qui s’appelle « dans mon monde » et donc mon livre est en vente sur Bookelis, c’est un site d’auto-édition qui fait aussi imprimerie donc je le vends sur ce site-là. Et sinon, pour les gens qui veulent, je fais des commandes groupées et puis je viens à la rencontre des gens pour vendre des livres dédicacés parce que les gens aiment bien avoir des livres dédicacés et puis je n’aime pas ce voile entre l’écrivain et la personne, quand la personne achète sur internet et la personne ne voit pas forcément l’écrivain. Des fois ça arrive que les personnes ne comprennent pas ce qu’on écrit ou veulent avoir des renseignements. Donc moi j’aime bien vendre en direct et faire une dédicace aux gens pour pouvoir vendre en fait.

RUGIR : Et bien merci d’être intervenu.

NATHAN: Merci à vous.

Si vous êtes intéressés par le livre:

https://www.bookelis.com/biographies/37497-DANS-MON-MONDE.html?search_query=Nathan+Le+Garrec&results=1&fbclid=IwAR2pYnow_LrXDinCe6qv_Q4zHA FmDgIolKe5vuZLwwp2Yu_-KJPkKuDU9Eo

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