Joël Bruneau et la banalité du mal

Dans une petite interview réalisée dans le Ouest France du 30/10/2019, le maire de Caen qui se présente assez tranquillement à sa succession pour les prochaines municipales de 2020, donne son point de vue sur la situation migratoire. Sans complexe.

Cela fait bien sûr écho à l’expulsion du squat d’habitation et d’activités politiques « Le Marais », existant depuis 16 mois, et dans lequel vivaient le jour de l’expulsion pas moins de 200 personnes dont une cinquantaine d’enfants. En les mettant pour la plupart à la rue, et quelques un.e.s en camp de concentration, cette expulsion a été réalisé le 22 Octobre dernier, avec entre autre, la participation active du RAID (mise en joue des militant.e.s, menottage de ces dernier.e.s avec des cerflex, réservation de chambres au CHU au cas où il y aurait des blessé.e.s lourd.e.s, etc.). Rappelons qu’en théorie cette unité de police est censée intervenir pour tout ce qui concerne les actes de criminalité, les prises d’otage, le grand banditisme et bien sûr le terrorisme ! Paranoïa et agressivité, ça craint vraiment !

Joël Bruneau, maire de Caen depuis 2014

Avant de revenir sur ses propos, notons que ce torchon qu’est Ouest France continue son travail idéologique comme si de rien n’était. En titrant sur une plein page « Des citoyens mobilisés pour les expulsés du squat », il révèle au moins deux points de son infâme idéologie social-catho-démocrate.

D’abord, il feint d’oublier qu’il y a bon nombre d’étrangers et d’étrangères, tout à fait intégré.e.s à la machine économique française, qui n’ont pas le statut de citoyen.ne. Iels parlent français, travaillent français, etc. mais ne sont pas français.e parce que l’État ne le leur permet pas. Iels ne sont donc pas « citoyen.ne.s » mais sont souvent les premières et les premiers à filer un coup de patte aux autres sans-papier.

D’autre part, en titrant cela, il montre que les « citoyen.ne.s », se sont des petites gens, tout bien français donc, et tout.e.s gentil.le.s, comme ce couple interrogé qui tient à préciser : « nous ne faisons parti d’aucun collectif ». Les voilà les bons citoyen.ne.s ! Iels ne font pas partie d’aucun collectif de lutte, iels hébergent des migrants sans contre-partie, et iels vont voter en disant que l’État va bien, un jour ou l’autre, trouver une solution. C’est exactement cela la logique du citoyennisme : humaniser le capitalisme, faire confiance à l’État et croire à la démocratie qu’il impose, invisibiliser les luttes… C’est tapis rouge pour que rien ne change !

Revenons maintenant sur les propos de Joël Bruneau. D’abord, la journaliste lui demande ce qu’il pense des gens foutus à la rue. N’ayant même pas peur du ridicule, il affirme que « les solutions de droit commun n’interviennent pas, puisque ces personnes sont en situation irrégulière ». Double erreur Monsieur le Maire. Premièrement un certain nombre n’étaient pas en situation que vous appelez « irrégulière ». Et deuxièmement, même en situation irrégulière, votre État se doit, en théorie, de les héberger.

Ensuite, ce qui est censé être une journaliste, lui demande : « Y a-t-il à Caen des bâtiments libres pour loger les personnes à la rue ? ». On croit rêver. Des bâtiments vides à Caen, comme dans toutes bonnes villes de France, il y en a des tonnes. Les spéculateurs ont de beaux jours devant eux. Ils peuvent continuer leur petit manège salement, comme si de rien n’était, puisque même les journalistes font sembler de ne pas savoir qu’il y a des logements vides uniquement pour faire monter le prix de l’immobilier. Et le Bruneau de répondre à côté : « L’hébergement d’urgence n’est pas de notre compétence », renvoyant encore la balle à l’État. Mais qui parle « d’urgence » puisque ça fait 16 mois que le squat est plein à craquer, comme la dizaine d’autres existant actuellement sur Caen. Et de rajouter dans la même lancée que « l’association Deux choses lune fait un travail remarquable ». « Remarquable », ça doit être le mot qui qualifie bien l’hébergement proposé par cette association lyonnaise qui se fait du fric sur le dos des plus démuni.e.s. Il suffit de voir leur préfabriqués sur la presqu’île. On se croirait dans un pays en guerre. Au milieu du béton et des entrepôt désaffectés, isolés de tout transport, de tout commerce, de toute école pour les enfants, ces préfabriqués sont entourés de haut murs et d’une porte qui rappelle celle des prisons. On comprend à peine pourquoi des travailleurs sociaux acceptent d’y bosser…

Enfin, la journaliste, complaisante à souhait, lui tend une perche en lui demandant successivement : « Quelles solutions selon vous ? », « Que proposeriez-vous ? ». Ben il n’a pas grand-chose à proposer en fait… Il tourne autour du pot et, un peu dans un dernier effort acharné, il sort : « un système de quotas en fonction de notre besoin de main d’œuvre ». Bravo. Du Sarkozy pur jus qu’une Lepen ou un Dupont-Aignant approuvent aussi. Au delà qu’il s’agisse d’une mesure anti-constitutionnelle et inefficace (OK ce sont des argument pourris), c’est surtout une mesure irréalisable, profondément injuste et qui fait primer l’économique sur l’humain. Ben oui, si y a pas besoin de main d’œuvre comme il dit, on refoule tous les migrant.e.s. Et comme le taux de chômage est très haut…

Enfin, en tant que grand philosophe sûrement connecté sur les réseaux sociaux cryptés avec Michel Onfray, il ose demander à « avoir un débat un peu plus serein afin d’éviter deux extrêmes qui [lui] paraissent irresponsables : d’un côté considérer qu’il faut abolir les frontières et, de l’autre, qu’il faut ériger des murs aux frontières ». Sauf que d’abolir les frontières on en est malheureusement bien loin, puisque tous les partis politiques de France et de l’Union Européenne sont largement davantage pour construire des murs (à noter que même le NPA n’est pas pour « abolir » les frontières, préférant fébrilement les… « ouvrir ».)

Quant à l’irresponsabilité, il est mal placé pour en parler, car avec ses petits copains de la préfecture, il aurait pu réquisitionner des logements vides et spacieux pour tous les misérables de Caen qui dorment en ce moment même à la rue.

Bref, Joël Bruneau peut exercer toute sa violence et diffuser tout son mal, sans être inquiété. Il risque encore de nous vendre des places commerciales inutiles (place de la République, où j’apprends qu’un appel à manifester se déroulera le jour de son inauguration, le samedi 23 Novembre prochain, par un certain Bruneau Joël), nous vendre des hôtels de luxe aux chambres à partir de 150 euros (place Fontette), et nous installer de nouvelles caméra de vidéo-surveillances qui sont autant de murs érigés qu’une poignée de révoltés cherchent chaque jours à détruire.

Et comme disait si bien Sébastien Faure : « La probité du pauvre est dans ses abstentions, celle du riches dans ses bonnes œuvres ». Et quand tous les pauvres s’y mettront…

Henri

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