Je me suis fait·e interpeller, que faire ? (le Petit Manuel de l’émeute – Tome IV)

Temps de lecture estimé à : 20 min

Tu n’as pas lu les précédents tomes parce qu’ils étaient trop longs, tu n’as pas vu la BAC arriver dans ton dos alors que tu cassais une banque, tu n’avais pas tes papiers d’identité mais tu avais un k-way noir dans ton sac, tu as reçu une convocation au commissariat car tu as été identifié·e sur des images de caméras de surveillance, bref tu te retrouves au commissariat en garde à vue. Ne t’inquiète pas, on ne va pas te laisser comme ça, voici le tome 4 du petit manuel de l’émeute pour t’expliquer comment ça va se passer et comment réagir.

Es tu bien en garde à vue ?

S’il y a bien une règle que tu dois absolument respecter, que ce soit en garde à vue ou en dehors : on ne parle pas à la police. Même un·e RG qui a l’air sympa n’a que pour seul but de te faire tomber toi ou tes camarades. Derrière des questions anodines, iel cherchera à te piéger ou à apprendre des trucs sur tes compagnon·ne·s de lutte.

Il en est de même en garde à vue. Bien sûr les flics vont essayer de te faire parler, te menacer etc, mais ne cède pas : garder le silence c’est un droit !

Du coup garde le silence et demande si tu peux partir, c’est le meilleur moyen de savoir si tu es réellement placé en GAV (= Garde A Vue).

Algorithme de la GAV (chouré sur un neurchi sur Facebook, je n’ai pas l’autère)

Tu peux aussi être emmené·e au commissariat pour une vérification d’identité si tu n’avais pas ta pièce d’identité sur toi. Si après un délai de 4h tu es toujours au commissariat et que l’on t’interdit de partir, alors c’est que pas de chance pour toi, tu es en GAV.

Pas de bol, t’es en GAV !
La GAV, qu’est-ce que c’est ?

Le mieux c’est de regarder sur le site service-public.fr : « La garde à vue est une mesure de privation de liberté prise à l’encontre d’un suspect lors d’une enquête judiciaire. Elle permet aux enquêteurs d’avoir le suspect à leur disposition pour pouvoir l’interroger et vérifier la véracité de ses déclarations. La durée de la garde à vue est limitée et le suspect a des droits liés à sa situation, dont celui d’être assisté par un avocat. »

Conditions d’une garde à vue : « Une personne peut être mise en garde à vue uniquement s’il existe des raisons plausibles de soupçonner qu’elle a commis ou tenté de commettre un crime ou un délit puni par une peine de prison. »

La durée de base d’une GAV est de 24h à partir du moment où l’on t’interpelle. Si on t’arrête le samedi à 13h30 et qu’on te signale ta mise en GAV à 14h30, tu peux être maintenu en GAV jusqu’au dimanche 13h30.

M’enfin bon, comme toujours avec la loi, c’est de la théorie… Ta GAV peut être prolongée jusqu’à 48h si l’infraction pour laquelle tu as été arrêté·e est punissable d’un an de prison (et c’est facile pour les flics de te foutre ce genre de trucs sur le dos). Pire encore, pour les affaires graves, elle peut être prolongée jusqu’à 96h. Et si on t’a arrêté alors que tu t’apprêtais à faire sauter l’assemblée nationale, c’est dommage, tu avais là une grande idée, mais du coup c’est considéré comme du terrorisme et tu peux faire 144h de GAV !

Normalement, lors de ton placement en GAV, les flics doivent te notifier tes droits (si ce n’est pas fait il y a un vice de procédure et ça peut être bon pour toi) :

  • Tu as le droit d’être examiné·e par un·e médecin (on en reparle un peu plus loin)
  • Tu as le droit à un·e avocat·e (on en reparle un peu plus loin aussi)
  • Tu peux faire prévenir par la police ou la gendarmerie la personne avec qui tu vis, un·e membre de ta famille ou ton·a patron·ne. Les flics peuvent t’autoriser à avoir une conversation directe avec la personne que tu auras choisie mais ça ne dépend que de leur bon vouloir.
  • Tu as le droit d’être assisté·e d’un interprète si tu ne parles pas (bien) français.
  • Tu as le droit de consulter : le procès verbal constatant ton placement en GAV, le certificat médical du médecin, les procès verbaux de tes auditions
  • Tu as le droit de présenter des observations au magistrat en charge de la prolongation
  • Et, surtout, TU AS LE DROIT DE TE TAIRE !!! Et je t’en prie, fais-le ! Parler aux flics ne sert à rien, tu ne vas pas prendre moins cher si tu parles, ce ne sont pas eux qui vont te juger. La seule chose que tu risques de faire en parlant, c’est de balancer involontairement des infos te compromettant encore davantage ou compromettant des camarades. Peu importe sur quoi on te questionne : tu n’as rien à déclarer. (Attention, tu dis bien que tu n’as rien à déclarer, dire « Je ne sais pas » c’est déjà déclarer quelque chose).
Comment se comporter en GAV ?

Le but pour les flics, c’est de te faire parler. Soit pour te faire avouer ce qu’on te reproche, soit pour choper des infos sur d’autres camarades.

Pour ça, iels vont utiliser plusieurs méthodes. Les ficelles sont tellement grosses que ça peut paraître grotesque, pourtant ces méthodes sont d’une redoutable efficacité du fait de la fatigue et du stress que l’on peut ressentir en GAV. Même les militant·e·s les plus aguerri·e·s peuvent parfois lâcher des infos en GAV. Le plus important si jamais tu craques et balances des infos sur des gens, c’est de les prévenir dès que possible de ce que tu as raconté à la police à leur sujet.

La GAV c’est éprouvant. Pour éviter de craquer essaie de te reposer avec tes camarades (pas facile car ça pue, ça gueule…) ou au moins te déstresser. Vous êtes toustes dans la même merde, serrez-vous les coudes !

Pour te faire parler, la police va utiliser la méthode du bon et du mauvais flic comme on le voit dans bon nombre de films et séries sur la police. L’un·e d’elleux va te dire que tu risques gros, va exagérer la peine que tu risques, utiliser un ton très autoritaire pour t’impressionner, que tu aies peur et que tu craques. Après avoir eu à affronter celle·lui-ci, lae « gentil·le » flic entrera en jeu et viendra te dire que « ça se voit que tu n’es pas un·e délinquant·e, tu as un travail/d’après ta carte électorale tu as voté aux dernières élections/tu as fait des études/ou je ne sais quoi d’autres qui te mettrait en valeur. Ca serait dommageable que tu prennes pour d’autres non ? »

Qu’importe, iels pourront jouer à ce petit jeu aussi longtemps qu’iels le veulent, tiens bon, garde ta ligne : « Je n’ai rien à déclarer ». Malgré la fatigue, les coups et insultes que tu pourras recevoir de la part de la flicaille, garde ton calme ! C’est très important, les flics seraient bien trop content·e·s de te foutre un outrage pour arrondir leur fin de mois.

La technique du bon et du mauvais flic, ce n’est pas que dans les films

Iels peuvent aussi te dire qu’iels ont des images de toi, des vidéos, des photos où l’on te voit. Pour te mettre la pression. Ne les crois pas forcément, c’est tout à fait possible que ce soit du bluff (comme quand on te parle de peine mirobolante).

S’iels te montrent la photo en question, ne te sens pas plus obligé·e de déclarer quoique ce soit ! C’est bien plus emmerdant, c’est sûr, tu risques de te sentir pris·e au piège. Pour autant, tu n’as toujours rien à déclarer, garder le silence c’est un droit, profite-en ! Tu t’expliqueras au procès, quand tu auras eu le temps de préparer ta défense avec ton avocat·e.

Ou pas. Oui car si on peut te faire passer en comparution immédiate, on ne va pas se gêner pour le faire ! Ne te laisse pas avoir, tu as le droit de refuser la comparution immédiate, ça te laissera le temps de préparer ta défense avec ton avocat·e.

On te libérera alors à la fin de ta GAV et tu seras convoqué·e (ou pas) devant le tribunal (sauf si lae procureur craint que tu ne quittes le territoire ou je ne sais quelle raison qui justifie ton placement en détention provisoire, mais un schéma plus bas te l’explique mieux que ça).

Pusiqu’on parle d’avocat·e·s, tu en auras un·e pour t’assister. Alors oui, souvent, les flics te disent que tu ne peux pas en avoir ou s’arrangent pour que tu ne puisses pas le voir. Ne te laisse pas faire, réclame un·e avocat·e ! Soit tu en as déjà un·e à toi, donne alors son nom à la police qui se débrouillera pour lae contacter (iels sont obligé·e·s de le faire !), soit tu en prends un·e commis·e d’office.

Si tu choisis ton avocat·e, tu devras lae payer pour t’avoir assister en GAV. Si tu prends lae commis·e d’office, c’est gratuit. Etant donné que ta ligne de défense est claire dans ta tête tant que tu es en GAV, que tu n’auras rien à déclarer, tu peux prendre le commis d’office. Tu en changeras lors de ton procès si procès il y a. Quand l’avocat·e arrive, tu auras le droit de t’entretenir seul·e avec ellui. Fais lui part de ton souhait de garder le silence (s’iel t’incite à parler, ne l’écoute surtout pas !). Ensuite discute d’autres choses avec ellui, profite de cet entretien pour te changer les idées. Si tu prends un·e commis·e d’office, évite de trop te confier sur ce que tu as réellement fait.

Pour le procès, comme je le disais, il faut mieux choisir son avocat·e. Voici, rien que pour toi une liste d’avocat·e·s que tu peux joindre en cas de GAV (cette liste ne demande qu’à s’étoffer avec le temps, n’hésite pas à nous passer les contacts dans ta ville, ça pourra servir à d’autres) :

  • A Caen :
    • Elise BRAND – 02.31.27.83.10
    • Floriane GABRIEL – 02.31.06.00.50
    • Joffrey LE RUYER – 09.87.31.26.29
  • A Rouen :
    • Chloé CHALOT – 02.35.03.12.25
  • Au Havre :
    • Sophie HOUSSETETE – 02.35.42.42.21
  • A Paris :
    • Xavier SAUVIGNET – 06.25.18.20.63
    • Raphael KEMPF – 06.28.06.37.93
    • Arié ALIMI – 06.32.37.88.52
    • Matteo BONAGLIA – 01.40.64.00.25
    • David LIBESKIND – 06.66.31.36.20

Tu n’as pas besoin de retenir les numéros de téléphone, les flics les chercheront. Par contre ce serait bien que lae proche que tu vas faire prévenir ait le numéro pour essayer d’avoir des nouvelles (je ne suis pas sûr·e toutefois que les avocat·e·s puissent communiquer à tes proches à propos d’une affaire en cours qui te concerne. Mais ça ne coûte rien d’essayer !)

Ni Dieu ni Maître mais bon, si je dois passer au tribunal, je veux bien Maître ACAB cependant !

Tant que j’y suis, tu peux aussi donner à la personne que tu feras prévenir un petit dossier contenant :

  • Tes garanties de représentation qui peuvent te permettre d’éviter la comparution immédiate :
    • Une copie de ta pièce d’identité
    • Justificatif de domicile ou une attestation d’hébergement par l’un·e de tes potes
    • Contrat de travail ou promesse d’embauche
    • Fiche de paye
    • Certificat de scolarité/carte étudiante
    • Attestation CAF pour le RSA ou Pole Emploi pour le chômage
  • Le numéro de la legal team qu’elle pourra appeler (Attention, ne pas donner de nom ou dire ce que tu as commis par téléphone !)
    • Legal Team de Caen : 06.17.09.49.35
    • Legal Team de Rouen : 07.68.84.84.92  
    • Legal Team de Nantes : 06.75.30.95.45

Parmi les trucs qu’il faut réclamer quand tu es en GAV : lae docteur·esse !

Même si tu ne t’es pas fait·e cogner, c’est important. Tu auras un certificat attestant de ton état médical (si tu te fais cogner pendant la GAV ça peut toujours être utile). C’est toujours un peu plus de temps passer hors de la cellule, ça te permet de discuter avec quelqu’un·e. Attention cependant, la personne qui t’ausculte n’est pas forcément un·e camarade donc méfiance, ne lui dis pas tout…

La police va également vouloir te ficher en prenant tes empreintes et ton ADN. Refuse ! On va te dire que tu n’as pas le droit, que tu risques gros (on va volontairement exagérer ça mais t’inquiète, ne fais pas confiance à la police). Laisser ton ADN ou tes empreintes peut vite devenir dommageable plus tard si tu veux participer à des actions ou si les flics ont déjà récupéré ta trace quelque part sans savoir que c’est toi… Il vaut parfois mieux risquer une petite amende pour refus que la prison pour une autre affaire !

Refuse le prélèvement ADN : ta haine anti-flic est inscrite dans tes gènes
Refuse qu’on prenne tes empreintes : ta haine anti-flic est gravée sur tes doigts !

Avec tout ça, la GAV va toucher à sa fin, on va te demander de signer des papiers (des procès verbaux), là aussi refuse, ne signe rien.

Maintenant tu vas sortir. Là, il y a plusieurs possibilités détaillées sur cette figure chourée à Paris-Lutte.info (qui me pardonnera sûrement) car un schéma vaut mieux que de longs discours.

Si ton profil suit la première ligne du schéma ci-dessus, alors c’est bon, tu peux retourner jouer à l’émeute quand tu veux !

Récap’ des tomes précédents :

I- Les armes de la police, s’en protéger

II – Les différentes unités du “maintien de l’ordre”

III – Aller en manif et y agir

Tome suivant :

V – Fabrique tes armes de manif

7 réflexions sur “Je me suis fait·e interpeller, que faire ? (le Petit Manuel de l’émeute – Tome IV)

  1. c juste des petites remarques mais sa change un peu la donne en cas de proces :

    les avocat.e.s c pas non plus des camarades, en gav sa nous raconte tout et n’importe quoi donc faut aussi s’en méfier. comme d’hab faut rien délégué a personne, meme sa défense. sa vous intére ssera de savoir que David Libeskind bosse aussi pour les flics …
    https://faceauxarmesdelapolice.wordpress.com/2019/01/28/mais-qui-sont-les-avocats-qui-se-cachent-derriere-robes-noires-et-gilets-jaunes-ou-comment-bien-choisir-son-avocat-2/

    pour le docteur c pareil on est d’accord maaaaaaiiiis moi je dirais qu’il faut les voir avant tous comme des keufs. Y a 2 solutions :

    1/ soit tu t’es fait.e détruire ou t’été déja malade avant la gav tu lui en parle pour essayer d’aller a l’hosto : c moins dure que la gav et avec un peu de chance tu peux te faire la malle

    2/ soit tu t’es pris des coups mais ce gros bourge va dire que t’es compatible avec la gav. dans ce cas, je trouve vaut mieux rien dire au médecin. tu mytho que t’as un peu mal au crane et tu grattes un petit médoc. sinon si tu lui dis tous les endroits ou ta mal, il va noter tous tes bleus, etc. et sa va direct dans ton dossier pour le proc ou pour le juge. et on sais bien se qui se passe dans la tete du juge quand il voit que tu t’es fais taper pendant ton interpellation, il se dit pas “d’ou jésus, les flics sont des batards” c plutot en mode “ils ont pas été violents pour rien mes petits toutous c que j’ai affaire a un biack biok” …

    meme remarque qu’apres la manif : on peut sortir traumatisé d’une gav donc on peut avoir besoin de soutien apres la gav ou le proces

    voila et qu’on sorte libre ou pas, avec ou sans proces (surtout avec !) il est toujours temps de lancer une émeute !!! 🙂

      1. Merci pour toutes ces précisions ! En effet, ce ne sont pas nos camarades, même si on choisit son·a propre avocat·e pour le procès. On peut avoir davantage confiance en ellui, mais il faut malgré tout rester prudent·e sur ce qu’on lui raconte. C’est toujours bien de le préciser.

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