Critique politique de la politique du débat politique

Le penseur hurlant Alain Finkielkraut ayant cru être invité à débattre un soir place de la République (16/04/16)

Ayant l’habitude de traîner dans un peu toutes les AG, projections militantes et autres manifestations, j’ai pu remarquer un petit hic qui me chagrine assez, commun à toute organisation : la tradition du débat.

En effet il semble nécessaire pour respecter une attente démocratique, chez les plus vieux.ieilles comme chez les plus jeunes, qu’il faille passer par un débat pour exprimer ses opinions. Ici bien sûr je ne veux pas critiquer les débats nécessaires qui se font spontanément lors d’une confrontation d’idées, au point de vue idéologique comme pratico-pratique. Je parle bien de l’injonction quasi-coercitive au débat, des débats organisés en tant que débats, des invitations à se rassembler pour faire des débats, des « temps de débat » annoncés entre 22h et 23h précises après une projection, etc…

Il semblerait donc que le débat soit devenu un lieu commun dans les milieux militants, encouragé, nécessaire même. Pourtant qu’est-ce qu’un débat ?

Étymologiquement le mot débat est composé du radical battre totalement transparent avec le préfixe dé- qui signifie en même temps une opposition et une intensité. Le débat est souvent défini comme une « discussion sur un thème donné dans lequel s’opposent deux conceptions » (1). Mais alors si le débat est un combat d’opposition pourquoi, nous camarades, nous efforçons nous à l’invoquer quand nous aurions plus à nous unir ? pourquoi toujours chercher ce qui nous oppose pour pouvoir s’en mettre plein la gueule quand notre intérêt réel est de former une classe, de se former en classe, afin de faire rugir cet intérêt ?

La réponse paraît alors plutôt simple, c’est bien que l’intérêt d’autrui est en jeu ! Notre politique du débat n’est-elle pas en effet qu’une simple parodie des oppositions théâtralisées entre d’anciens potes de promo à l’ENA ? Le débat systématique a pour but même de nous diviser, l’injonction au « Grand Débat » il y a quelque temps n’était effectivement qu’un stratagème bourgeois pour faire taire la fougue révolutionnaire, en la renversant dans le domaine du discours pour lequel sont formés nos dirigeant.e.s.  Heureusement elle n’en fut pas dupe. Le débat, c’est une forme organisée de discours, et organisée bien évidemment par les dominant.e.s et pour les dominant.e.s.

Mais le débat nous est quand même nécessaire lorsqu’il est totalement spontané et qu’il ne se veut pas pacifiant. Les véritables et utiles débats naîtront dans la lutte, et en rien ils ne doivent être organisés, en ce que leur organisation peut être déjà une autorité par le choix des thèmes par exemple. Sortons de ce carcan « démocratique » pré-construit !


Prolétaires de tous les pays, au lieu de débattre, unissez-vous !

J.

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