Le RIC : LA SOLUTION ? (partie 3)

Tentative de dépassement de la question

« La révolution sera féministe ou ne sera pas » , a-t-on pu lire dans les manifestations. Cette déclaration est capitale quand on y pense. Et même, elle n’est pas suffisante. Il faudrait y ajouter « la révolution sera antiraciste, ou ne sera pas », « la révolution sera anti transphobe ou ne sera pas», « la révolution sera anti validiste ou ne sera pas », etc… Qu’est-ce que cela veut dire ? Pas forcément qu’on ne pourrait pas (au moins vouloir), renverser le capitalisme en étant sexiste (la misogynie d’un Proudhon ou les actes sexistes proférés au sein de l’UEJC récemment en sont des exemples parmi d’autres), bien que cela puisse être discuté (peut-on imaginer la Révolution sans les copines ?). Mais surtout, La grande Révolution censée marquer la fin de l’histoire ne peut avoir lieu si le système établi ensuite conserve ces oppressions. Ce qui aboutirait alors à une poursuite du combat jusqu’à une révolution féministe, une révolution antiraciste, etc…, etc…

lauremardoc | Le mauvais genre

Mais quel rapport avec le RIC ? Et bien tout.

Dans un système d’oppressions structurelles, toute forme de démocratie, si directe soit elle, n’est-elle pas qu’une simple oppression de la majorité ? Évidemment oui. Lorsqu’on parle de « démocratie participative » par exemple, se pose-t-on la question de savoir qui participe ? qui est en mesure de participer ? Dans quelles mesures participent-iels ? C’en est de même pour le Référendum d’Initiative Citoyenne. En effet les constructions patriarcales, racistes, validistes, transphobes, homophobes, etc… (liées malgré tout de manière intrinsèque au système capitaliste) tendent, dans une société où elle n’aurait pas été déconstruites, à se reproduire. Ainsi aurait-on, au sein de ces structures, proclamé la démocratie directe que les minorités oppressées ne s’en trouveraient finalement pas pour autant émancipées. La « démocratie directe », ou l’ « autogestion » est-elle vraiment révolutionnaire si on oublie de rappeler ce qui compose le peuple ?  

Le RIC dans les structures de la société capitaliste est-il donc une bonne idée ? Difficile à dire. Le RIC est-il la solution ? La solution à quel problème ? c’est bien là le problème.

Ce manque de considération quant à la possibilité d’une oppression par la majorité n’est-il d’ailleurs pas à la base de nombre des théories révolutionnaires ? En effet dans le Manifeste, Marx et Engels écrivaient déjà que la révolution était la prise du pouvoir politique par la majorité de la classe prolétaire, c’est-à-dire la démocratie. La pensée révolutionnaire classique n’a su se fédérer qu’en tant que reprise du pouvoir par la majorité qui pourra alors légiférer (ou détruire le pouvoir d’ailleurs) en faveur de ses intérêts de prolétaire. Cette considération amena souvent certains à répondre à souvent certaines parmi nos rangs : « la Révolution d’abord, les (insérer une minorité voire une moitié de la population réduite au silence) ensuite ! »

Soyez pour ou contre le RIC, camarades, mais surtout n’oubliez pas qu’il nous est une nouvelle gauche révolutionnaire à forger, émancipée et bien conscientes des structures que l’ancienne semblait et semble encore avoir bien intégrée.

J.

2 réflexions sur “Le RIC : LA SOLUTION ? (partie 3)

  1. Salut,
    Merci pour ce travail et pour ce site qui donne de l’air à Caen!
    Une petite remarque tout de même. Quand vous dites que Marx et Engels parlaient d’une prise de pouvoir politique par la majorité du prolétariat je ne suis pas sûr de vous suivre. Si vous faites références à cette phrase : “Le mouvement prolétarien est le mouvement spontané de l’immense majorité au profit de l’immense majorité”. L’immense majorité n’est pas la majorité du prolétariat dans ce cas mais le prolétariat comme majorité contre la minorité d’exploitants.

    Si le reste, notamment sur l’autogestion, sur l’analyse de l’oppression j’ai v’la des désaccords mais chacun son monde.

    Merci encore pour votre travail!

    1. Bonjour,
      Merci à toi pour apporter à la réflexion. En effet c’est à cette phrase que je faisais référence et j’ai bien compris comme toi que le prolétariat était ici l’immense majorité contre la minorité bourgeoise. Je voulais juste montrer qu’en parlant alors de “dictature du prolétariat” on parlait de “dictature de l’immense majorité”, et ainsi qu’on pouvait être amené à considérer le prolétariat comme une masse uniforme et univoque en oubliant les relations de dominations qui peuvent se mettre à l’oeuvre au sein de cette classe. Ainsi donc si les constructions sociales de domination ne sont pas déconstruites au sein de la Révolution prolétarienne, le système communiste qui s’en suit ne sera qu’un système garantissant l’intérêt de la majorité des prolétaires au dépend de certaines minorités.

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