Militer

« 8h de travail, 8h de loisir, 8h de sommeil »1

Tels étaient les slogans de nos camarades 100 ans auparavant. Et pourtant, cette nécessité qui à l’époque a fait couler sang et encre est toujours d’actualité. Cette nécessité c’est celle de militer.

par Lou O

Mais qu’est-ce que militer ?

Militer c’est cet agir qui ne répond pas à la dualité du monde entre travail et loisir. En effet, militer ce n’est pas un travail, n’en déplaise aux permanent.e.s des syndicats et parti politique. C’est même l’anti-travail par excellence. Celui qui va contre le sens du monde, contre l’aliénation2, contre la chaîne, contre l’exploitation, contre la subordination. Militer ce n’est pas non plus un loisir. Ce n’est pas cette activité agréable que l’on choisit pour égayer une journée morne. Ce n’est pas ce passe-temps bourgeois déconnecté de toutes nécessités. C’est même la nécessité de refuser un monde, de refuser des conditions, de refuser que le champagne coule pour quelques un.e.s pour qu’enfin l’eau puissent couler pour tou.te.s.

Militer va a contrario du monde capitaliste ou l’on agit pour des moyens (et par conséquent à la reproduction de ces moyens). Militer c’est agir pour une fin, c’est agir au sens de la praxis3. Par cette pratique nous transformons, façonnons corps, esprits et matières. Car « nous voulons d’abord changer le monde »4.

En militant nous nous libérons de l’illusion de la liberté qui nous est offerte. Ainsi nous nous rapprochons de la liberté, tant bien qu’elle ne sera jamais atteinte tant que tou.te.s ne soient libre. L’illusion de notre modèle de société est celle des choix déjà fait, sa contradiction est celle de s’auto-détruire en nous produisant. Militer, c’est cette volonté qui nous traverse d’en finir avec les illusions. C’est ne pas nous contenter de ce que l’on veut bien nous offrir pour mieux nous asservir. C’est ce rugissement du réel venant de la fosse dans une société de l’irréel qui vient faire tomber masques et rideaux.

Écrire ces lignes, vous savoir les lire, vous savoir rugir face au monde avec nous, c’est militer.


1. http://lautjournal.info/articles-mensuels/249/8-heures-de-travail-8-de-sommeil-8-de-loisirs

2. Le processus par lequel un sujet (un individu, un produit ou une relation sociale) se transforme en un autre, voire en quelque chose d’hostile à lui-même.

3. http://lesdefinitions.fr/praxis

4. Guy Debord dans Rapport sur la construction des situations

PL

5 réflexions sur “Militer

  1. Salut,

    Dans ce texte qui fait l’éloge du militantisme, il est étonnant de trouver cité Debord et les “situationnistes” tant leurs aspirations et leurs praxis s’opposaient en tout à l’idée même de militer. S’il y a bien un commun chez les situs c’est leur refus de la marchandise militante et des vies aliénées qu’ils jugent que le militantisme produit. C’est d’ailleurs une bonne part de l’incompréhension et des clivages souvent violents qui les opposeront à toute la sphère militante. Quelques années plus tard en 1972, un groupe inspiré par les situs écrira “Militantisme, stade suprême de l’aliénation”, petite brochure disponible notamment dans l’Infokiosk Apache (local apache). Il est alors question d’une critique des groupes léninistes concurrents qui pullulent après mai 68, mais également des organisations libertaires de l’époque : “Le révolutionnaire est au militant ce que le loup est à l’agneau. À la suite du mouvement des occupations de mai 68 on a vu se développer à la gauche du Parti Communiste et de la CGT un ensemble de petites organisations qui se réclament du trotskisme, du maoïsme et de l’anarchisme. Malgré le faible pourcentage de travailleurs qui ont rejoint leurs rangs, elles prétendent disputer aux organisations traditionnelles le contrôle de la classe ouvrière dont elles se proclament l’avant-garde. Le ridicule de leurs prétentions peut faire rire, mais en rire ne suffit pas. Il faut aller plus loin, comprendre pourquoi le monde moderne produit ces bureaucraties extrémistes, et déchirer le voile de leurs idéologies pour découvrir leur rôle historique véritable. Les révolutionnaires doivent se démarquer le plus possible des organisations gauchistes et montrer que loin de menacer l’ordre du vieux monde l’action de ces groupes ne peut entraîner au mieux que son reconditionnement. Commencer à les critiquer, c’est préparer le terrain au mouvement révolutionnaire qui devra les liquider sous peine d’être liquidé par eux. La première tentation qui vient à l’esprit est de s’attaquer à leurs idéologies, d’en montrer l’archaïsme ou l’exotisme (de Lénine à Mao) et de mettre en lumière le mépris des masses qui se cache sous leur démagogie. Mais cela deviendrait vite fastidieux si l’on considère qu’il existe une multitude d’organisations et de tendances et qu’elles tiennent toutes à bien affirmer leur petite originalité idéologique. D’autre part cela revient à se placer sur leur terrain. Plus qu’à leurs idées il convient de s’en prendre à l’activité qu’ils déploient au « service de leurs idées » : le MILITANTISME.”

    Le militantisme d’aujourd’hui a-t-il fondamentalement évolué ? Si l’idéologie militante a été mise à mal sur bien des aspects dans l’après 68, dans les années 90 puis ou au début des années 2000, ou récemment au travers du mouvement des gilets jaunes, force est de constater que dès que les mouvements refluent ces forces militantes reprennent le dessus et leur vocation de personnel d’encadrement des aspirations et des pratiques subversives. L’expérience des Gilets jaunes est de nouveau significative. La militance joue aujourd’hui de nouveau ce rôle, des trotskystes aux insoumis en passant par les radicaux-ales de service. L’idéologie de la composition, l’idéologie réformiste sous de nouveaux oripeaux, servant de ciment à cette recomposition politique. Et le peuple se substituant à la classe.

    Anarchistement,
    Un rétif.

    1. Je suis d’accord avec la plupart de ce que tu dis ici. Je ne connais Debord et le situationnisme que de loin mais je trouve certaines conceptions théoriques chez lui comme chez d’autre que tu cites (Mao, Lénine,…) intéressantes et je pense ainsi qu’il ne faut pas tout évacuer chez eux. Il s’agissait pour la citation seulement d’une phrase que je trouvais assez lyrique pour être placé ici, fut-elle maladroite. Je ne suis pas sur d’avoir compris l’entièreté de ton propos et là où tu voulais en venir avec la suite. Certes je comprend l’approche que tu peux avoir sur le fait que certain.e.s militant.e.s et notamment certaines organisations (CGT, PCF, eelv et bien d’autres) cherchent, veulent s’approprier des pratiques subversives, en tirer un contrôle pour des raison X. Une de ces raisons est selon moi la professionnalisation de la politique et le fait que les posts de représentations politiques soient accaparé par une classe de l’encadrement capitaliste, ou encore que peut être se crée dans les sphères militantes une déconnexion certaines et un nouveau savoir légitimé qui fait apparaître ces délires d’avant garde éclairée.
      Tant bien je pense que les GJ (en tout cas pour celles et ceux qui sortent dans la rue et vont aux ag) milites. Après je comprendrais que ta critique soit que je dogmatise une pratique ou encore que j’en fasse un peu trop l’éloge. Mon objectif ici n’était que de retranscrire une analyse que je m’étais fait au fil du temps, que l’acte de militer s’opposait au travail et au loisir et qu’il répondait d’une nécessité qui allait à l’encontre des la pensée dominante, du capitalisme, du sexisme du racisme etc. Je ne cherchais pas ici à développer une grande théorie mais bien à retranscrire cette brève pensée de manière claire.

      Camaradement
      pl

      1. Très intéressant. Je vais lire tranquillement avant de réagir le cas échéant. Mais. Bravo. Cordialement Ali AÏT ABDELMALEK professeur de sociologie

    2. Et on fait quoi Monsieur pour que le monde aille mieux. On saute par la fenêtre. Moi je milite avec celui qui me ressemble et qui sent les choses comme moi. Quand les dissensions sont trop grandes je le dis et je parts. Je suis une anarchiste qui est persuadée qu’on ne peut arriver à rien sans s’y mettre à plusieurs et qu’on arrive à rien sans un minimum d’organisation et je suis persuadée que certains ont des aptitudes à diriger à montrer le cap et d’autre à suivre à aider. Sachant que personne ne risque rien de pire que ce qui l’attend de toutes les façons : la Mort.
      Alors tout ce qui passe qui me semble aller dans le bon sens je prends. J’ai été anarchiste un court moment à mon adolescence puis adulte j’ai renoncé à renoncer. J’ai fait trois enfants et j’entends bien me battre pour que ça aille mieux cette putain de planète. 😡😉😎

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *