JPP (de la vie dans la transmisogynie)


Ceci est un texte que j’ai écris et lu pour le TDOR* au centre LGBTI de Caen, c’est en gros une collection de reflexion que j’ai semé dans le carnet où j’écris quand le quotidien est trop lourd à porter et que j’ai plus envie d’être, c’est un peu confus et désorganisé mais la forme correspond à l’ambiance on va dire.

j’ai appelé ce texte JPP* parce que JPP


JPP d’exister dans ce monde transphobe et transmisogyne*
JPP et quand j’ai lu ce texte ça s’est senti dans ma voix, dans mon rythme de parole, dans mes absences dans ma colère, dans mes tremblements, mes hésitations, dans ma confusion,
dans la violence de ce que j’ai envie d’exprimer, et dans le fait que j’ai chialer tout le long.
Imaginer la meuf trans* vnr tout le temps et prete a casser en 2 tous les mecs cis chialer pendant 15min pendant un evenement public pour vous mettre dans l’ambiance.

TW* : violence, abus, transphobie, sexe, transmisogynie, sexisme, mention implicite de suicide, de meurtre, de viol, violence, homophobie, réappropriation d’insultes, mention de génitaux, transmisogynie et violence.
J’insiste sur les 2 derniers

en bref : TW quotidien d’une meuf trans qui veut pas etre invisible

ça me fait bizarre de lister ces TW parce que c’est juste ma vie et mes pensées de tous les jours, je me rend meme plus compte de la violence de ce que je subis et de ce que j’exprime.
je me rend plus compte d’a quel point je suis proche de faire partie des noms qu’on cite pendant les ceremonie tire-larme du TDOR.


por commencer JPP des cis*.

JPP de ces meufs qui vont me considérer comme une experience, un truc un peu stylé qu’on regarde de loin, un specimen rare qui va leur servir a valider leur “tolérance” (eurk), leur “ouverture” (eurk bis), qui vont me comparer a une drag alors que j’ai juste mis du rouge à lèvre, qui vont alterner compliments claqués et mégenrage*, “oui mais j’appelle tous le monde MON GARS” ferme la j’ai pas envie d’entendre ça.
Dans leur veine tentative d’etre validante, d’admirer mon “courage”, elles vont créer une distance, pas interragir avec moi comme une personne, entretenir par des interactions vides et genantes le sentiment réciproque qu’on est pas du même monde, que meme avec toute leur bonne volonté mielleuse je serai toujours une freak, une bête étrange. un peu comme une licorne, genre c’est stylé de loin mais wtf c’est chelou quand-meme faut pas trop s’approcher ça a l’air effrayant.

Bon j’fais un focus sur les meufs parce que je suis une grosse gouine et que ça me fait bien chier de pas pouvoir flirter sans un fond de fétichisation, et cette distance insupportable qui empeche toute connexion.
Mais en vrai les mecs c’est bien pire, je vous apprend surement rien, entre les questions sur le contenu de mon slip, sur mon deadname*, mes pratiques sexuelles, si j’ai envie de baiser ou pas, si je suce pour 10 balles. On est sur un autre niveau quoi.
là ou chez les meufs je vois juste cette distance que je vis mal mais qui est gérable, chez les mecs je vois de la violence. Je vois une envie de me baiser dans un coin, je vois une envie de me peter la gueule, souvent les deux en meme temps d’ailleurs.
C’est perturbant de voir clairement un mec passer d’une envie de me pécho a une envie de me taper selon ce que je lui répond ou ce qu’il percoit de moi.
Ils me sexualisent systématiquement mais toujours avec dégout. Ils se branle en me vomissant dessus.

Ceci est une liste d’insultes et de remarques que j’ai recu en tant que meuf trans, dans la rue ou dans des lieux publics, la plupart par des hommes ivres, un bon résumé de comment je suis perçu :

trans
transexuel
travesti
dégénéré
travelot
déviant
erreur de la nature
CA

eh tu fais peur
c’est quoi ça ?
T’es une fille ou un mec ?
Genre t’es une fille ?
Mais nan t’es un mec

PD
pédale
me touche pas
fais gaffe t’es trop gentille je vais vouloir te baiser

tu peux me sucer la bite ?

T’es quoi ?

Eh t’as vu le mec là bas on dirait une meuf
mais non c’est un PD
t’as une chatte ?
Du coup tu la prend dans le cul ?

Tu ressembles pas trop à une meuf
non mais c’est juste mon avis
t’es une femme a barbe en fait
tu crois que t’es une fille
c’est un probleme mental ça

fais voir ta bite

t’as pas de seins t’es pas une meuf
t’es pas féminine aussi c’est pas facile
pour moi tu seras toujours un gars
t’es une meuf ?

une meuf comme ça je la baiserai pas

c’est mixte Léa ?
Eh regarde c’est un transexuel ça
non mais je respecte mon gars
merci pour ton courage
tu devrais pas exister


j’ai rien contre les trans je me branle sur du porno avec des shemale
y’a mon pote là bas il veut te baiser
c’est quoi ton VRAI nom ?
Pourquoi t’es trans ?

Eh toi ! Je sais où t’habites.

La liste s’allonge presque tous les jours, et c’est juste mes experiences, un fraction de la violence que nous adresse cette société cisheteropatriarcale.




J’ai l’impression que quand on est une meuf trans on a que 3 options, 3 voies qu’on peut emprunter, 3 façon d’etre perçu par le monde cis :

– ETRE UN OBJET SEXUEL, un fétiche, une chose qu’on veut baiser en secret, qu’on regarde dans la honte.

– ETRE UN MONSTRE, une freak, une bête de foire, une curiosité dégénéré a qui on jette des cacahuete et des pierre, des compliment foireux et des insultes.


– ETRE UN CADAVRE, cesser d’etre, s’isoler, s’enfermer et ne plus venir bousculer la norme, ne plus “s’afficher”, mourrir.

Mourrir.
J’ai envie de crever presque tout le temps mais je veux pas mourrir. Je veux pas faire ce plaisir aux transphobes, j eveux pas céder à la violence du monde cis qui nous tue.

Je veux pas du souvenir trans. Je veux des sauvetages, je veux la revanche, je veux faire changer la peur de camps, je veux transformer nos larmes en colère.
Je veux pas d’une journée pour nos morts, c’est tous les jour qu’on meurt, c’est tous les jour que JE meurs, c’est tous les jours que le système nous TUE.

en fait j’en ai marre de dire qu’on meurt, comme si c’était une sorte d’épidémie ou d’accident. On ne meurt pas, on nous tue. Les coupables ont des noms et des adresses, ils sont partout, chaque mégenrage, chaque insulte, chaque regard de dégout est une goutte d’acide qui nous ronge
PLIK PLOK
Jpp des gouttes, jpp des larmes, jpp de devoir défendre mon existence en permanence, jpp de survivre, jpp du vide et des catharsis.

Je veux pas d’un Trans Day Of Remembrance.
Je veux un Trans Day Of REVENGE.

marre de leur violence, c’est l’heure de la vengeance.

J’CREVERAI UN CIS AVANT QUE LES CIS ME CREVE.

*TDOR : Trans Day Of Remembrance, la journée du souvenir trans en français, une journée de comémoration ou on rend hommage aux personnes trans tués par la transphobie, généralement on lit une liste de personnes trans morte dans l’année et on allume des bougies, le grand fun.

JPP : J’en Peux Plus (j’précise au cas où y’a des boomer qui lisent l’article)

meuf trans : on sait jamais pour pas que vous soyez paumés, une meuf trans c’est une personne à qui on a assigné un genre masculin à la naissance mais qui est en fait une fille/femme/meuf ou assimilé, dans mon cas une meuf avec une teub et une ombre de barbe t’sais

transmisogynie : au choix sexisme vécu spécifiquement par les meufs trans, ou transphobie vécu spécifiquement par les meufs trans, c’est pas juste le cumul transphobie+sexisme c’est l’intersection des deux

TW : Trigger Warning, c’est pour prévenir des sujets potentiellement trigger, par trigger j’entends les sujets qui peuvent réveiller des traumas chez les personnes concerné

cis : j’précise au cas où, c’est les personnes qui sont en accord avec le genre qui leur a été assigné à la naissance, les pas trans quoi

mégenrage : mégenrer c’est utiliser le mauvais pronom ou accord pour parler d’une personne, par exemple si on dit pour parler d’une meuf “monsieur”, “il” ou “t’es beau” (c’est important parce que quand on est trans c’est un rappel de toute la violence de la société a notre égard et ça donne envie de crever)

Léa Q

3 réflexions sur “JPP (de la vie dans la transmisogynie)

  1. Wow… ça m’a foutu une claque. J’ai les larmes aux yeux en lisant tout ça.
    Je suis une femme trans et j’ai fais mon coming out depuis peu et même au delà des mots que je peux entendre c’est surtout le regard des gens qui me fait le plus mal. Une bête de foire.
    Je me suis retrouvé dans tes mots et moi aussi j’en ai marre de devoir subir tout ça.
    Courage à toi et merci du plus profond de mon cœur pour ton message.

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