Système Mort

Comme au fin fond d’une mine, un plafond absolument noir.

En réalité aucun plafond, pourtant le ciel reste impossible à distinguer au loin.

Une cité ancestrale en agitation dys-orchestrée, une routine propre à une métropole en mouvement mais avec un ressentis presque palpable d’inertie sociale.

Une déliquescence perceptible, l’espace urbain qui s’écroule, les multiples relations qui s’évincent, liens trop lâches qui se dénouent au fil du temps, écroulement liquide. Puis s’évaporent, donnant l’impression de phénomènes hallucinatoires.

Ce que je vois semble fondre irrémédiablement, de chaque côté des deux immeubles les plus imposants, deux grands foyers de lave rouges écarlates.

Ses deux grands yeux qui semblaient voir sans observer.

Aux alentours de la cité, des routes qui sillonnent de partout, grouillantes, qui englobaient l’espace d’un contrôle paisible.

Ses tentacules qui semblaient chasser sans se mouvoir.

Des ruelles coupe-gorges aux boulevards dégagés une multitude de sons qui formaient un écho uni.

Ses meuglements sourds, qui commandaient sans forcer.

-Elle est toujours là, La Bête, et ses apôtres ne cessent de la nourrir, envoûté.e.s par son aura.

-Ouep.

Mon ombre, ou mon double, je ne pourrais savoir comment le définir, m’accompagne à présent constamment.

Création de mon esprit torturé, étouffé.e par l’angoisse que j’endurais à chacun de mes pas et que je ressentais à chacun de mes battements de coeur, mon point de vue a certainement dû se dupliquer par résilience pour que je puisse continuer à observer l’horrible comme je le faisais tous les fragments de seconde, pour continuer à tenir le regard tout en gardant la face.

-On dirait que ça ne t’inquiète plus, qu’est-ce que tu manigances ? Tu veux m’ignorer ? Toi qui m’a appelé pour te soutenir, pour t’aider à appréhender cette vie que tu détestes par essence ? Pour te sortir de la solitude ? Pour te détourner de cet ennui morbide ?

-Merci.. Mais je n’ai plus besoin de toi.

-Comment ça ?

M’étirant de tout mon long au milieu du terrain vert qui surplombait l’esplanade je fis appel à la douleur qui m’envahissait depuis toujours, m’écartant du confortable, de tout objet représentant l’illusion d’une sécurité, même de mon ombre, tendant la main au pire, à l’horrible.

Je vis dans le concentré de souffre qui coulait dans ses globes oculaires un semblant de réponse, mon sourire sortit spontanément, les yeux fermés, j’allais m’envoler, m’envoyer en l’air avec mon meilleur ennemi, le dompter lui pour me soumettre à la vie qu’il renfermait.

Un vrombissement ahurissant se fit entendre dans toute la ville, les bâtiments se craquellent par la force d’une entité composant la cité toute entière.

Et voilà que les damné.e.s citoyen.ne.s se catastrophent tous.

Ils participaient pourtant à cette machination sans s’en apercevoir.

Leur religion horrible, paradoxante ; Technocratie… leur paradis factice, leur monde accompli, d’après eux rationnel mais ; ce monde, le comprennent-t-iels elleux même ? A les entendre iels auraient réglé tous les problèmes, en les anesthésiant ? Au détriment d’un tout qui les surpasse ? En se détachant de l’ensemble vivant ? Puis dans l’accomplissement de leur processus « rationnel », s’annihilant elleux mêmes car iels étaient la dernière peur incontrôlable qui composait leur vie, la dernière fraction de vie elle-même, ensommeillée dans leurs carapaces de plastique, dans les restes de neurones perdus dans une colonie d’écrans et de cartes graphiques.

Iels s’étaient infligé.e.s la pire des malédictions ; s’enfermer dans le nombrilisme par un confort et un contrôle intériorisé, aussi insidieux que totalitaire, réduisant toute dignité, toute humanité, en un fantasme déboussolé, macabre.

Je ne pouvais plus m’affaisser devant le monstre qu’iels avaient nourri par oisiveté narcissique, m’endormir dans une peur chronique qui me condamnait à l’existence d’un embryon dégénéré parmi d’autres.

Lassé.e de voir cet handicap existentiel m’enfermer dans cette spirale obscure je décide à présent de profiter de l’implosion de leur monde pour m’élever.

La dernière parcelle de béton qui rattachait mon nouvel espace à leur monde obsolète se décrocha, la sensation d’envol, à l’inverse de la gravité, me fit éprouver un sursaut d’adrénaline fantastique pendant que les autres sous-humains mort-vivants sombraient dans les abysses de l’outre-tombe ouvertes par le.. ma force ?.. mon effort..

D’un regard de mépris je voyais mon ombre disparaître dans sa chute, une partie de moi, de mon passé ? Non, tout juste une mue, une peau morte.

Relevant la tête je vois enfin l’horizon d’un nouveau monde, plus véritable que jamais, et la perspective de le découvrir et de devoir y sur-vivre me remplit de bonheur, et encore plus quand j’aperçois les quelques personnes qui chevauchent avec moi, avaient su soutenir mon élévation, et réciproquement…

A nous désormais de transformer l’indicible en volupté.

Merci pour votre lecture, j’ai écrit ça il y a deux ans et malgré le gros biais vitaliste et individualiste qui y est présent, je considère que tout « effort » vers le champ des luttes sociales commence par une approche personnelle, sensible et donc individualiste.

C’était la mienne, peut être que la lecture aura donné envie à d’autres personnes, néo-militant.e.s ou militant.e.s de longue date, de raconter, par le bais de la fiction ou du témoignage, leur approche sensible vers ce désir de renverser le monde ou au moins son gouvernement.

N’hésitez pas à nous proposer vos collaborations, et n’oubliez pas : il n’y a pas de mauvaise écriture, mais que des mauvais lecteur.ice.s

Soutien total et inconditionnel aux forces du désordre

Poulpi

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