Le transport routier premier émetteur de CO2 en France

Il semble primordial que pour pouvoir lutter pour la sauvegarde de notre planète et plus précisément d’une biodiversité dans laquelle nous avons la capacité de vivre et d’y développer nos activités c’est-à-dire en préservant les sols, l’eau et sa potabilité nous devons revoir plusieurs paramètres de notre production et de son acheminement aux consommatrices et consommateurs. L’émission de CO2 dans l’atmosphère est la première cause du réchauffement climatique, elle participe à l’effet de serre et donc à l’élévation des températures. Le résultat de la hausse des température à l’échelle mondiale est l’accélération de la désertification et de la fonte des glaces. Ces deux éléments entraînent une destruction de l’écosystème viable pour l’Homme et les animaux terrestres au bord des côtes et au niveau de l’équateur, contraignant alors les populations locales à migrer. En 2015, d’après les chiffres de The Internal Displacement Monitoring Centre (IDMC), 18,9 millions de personnes ont été déplacé sous le coup de phénomènes climatiques extrêmes, les projections futures du nombre de réfugiés climatiques atteignent 200 millions d’individus contraints de se déplacer à l’horizon 2050.

Le secteur des transports représente 33 % de la consommation d’énergie finale en France en 2015, contre 29 % en 1990. Il est également le principal émetteur de C02, avec 39 % des émissions totales de GES (hors UTCF)[1], parmis ces 39% d’émissions dû au transport 95% sont émis par les transports routier. Il semble nécessaire de repenser nos usages de la route, limiter l’usage individuel des transports, en faveur des transports en commun (métros, bus, tramways, trains…). En matière de réduction des émission de CO2, une des priorité est d’opérer un inversement dans les choix faits ces dernières décennies, en matière de transport de marchandises.

Avant-guerre trois marchandises sur quatre  étaient convoyées par voie ferroviaire. Cependant, faute d’engagement des gouvernements successifs envers les services publics et d’une libéralisation opérant au sein de ces domaines, la qualité du réseau ferroviaire en a été impacté et a justifié l’abandon progressif du fret-ferroviaire, au bénéfice de sociétés de transport routier. Pourtant, la part d’émission de GES du transport de marchandises par poids lourds au sein du transport routier est de 20  %. 

La majorité du transport des marchandises s’effectue sur les routes, en camion. Ce mode d’acheminement constitue, aujourd’hui une part de 88% des marchandises déplacées. A l’intérieur du territoire le reste du transport est assuré par voie ferroviaire (9,9 %) et fluviale (2 ,1%).

Au cours des vingts dernières années, le fret ferroviaire est passé de 57 milliards à 34 milliards de tonnes/kilomètre. Depuis les années 2000, au niveau national ce sont plus de 1,8 millions de camions qui ont été ajoutés sur les routes, en se substituant au fret-ferroviaire. 

Par ailleurs, avec la mondialisation de l’économie, l’ensemble des camions circulant sur le territoire français n’est pas présent dans la visée d’alimenter les étales françaises. Une grande partie d’entre eux, acheminent les matières premières qui s’inscrivent dans la division du travail mondialisé. Comme par exemple, l’industrie de la crevette, attrapée en mer du nord par des péch.eurs.euses Allemand.e.s, Belges ou Hollandais.es est envoyée au Maroc, traversant par la route la France et l’Espagne pour y être décortiquée puis ramenée au Pays-Bas, pour y être vendue. Au total la facture est salée : 5400 kilomètres rien qu’en poids lourd.

La présence de tous ces véhicules supplémentaires sur les routes n’est pas sans conséquences. Elle participe à la saturation des routes et donc à l’embouteillage des voies de circulation allongeant la durée des trajets des usagères et usagers, accroissant la pollution par l’allongement des temps des trajets. Par ailleurs, il est nécessaire de rappeler que la pollution de l’air a des conséquences sur notre santé. Chaque année environ 48 000 personnes décèdent en France à cause de l’absorption des matières polluantes présentent dans l’atmosphère, tel que les particules fines émises par les pots d’échappement. Il s’agit de la seconde cause de mortalité évitable en France devant l’alcool (41 000 décès/an) et derrière le tabac (73 000 décès/an).

Ces données sont loin de provoquer un sursaut en faveur de la sauvegarde du fret-SNCF, comme le démontre l’annonce faite début mai 2019 du projet d’abandon du train primeur. Aujourd’hui, il alimente Rungis depuis Perpignan. Cette mesure était justifiée en raison d’un coût financier trop élevé pour renouveler le matériel roulant. Une fois de plus, le choix avait été fait de privilégier l’abandon du fret-ferroviaire au bénéfice du transport routier. Le remplacement de ce mode d’acheminement se serait traduit par un trafic annuel de 20 000 camions supplémentaires sur les routes françaises.

Chaque année, la SNCF enregistre un déficit, mais que cela traduit-il dans le domaine du service public ? Peut-on argumenter en en restant à une politique gestionnaire, une politique des comptes ? On ne peut certes pas faire fonctionner des entreprises de manière déficitaire, surtout si elles ne rendent aucun service. Mais quand elles rendent service à la société, à l’ensemble de la société, quand elle contribue, comme le fret-ferroviaire, à moins dégrader l’environnement que ne le dégrade le transport routier, est-ce qu’une logique purement comptable est acceptable ?

L’ouverture à la concurrence du fret opérée en 2006 participe au déficit enregistré par la SNCF, d’autant que la SNCF se concurrence d’elle-même, au travers de Géodis, sa filiale de transport… routier. On assiste ces dernières décennies à un massacre du ferroviaire, ce mode de transport n’étant pas aussi propice aux profits que les sociétés de transport routier. Ces dernières sont détenues par des act.eurs.rices privé.e.s et donc à une foule d’actionnaires alors qu’à l’heure actuelle la SNCF de son côté reste une société nationale qui n’a pas d’actionnaires privés. Son rôle est d’être un outil pour l’ensemble de la population.

Pour l’écologie, la planète et l’humain, un service public de transport de marchandise par rail est nécessaire. 

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Shoshu

[1] UTCF (Utilisation des terres, leurs changements et la forêt) désigne les émissions de GES qui regroupe les émissions et les absorptions de ces gaz découlant directement des activités humaines liées à l’utilisation des terres, leurs changements d’affectation et à la forêt.

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