Fabrique tes armes de manif (le Petit Manuel de l’émeute – Tome V)

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Bon, depuis maintenant 4 tomes nous jouons les mariolles à te donner des conseils, mais nous, à Rugir, on n’a jamais rien fait d’illégal. On respecte bien trop l’ordre pour ça !

Alors pour ce dernier tome (à moins que l’envie nous reprenne plus tard de poursuivre cette série), nous avons fait appel à des agitateur·ice·s professionnel·le·s, des professionnel·le·s du désordre. Nous avons réveillé les mort·e·s et déniché pour toi des spécialistes, des propagandistes par le fait pour t’apprendre à te fabriquer des armes pour les manifs. Avec tout ça, tu pourras enfin vraiment jouer sérieusement à l’émeute en attendant de te radicaliser et de faire sauter l’ambassade de Turquie en soutien au Rojava, comme l’auraient sans doute fait bon nombre de nos expert·e·s.

Fabrique ta cagoule avec Auguste

Auguste, qui es-tu ?

Je m’appelle Auguste Vaillant, je suis né en 1861 d’un père gendarme qui m’abandonne (ACAB). Dès 12 ans je vis seul à Paris, je fais la manche, je suis dans la misère. Devenu ouvrier, je découvre l’anarchie et c’est alors que j’ai eu l’envie de faire la révolution. Pour moi, fini la parlotte, à débattre des heures, en attendant vainement que les mouvements se massifient. Il était temps de passer à l’action directe, de rejoindre le lot des propagandistes par le fait.

J’ai alors attaqué à la bombe, le 9 décembre 1893, la chambre des députés. Elle n’a malheureusement tué aucun de ces scélérats à cause d’une femme l’ayant involontairement détournée alors que je la lançais. Mais, au moins, elle en aura blessés environ une cinquantaine. Même si je fus blessé moi-même, ça valait le coup de voir tous ces bourgeois paniqués et terrifiés.

Malgré le fait que je n’ai tué personne (et je n’avais aucune volonté de le faire, je n’avais mis que des clous de 3cm dans la bombe, pas des balles de Browning !) je fus condamné à mort. Vous voulez vous fendre la poire ? Des députés dont l’Abbé Lemire (A bas la calotte !), qui fut le plus grièvement blessé par mon action, demandèrent ma grâce. Leur requête ne fut pas entendue et ma tête roula par terre le 5 février 1894.

Une cagoule, mais pourquoi ?

De mon temps, on posait des bombes à visages découverts, on s’en foutait. Aujourd’hui, même pour péter une vitrine, tu risques gros, alors il faut mieux se cacher. Ce n’est pas tant de la lâcheté que de la prévoyance.

Alors bien sûr tu peux enrichir des bourgeois·e·s en l’achetant, mais, vu qu’elle finira sans doute au feu, il vaut peut-être mieux que tu la fasses toi-même.

Comment fabrique-t-on une cagoule ?

Pour fabriquer ta cagoule, tu auras besoin d’un tissu (un T-shirt usé fera l’affaire) (1), des aiguilles (2) et du fil (4) (si tu n’en as pas tu pourras agrafer au lieu de coudre), une paire de ciseaux (3), une règle ou un mètre (5). La lampe à pétrole et le livre du XIXe siècle ne sont pas obligatoires (6).

Mesure deux carrés de 35-40cm de diamètre (la taille dépendra de ta tête). Si tu veux, tu peux faire d’autres formes, dessiner des oreilles par exemple, ça influencera l’allure de ta future cagoule.

Une fois les carrés mesurés et tracés, découpe !

Tu te retrouves avec deux morceaux de tissus à peu près de la même taille.

Couds-les entre eux. Si tu ne sais pas coudre, ou si tu n’as pas le matériel, tu peux agrafer même si c’est moins propre. Attention, l’un des côtés ne doit pas être cousu pour que tu puisses y passer ta tête.

Enfile ta cagoule et repère l’emplacement de tes yeux (1 et 2 sur la photographie). Découpe ensuite de sorte à faire des trous.

Voilà tu peux l’enfiler, tu as une magnifique cagoule de bourreau pour jouer à l’émeute, faire du sabotage, commettre des braquages ou des attentats (note : la rédaction se désolidarise des propos d’Auguste à propos des attentats, mais ne lui en veux pas, on te rappelle qu’il a perdu la tête).

A Caen, durant la marche pour le climat des lycéen·ne·s, des individu·e·s très mobiles radicalisé·e·s portaient des cagoules lapin ou pikachu on ne sait pas trop.

C’était bien, c’était rigolo à voir, mais leurs oreilles tombaient… Si tu te décides pour ce genre de cagoule et que tu ne veux pas faire la même bêtise, voici comment faire tenir les oreilles à la verticale.

Prends un bout de carton et mesure la longueur des oreilles.

Dessine puis découpe des triangles de la longueur des oreilles.

Découpe des encoches dans les triangles pour qu’ils s’emboîtent.

Emboîte-les puis glisse-les dans les oreilles. Et voilà, t’as les oreilles droites !

Fabrique une herse avec Nathalie

Nathalie, qui es-tu ?

Bonjour, Nathalie Lemel, je suis originaire de Brest et j’ai participé à la commune de Paris en 1871. Ca m’a d’ailleurs valu d’être déportée au bagne en Nouvelle-Calédonie avec Louise Michel. J’ai dû quitter l’école à 12 ans pour commencer à travailler comme ouvrière (j’étais relieuse de livres). J’ai adhéré à l’Internationale en 1865 et j’ai été élue déléguée syndicale (c’était exceptionnel à mon époque !). Je me battais surtout pour l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. J’observe d’ailleurs à regret que sur cette question, il y a toujours des inégalités…

En 1868 j’ai abandonné le domicile familial à cause de mon mari alcoolique (ça aussi ça a fait jaser) et j’ai fondé, avec des compagnon·ne·s, une coopérative d’alimentation nommée « La Ménagère » et un restaurant qui nourrira jusqu’à 8000 ouvrier·e·s (sur 4 établissements) : « La Marmite ».

Lorsque nous entrons dans la fête véritable, l’insurrection du 18 mars 1871 je crée avec Elisabeth Dmitrieff « l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés ».

Je suis très active pendant tout cet épisode joyeux et triste, sur les barricades, avant, comme je l’ai déjà dit, d’être envoyée au bagne après la défaite.

Une herse, mais pourquoi ?

Aujourd’hui les unités de police sont extrêmement mobiles. BAC, BRAV-M, avec des pneus crevés, ces unités iront beaucoup moins vite ! (Et pour les troupes à pieds tu peux toujours déverser des billes, ce n’est pas facile de courir parmi les billes).

 Comment fabrique-t-on une herse ?

Pour fabriquer une herse, tu auras besoin d’un bouchon (1) et de clous (2).

Enfonce les clous dans le bouchon de manière à ce qu’ils se croisent dans tous les sens.

Tadam, tu as maintenant une magnifique herse des plus discrètes. La BRAV-M ira beaucoup moins vite comme ça !

Fabrique des ampoules de peinture avec Voltairine

Voltairine, qui es-tu ?

Salut, moi c’est Voltairine De Cleyre, je ne suis pas française mais américaine. Je suis anarchiste (je le suis devenue après la pendaison de 4 compagnons arrêtés après les évènements de Haymarket Square en 1886) et, même si je n’aime pas ajouter des étiquettes, je suis féministe. Je me suis battue contre le mariage qui n’est rien d’autre que de l’esclavage sexuel. Une femme mariée, pour moi, c’est une esclave qui prend le nom de son maître, le pain de son maître et qui sert ses passions.

Pour moi la révolution sociale ne peut se faire que par l’action directe.

Des ampoules de peinture, mais pourquoi ?

Parce que c’est assez direct de marquer à la peinture ces assassins de la police et qu’en faisant ça, vu leur équipement, tu n’as aucun risque de les blesser. Si tu prends de la peinture rouge, ça peut même être très symbolique.

Comment fabrique-t-on des ampoules de peinture ?

Pour fabriquer tes ampoules de peinture, il te faudra : des ampoules (1), un couteau ou un cutter (2), une paire de gants épais (3), de la peinture (4), du ruban adhésif (5), un entonnoir (6) et des clous (tu peux utiliser tes herses si besoin) (7)

La première étape consiste à casser le culot (la partie noire) de l’ampoule. Pour cela utilise ton couteau. Pense à mettre tes gants, le verre d’une ampoule casse facilement, tu peux te blesser.

Une fois le culot bien dégagé tu obtiens quelque chose comme ça.

Enfonce un clou dedans (ou ta herse) pour casser maintenant l’intérieur de l’ampoule.

Les gants sont très utiles : la preuve j’ai cassé l’ampoule.

Une fois que tu as cassé ce que contient l’ampoule et réussi à évacuer les débris de verre, remplis ton ampoule de peinture grâce à l’entonnoir et rebouche consciencieusement avec ton scotch (je n’ai pas pu le faire en images puisque j’ai cassé accidentellement l’ampoule).

Fabrique ta propre banderole renforcée avec Jules

Jules, qui es-tu ?

Alors moi c’est Jules Bonnot de la fameuse « Bande à Bonnot », je suis considéré comme le « chef » d’une bande de voleurs. Le chef, pour des anarchistes, quelle boutade !

Il y a 3 moyens de vivre : travailler, mendier, voler. Le premier ne me répugne pas mais je n’avais pas envie d’enrichir les types qui allaient m’écraser après. Mendier, je ne pouvais pas, j’ai beaucoup trop d’amour pour l’humanité. Alors il reste quoi ? Le vol. Je récupérais ce que les propriétaires nous prenaient.

J’ai profité de mes talents de mécanicien pour commettre les premiers braquages en automobile. Ca avait de la gueule ! Au début c’était bien politique mais je reconnais qu’avec le temps, j’y ai pris goût…

Bref ça s’est très mal fini pour moi car lorsque les argousins m’ont retrouvé ils ont fait le siège de ma planque. Ils m’ont encerclé, puis ont essayé de faire sauter la maison ces lâches. J’ai été blessé par l’explosion alors je me suis réfugié derrière un matelas et j’ai écrit mon testament. Ils ont fini par donner l’assaut, je ne me suis pas laissé faire, mais ils ont réussi à m’abattre.

Une banderole renforcée, mais pourquoi ?

Ah bah ça… Vaste question… Pour moi l’émeute c’est du vent, ça permet de se détendre, c’est rigolo, ça te sort de ton traintrain quotidien, mais c’est pas comme ça qu’on combat le système. Moi je voulais t’apprendre tout l’intérêt d’attaquer les bourgeois·es à la source : leur pognon ! Je voulais te donner des astuces pour commettre des braquages ou au moins chouraver de la berluche à Monoprix. Mais à Rugir, ça se la joue révolutionnaire mais ce ne sont que des socs dems. On m’a dit, « Oh bah non, on n’est pas opposé·e·s à l’idée, mais la police va nous surveiller » et d’autres ouin-ouin du même acabit. Alors, comme avant de me faire descendre, j’étais planqué derrière un matelas pour tirer, on m’a lancé : « Bah tiens, raconte nous comment faire une banderole renforcée, ça sert à la même chose que ton matelas ». Du coup je m’y attèle, mais c’est juste pour être sympa, c’est sans conviction.

Comment fabrique-t-on une banderole renforcée ?

1- Fournis toi en bâche, en moquette ou n’importe quoi qui peut servir de support. Si ta bâche est un peu fine, n’hésite pas à mettre plusieurs épaisseurs.

2- Scie des planchettes de manière à ce qu’elles puissent rentrer dans le sac dans lequel tu comptes transporter la banderole.

3- Cloue les planchettes en haut de la banderole pour protéger tes mains des coups de matraques. Mets en aussi un peu en bas pour lester.

Les planches se situent sous la doublure mais suffisamment éloignées les unes des autres pour permettre de la replier malgré la rigidité

4- Découpe des poignées dans un tuyau d’arrosage et cloue-les sur les planches 

5- Ta banderole est prête. Tu peux la renforcer encore avec d’autres planches, des barres en métal etc mais n’oublie pas que tu vas devoir la porter, ça pèse vite lourd.

6- Il ne te reste plus qu’à la décorer pour essayer de gagner le concours de la plus belle banderole (pour l’instant c’est Nantes qui gagne).

Fabrique de bonnes barricades et pose des pièges avec Louise

Louise, qui es-tu ?

Je suis Louise Michel, d’abord communarde puis militante anarchiste. C’est à moi que l’on doit le symbole du drapeau noir pour l’anarchie. J’avais déclaré à l’époque (le 18 mars 1883 si ma mémoire est bonne) : « Plus de drapeau rouge, mouillé du sang de nos soldats, j’arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions. »

Comme Nathalie, j’ai participé à la commune de Paris en 1871 et après notre défaite, j’ai été envoyée au bagne.

L’ironie c’est qu’aujourd’hui l’Etat ose m’utiliser pour nommer des collèges et des lycées (comme par exemple le collège Louise Michel à Alençon ou le lycée Louise Michel de Bobigny) alors que je n’ai cessé de crier haut et fort qu’il fallait détruire l’Etat. J’imagine que ça vient du fait que j’étais institutrice et très attachée à l’éducation.

On me dit aussi pionnière du féminisme, je n’étais pourtant pas la seule. J’étais d’ailleurs très proche de Nathalie, qui vous explique comment fabriquer des herses mais aussi de Paule Minck, et j’ai vécu pendant près de 15 ans avec Charlotte Vauvelle.

Des barricades et des pièges, mais pourquoi ?

Pour te protéger des tirs ou ralentir/empêcher une expulsion. Nous devons nous réapproprier la rue, l’espace et ne plus le céder à l’Etat ou à ces représentant·e·s qui nous spolient.

Comment fabrique-t-on une barricade et des pièges ?

La barricade doit ralentir la progression des policier·e·s. Par conséquent ne te contente pas de mettre une poubelle au milieu de la route (ou au moins couche-la car si elle est debout, avec les roues, c’est inutile). Mets le maximum d’objets de manière à ce que la police perde beaucoup de temps à la dégager.

Si tu es sur un sol meuble (comme dans une zad par exemple), alors creuse des tranchées ! Ca gêne durablement la progression des véhicules. Mais ne te contente pas de ça. Pose des pièges !

Une vieille bombonne de gaz vide auquel est accroché un fil de fer ! La police sera obligée d’appeler des démineurs pour s’assurer qu’elle ne court aucun risque. Les barres en métal que l’on plante dans le béton armé peuvent être dirigées vers la police au sein de la barricade pour les empêcher d’avancer. Tu peux également les enterrer avec seulement quelques dizaines de centimètres qui dépassent. Si un flic pose son pied dessus, il servira d’exemple à ses camarades qui réfléchiront à deux fois avant de progresser à l’aveuglette.

Sois créatif·ve !

Pense également à enflammer tes barricades. C’est toujours plus joli, plus difficile à déblayer et en plus les fumées te cacheront si tu veux balancer des projectiles.

Fabrique ton lance-pierre et ta fronde avec Emma

Emma, qui es-tu ?

Je m’appelle Emma Goldman. Mon nom ne le laisse pas forcément transparaître mais je suis russe. Je ne suis arrivée en Amérique du nord en 1885 à l’âge de 16 ans. J’ai participé à la diffusion des idées anarchistes en Amérique du nord.

J’ai été assez active : j’ai écrit des textes, fait des conférences, appelé à l’émeute plusieurs fois et j’ai organisé une tentative d’assassinat contre cette pourriture d’Henry Clay Frick avec mon amour de toujours Alexandre Berkman. Il l’avait bien mérité ce satané bourgeois : en 1892 il avait baissé les salaires de ses sidérurgistes de 18% ! Alors forcément ces derniers se sont mis en grève. Quelle a été sa réaction ? Il a annoncé dans la presse qu’il préférait voir les ouvriers morts plutôt que d’accéder à leurs revendications, puis joignant l’action à sa parole de scélérat, il a embauché 300 agents pour constituer une milice patronale. Ces derniers ont ensuite tué 16 personnes en tirant dans le tas à la Winchester ! La justice de classes s’est bien sûr rangée de son côté en arrêtant 167 grévistes. La grève fut brisée. Fallait bien que quelqu’un·e lui troue la peau !

On a souvent dit de moi que j’étais une « femme rebelle » (encore heureux, nous devrions toutes l’être !) et une avocate de l’assassinat politique et de la révolution violente. C’est vrai, mais je ne vois pas en quoi cela doit me nuire, ça montre juste que j’ai de la suite dans les idées.

Restée profondément révoltée tout au long de ma vie, j’ai également participé à la guerre civile espagnole, quelques années avant ma mort, pour soutenir la révolution sociale.

Un lance-pierre et une fronde, mais pourquoi ?

Pour remédier à ton manque de force quand il s’agit d’affronter les agents de l’état. Pour une belle émeute, il faut pouvoir se défendre ! Et la défense passe un minimum par la riposte pour ne pas que subir le harcèlement des forces de l’ordre. Quand on voit de quelles armes iels sont doté·e·s, de quoi leur lancer des pavés et des cailloux, c’est un moindre mal.

 Comment fabrique-t-on un lance-pierre et une fronde ?

Ton lance-pierre :

Pour fabriquer ton lance-pierre, tu auras besoin : de gros scotch (1), d’un élastique (2), d’un bois en forme de V (3), d’une vieille chambre à air (4), d’une scie (5), d’une paire de ciseaux (6).

Tu peux aussi utiliser du tissu (ou un bout de chambre à air) et du fil de fer (7a et 7b) pour faire un réceptacle pour ton projectile mais dans l’exemple on ne le fera pas.

Scie le bâton de manière à ce qu’il fasse la bonne taille (facilement transportable mais en même temps avec un manche suffisamment grand pour l’avoir bien en main).

Considère qu’une fois taillé, le manche doit faire environ 1,25-1,5 fois la largeur de ta main.

Coupe des rondelles dans la chambre à air.

Ici j’en ai découpées 4. C’est un peu élastique et en même temps plus résistant qu’un simple élastique.

Si ton élastique n’est pas sous la forme d’un ruban coupe-le pour en former un.

Enroule l’élastique sur une des branches de ton bois.

Fixe-le avec les rondelles de chambre à air en les passant autour à la manière d’un élastique.

Une fois que c’est fait, renforce la fixation en protégeant les rondelles de chambre à air sous une couche de ruban adhésif.

C’est bon tu as ton lance-pierre ! Plus qu’à tirer !

Ta fronde :

Pour fabriquer ta fronde, tu auras besoin de ficelle (1), d’une corde (2) et d’une paire de ciseaux (3).

Coupe ta corde de manière à ce qu’une fois repliée en deux, elle fasse la longueur de ta jambe.

Fais un nœud coulant d’un côté de la corde (il te permettra d’y coincer deux doigts pour ne pas que ta fronde se barre avec le projectile).

De l’autre côté fais un gros nœud qu’il te sera facile de tenir pendant que tu fais tournoyer la fronde. C’est ce bout là que tu lâcheras pour tirer.

Replie ta corde en plusieurs boucles et passe de la ficelle entre chacune d’entre elles afin de former un petit panier qui contiendra le projectile.

Tu n’as plus qu’à mettre une pierre dans le panier. Serre le nœud coulant autour de tes doigts et tiens l’autre extrémité. Fais tournoyer la fronde et lâche la corde au bon moment. Comme tu as fait un nœud coulant autour de tes doigts, la fronde reste accrochée à ta main, seul le projectile part. Il faut t’entraîner un peu avant de maîtriser le geste et de réussir à viser correctement.

Fabrique ton fumigène avec Sante Geronimo

Sante Geronimo, qui es-tu ?

Je suis Sante Geronimo Caserio, je suis un italien, né en Lombardie et j’exerçais la profession de boulanger. Si j’écris pour vous aujourd’hui, c’est parce que je suis un assassin. Et j’en suis fier ! J’ai poignardé mortellement un président de la République française : Sadi Carnot.

Une rue porte son nom à Caen, à proximité de la préfecture. Ca me rend un peu triste, mais d’un autre côté, ça ne m’étonne guère que l’Etat rende hommage à pareille pourriture.

Qu’importe, sur le moment, quel plaisir que de voir le sang présidentiel souiller un beau costume que je n’aurais jamais eu les moyens de me payer, même après toute une vie de dur labeur en boulangerie. Oh bien sûr, ça m’a couté la tête en 1894, mais je ne regrette absolument pas. Je n’ai même pas essayé de fuir, j’ai juste couru autour de sa voiture en hurlant « Vive l’Anarchie ! Vive l’Anarchie ! ». Et les cris terrifiés de la bourgeoisie qu’on assassine en poignardant son président, quel régal !

Rien n’est plus jouissif qu’un·e bourgeois qui a peur… Enfin… Si ! Un·e bourgeois·e qui meurt et c’est encore mieux s’il s’agit d’un·e élu·e !

Aujourd’hui encore, il n’y a rien de changé en moi et je le referais si c’était à refaire.

Je suis resté droit, au tribunal je leur ai dit : « Eh bien, si les gouvernements emploient contre nous les fusils, les chaînes, les prisons, est-ce que nous devons, nous les anarchistes, qui défendons notre vie, rester enfermés chez nous ? Non. Au contraire, nous répondons aux gouvernements avec la dynamite, la bombe, le stylet, le poignard. En un mot, nous devons faire notre possible pour détruire la bourgeoisie et les gouvernements. Vous qui êtes les représentants de la société bourgeoise, si vous voulez ma tête, prenez-la ».

Ils m’ont proposé de me faire passer pour malade mental pour que ma peine soit moins lourde, en échange je devais balancer des copain·e·s. Qu’ils aillent au diable ! « Caserio est boulanger, pas espion ! » que je leur ai dit !

Ah il fallait voir leur tête à ces drôles. Mais ils n’ont décidément rien compris. Le jour de mon exécution, ils m’ont envoyé un curé pour me confesser. Il a été bien reçu croyez-moi ha ha !

Un fumigène, mais pourquoi ?

Moi à la base, je voulais parler d’un truc plus rigolo : les bombes à l’acide ! Mais à Rugir iels m’ont dit : « Non, non surtout pas ! A Caen les flics en ont la phobie, iels te font boire ton Maalox quand tu vas en manif pour s’assurer que ce n’est pas de l’acide. Si on explique comment faire, iels vont enquêter sur nous, ça pue. ». Du coup tant pis pour toi, je ne te dirai pas qu’en mettant du papier aluminium dans une bouteille contenant de l’acide chlorhydrique, une réaction chimique se produit en dégageant une grande quantité de gaz instantanément (donc ne reste pas et ne laisse personne à côté) ce qui provoque l’explosion de la dite bouteille si tu l’as bouchée de manière à ce que le gaz ne puisse pas s’échapper. Tant pis !

Je vais donc t’apprendre à faire un fumigène, ça peut être rigolo aussi.

Comment fabrique-t-on un fumigène ?

Pour cela tu vas avoir besoin :

  1. De Nitrate de potassium
  2. De sucre
  3. De bicarbonate de soude
  4. D’un rouleau en carton
  5. D’une mèche
  6. De ruban adhésif

1ère étape : Bouche un côté de ton rouleau avec du ruban adhésif.

2ème étape : Mélange 60% de Nitrate de potassium et 40% de sucre. Une fois le mélange homogène, fais le fondre (15min à feu moyen) en remuant bien. Il aura une texture qui ressemble à du caramel fondu. Si ça commence à fumer arrête tout de suite ! Ne vas pas foutre le feu au mélange !!

3ème étape (facultative) : tu peux ajouter une cuillérée de bicarbonate de soude. Ca fera durer plus longtemps l’effet.

4ème étape : Verse le mélange dans ton tube en carton. Ne perds pas de temps car le mélange durcit rapidement. (Tasse bien si tu veux que ta fumée soit homogène).

5ème étape : Enfonce ta mèche en la laissant dépasser d’au moins 2-3 cm.

6ème étape : Laisse reposer au moins 1h (dans un lieu aéré) pour que la pâte devienne bien solide.

7ème étape : Allume la mèche (toujours en extérieur !!) et balance ton fumigène. Ne le garde pas dans la main et ne respire pas la fumée car elle n’est pas bonne pour ta santé.

Fabrique ton cocktail Molotov avec Victorine
Victorine, qui es-tu ?

Je suis Victorine Boucher, je suis née à Orléans, la ville de la pucelle qu’un éborgné célèbre tous les ans paraît-il. J’ai participé à la Commune de Paris en 1871, au front, en première ligne. J’ai abandonné mon enfant à ma mère le temps des affrontements pour pouvoir combattre. J’ai vu mes adelphes d’arme tomber les un·e·s après les autres, j’ai vu mon mari se faire emprisonner (car lui aussi était révolutionnaire), j’ai vécu la semaine sanglante, le sang de mes camarades qui ruisselait sur les pavés car les caniveaux ne pouvaient plus l’absorber.

Ce sont des visions d’horreurs que je n’ai jamais pu oublier alors j’ai écrit un livre : Souvenir d’une morte vivante, que vous pouvez trouver aujourd’hui aux éditions Libertalia (ou l’emprunter auprès de Rugir si vous êtes sur Caen). J’y raconte ma vie de femme, de mère, de révolutionnaire d’avant, pendant et après la Commune.

Un cocktail Molotov, mais pourquoi ?

Parce que sans pétrole la fête est moins folle ! Pour une bonne émeute, il faut que ça brûle. Rappelez-vous des pétroleuses pendant la Commune de Paris qui incendiaient les bâtiments publics (en réalité aucune femme n’a été condamnée pour incendie volontaire suite aux évènements de la Commune).

 Comment fabrique-t-on un cocktail Molotov ?

Pour fabriquer ton cocktail molotov, tu auras besoin : de gros scotch (1), de sable (2), de ciseaux (3), de tissu (4), d’un entonnoir (5), d’une capsule ou d’un bouchon (6), d’un couteau (7), d’une bouteille en verre (8), de polystyrène (9) et de l’EAU (10) (évidemment ce n’est pas de l’eau mais si je te donne la vraie recette Rugir risque d’avoir des ennuis, j’estime que tu comprendras tout·e seul·e ce qu’il faut mettre à la place).

Mets un peu de sable au fond de ta bouteille. Ca permettra de la lester pour qu’elle tombe bien droite.

Ajoute de l’EAU (attention, pas jusqu’en haut, à la moitié ou au 2/3, pas plus).

Coupe un morceau de polystyrène.

Emiette-le et verse-le dans la bouteille (ça permet de faire brûler plus longtemps).

Rebouche avec ton bouchon ou ta capsule.

Renforce avec du scotch de manière à ce que ça ne s’ouvre pas quand tu le transporteras.

A la dernière minute, imbibe ton bout de tissu avec de l’EAU.

Noue-le autour du bouchon et le tour est joué ! Tu n’as plus qu’à allumer la mèche et lancer !

Fabriquer de la poudre noire avec Ravachol

Ravachol, qui es-tu ?

Je m’appelle François mais on me connaît mieux sous le nom de Ravachol. Je suis peut-être le propagandiste par le fait le plus célèbre. Ce n’est pas une fierté, je ne recherche pas la gloire.

On m’a guillotiné en 1892 pour avoir commis plusieurs attentats à la bombe (j’ai notamment fait sauter l’appartement d’un magistrat qui avait condamné des anarchistes) et j’ai assassiné plusieurs personnes. Si je suis si célèbre, c’est parce que je me suis échappé plusieurs fois, que j’ai mis en scène mon suicide pour faire croire à ma mort. On suivait mes péripéties dans les journaux et on chantait des chansons à ma gloire.

Mais bon, assez parlé de moi…

De la poudre noire, mais pourquoi ?

J’aurais préféré t’apprendre à fabriquer et utiliser de la dynamite pour que tu puisses à ton tour poser de vrais explosifs. Mais à Rugir, iels ont pris peur. Iels ne voulaient pas voir le RAID ou le GIGN venir défoncer leur porte au petit jour.

Alors on va se contenter de la poudre noire pour fabriquer tes propres pétards. Vive le son de l’explosion !

Comment fabrique-t-on de la poudre noire ?

Pour cela tu as besoin :

  1. De Soufre
  2. De Nitrate de potassium
  3. De quelque chose pour broyer (le mieux c’est un moulin à billes).
  4. De quelque chose qu’on met dans le barbecue. Comme Victorine, je ne peux pas te donner tous les vrais ingrédients sinon on risque d’avoir des ennuis s’il s’agit de la vraie recette. Cette chose, ce n’est pas l’allume feu et ça tache les doigts. On va appeler ça MERGUEZ car le gras des merguez tache les doigts aussi (en vrai la composition est sur wikipédia si jamais tu n’as pas identifié le composant mystère).
  5. D’un récipient et d’une mèche.

1ère étape : Détermine les proportions de ton mélange et ainsi la masse de chaque composant. En effet, selon l’utilisation, on ne met pas les mêmes proportions.

                Pour les tirs de mine : 30% de MERGUEZ, 30% de soufre et 40% de Nitrate de Potassium.

                Pour la poudre de chasse : 12% de MERGUEZ, 10% de soufre et 78% de Nitrate de Potassium

                Pour le tir sportif : 1/3 de chaque.

                Pour la poudre de guerre : 15% de MERGUEZ, 10% de soufre et 75% de Nitrate de Potassium.

En général pour les feux d’artifice c’est la poudre de guerre qui est utilisée.

Si tu veux faire ça bien, prends en compte les masses molaires, mais bon honnêtement ce n’est pas très utile étant donné que le mélange fonctionne pour plusieurs compositions, tu peux te permettre d’être un peu imprécis·e.

2ème étape : Broie tout ça. Attention, pas en même temps !!!! Bah oui, tu fabriques une poudre explosive alors la moindre étincelle dans l’appareil où tu fais le mélange et tu te fais sauter le caisson ! (J’exagère un peu, tout est question de quantité, mais un truc qui t’explose dans les mains c’est très dangereux, j’espère que tu t’en doutes…). Pour éviter ça, nettoie bien l’appareil entre chaque broyage pour être certain·e qu’il ne reste rien du broyage précédent.

Plus c’est broyé finement et mieux ça marchera.

3ème étape : Verse le mélange dans un récipient puis ajoute la mèche (en la laissant dépasser d’au moins 10cm, mais n’hésite pas à en laisser plus pour être plus prudent·e si tu fais de gros pétards). Moins ton récipient sera résistant et moins tu auras besoin de poudre pour le faire péter. Entre un rouleau en carton ou une gourde en métal, il ne va pas falloir la même quantité de poudre. C’est pour cela que je ne te donne pas de quantité.

Attention cependant, ne te lance pas dans le projet d’un gros pétard alors que tu n’y connais rien et surtout ne teste pas ça directement en manif. Tu tentes ça dans un champ en pleine campagne. Parce que si tu blesses un·e camarade, tu ne vaux pas mieux que tous ces coquins d’argousins !

Commence par mettre très peu de poudre pour voir ce que ça fait, et petit à petit, quand tu commences à te familiariser avec tout ça, tu pourras éventuellement concevoir tes propres pétards pour les manifs. Là on parle d’un truc sérieux, il faut l’être un minimum et ne pas prendre des risques inutiles.

4ème étape : Tu allumes la mèche, tu le balances et tu recules le plus possible. Il vaut mieux être trop prudent·e que pas assez.

Note : tu peux conserver la poudre noire, cependant choisis un endroit sec, à l’abri de la lumière et loin de toute source de chaleur. Ne va pas poser ta boîte de poudre à côté de ta lampe à pétrole !!

Remarque générale : mieux vaut porter des gants lors de la fabrication pour ne pas laisser d’empreintes. Si toutefois il y a possiblement tes empreintes dessus : frotte avec de l’acétone pour les effacer.

Voilà, c’était le dernier tome du Petit Manuel de l’Emeute. Ce fut un plaisir d’écrire pour vous pendant ces quelques semaines, mais la partie de l’équipe de Rugir qui s’est occupée de la rédaction de ce manuel a besoin d’un peu de repos. Nous reviendrons peut-être un jour avec de nouveaux tomes mais ce n’est pas au programme.

Merci à toutes les personnes qui sont intervenues pour nous donner des conseils, des astuces que nous avons pu vous retranscrire et surtout, merci à vous pour le temps que vous nous avez accordé à lire notre travail et à nous faire part de vos réactions souvent très positives et pleines de bienveillance.

Bons baisers consentis !

(Bien sûr les publications de Rugir continuent au même rythme hein ! Ce n’est qu’une partie de la rédaction qui prend une pause).

Récap’ des tomes précédents :

I- Les armes de la police, s’en protéger

II – Les différentes unités du “maintien de l’ordre”

III – Aller en manif et y agir

IV – Je me suis fait interpeller, que faire ?

2 réflexions sur “Fabrique tes armes de manif (le Petit Manuel de l’émeute – Tome V)

  1. Merci pour tous ces détails croustillants je me suis régaler en lisant les petits Manuels des émeutes , je vais en prendre de la graine👊👊👊👊👊

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