Aller en manif et agir (le Petit Manuel de l’émeute – Tome III)

Temps de lecture estimé à : 20 min

Alors ça y est, après la lecture des deux premiers tomes, tu te sens comme un·e vrai·e petit·e black bloc. Tu connais les armes de la police, les unités que tu vas rencontrer et leurs stratégies de maintien de l’ordre… Tu te sens invincible et « tic et tac et nique la bac » !

Ouais bah redescends 5 min,  parce que chaud·e comme tu es, tu t’imagines déjà en train d’arroser les cognes à coups de cocktails molotov mais y a un truc auquel tu n’as pas pensé : aller en manif (surtout dans les grosses manifs genre les manifs parisiennes ou les manifs gilets jaunes), ce n’est pas comme aller faire des courses, il faut déjà pouvoir accéder à la manif sans risquer l’interpellation préventive. Et une fois que tu as réussi à rejoindre les autres enragé·e·s, encore faut-il ne pas se faire attraper (et le fait de courir vite, même si tu fais le 100m en 10s, ça ne suffira pas face aux caméras de surveillance).

Bref tu l’as compris, maintenant je vais te donner des conseils sur « Comment aller en manif et y agir ». Mes conseils seront divisés en 4 parties : les jours précédents la manif, en allant à la manif, pendant la manif et après la manif. Tout ça, c’est dans l’idéal bien sûr, pour prendre le moins de risques possibles, mais après on fait surtout comme on peut.

Les jours précédents la manif

Dans les jours qui précèdent, il faut que tu bosses un peu car une émeute, si tu ne bénéficies pas de l’effet de surprise (ce qui est de moins en moins le cas, la répression policière ayant atteint un niveau inégalé ces dernières années), ça se prépare !

Si le parcours est annoncé à l’avance, regarde les endroits où la police pourrait nasser (bloquer toutes les issues pour vous “enfermer” et ainsi arrêter des manifestant·e·s), c’est important à anticiper. Alors oui, je te vois venir : « Bah on ne peut pas savoir puisqu’on ne sait pas le nombre de flics ». En effet ! En revanche tu peux quand même déterminer les endroits les plus faciles à nasser : il est plus facile de nasser dans la rue écuyère que sur le port (je parle pour Caen là, désolé·e pour nos lecteur·ice·s d’ailleurs).

Repère également les lieux importants ou symboliques où des flics seront forcément posté·e·s : la préfecture, le Fouquet’s (hahaha) ou la Rotonde.

Police nationale = milice du capital ?

Profite de tes repérages pour trouver des endroits pour te cacher facilement si tu as la police aux trousses : l’appart d’un·e ami·e non loin du parcours, un endroit très fréquenté ou tu pourras te fondre dans la masse, le hall de ton ancien immeuble dont tu connais encore le code. En revanche évite les cours : non seulement c’est le premier endroit où cherchent les flics, mais s’iels te chopent, tu as toutes les chances de subir un tabassage en règle à l’abri des regards…

Trouve aussi des endroits pour planquer du matos (par matos j’entends depuis les lunettes contre les gaz, jusqu’aux cocktails molotov, ça ce n’est pas mon problème, c’est toi qui vois) : un hall d’immeuble qui ferme mal ou dont tu as le code, un parc avec des buissons…

Repère aussi les caméras de surveillance. Il faut savoir que les caméras circulaires (comme celle que l’on peut voir place Bouchard, tour Leroy, sur la pharmacie dans le bas de la rue Ecuyère, sur la préfecture (et autres) à Caen) peuvent avoir une image nette jusqu’à 300m ; Ce serait quand même con que tu pètes une vitrine et que tu enlèves ton foulard juste en face d’une caméra…

Caméra à 360° nette jusqu’à 300m (Place Bouchard – Caen)
Les caméras de surveillance dans le centre-ville de Caen
« Oui mais je ne manifesterai pas dans ma ville, moi je vais sur Paname pour brûler le Fouquet’s. »

Bon déjà ton projet manque cruellement d’originalité, mais je ne t’en tiens pas rigueur. En revanche dire « je ne serai pas dans ma ville », c’est une mauvaise excuse ! Tu peux regarder sur Google Maps, utilise le capitalisme contre lui-même !

« Oui mais j’ai peur du fichage Google ! »

C’est bien, tu es prudent·e. Alors utilise wikimapia (ou autre chose) !

« Ouais mais je ne saurais pas pour les caméras de surveillance ! »

C’est pas faux, pour les caméras de surveillance, rien ne vaut l’observation de terrain. Donc ouvre bien les yeux pendant la manif ! En revanche tu peux aussi anticiper un peu la chose en allant sur Surveillance Under Surveillance, un site qui répertorie toutes les caméras de surveillance.

Bon tu ne peux pas toutes les retenir, tout n’est pas à jour sur le site et en plus les flics ajoutent parfois des caméras temporaires (c’est souvent le cas à Nantes), mais ça fait déjà une base pour des points stratégiques (là où tu peux te changer par exemple).

Les caméras répertoriées dans le secteur des Champs-Elysées (il y en a certainement plein d’autres qui ne sont pas répertoriées et dont tu dois te méfier !)
« Me changer ? Pourquoi ? »

Ah oui, le K-way noir c’est pas que pour le style… Donc en plus du matos de protection cité dans le 1er tome, il va falloir songer à trouver de quoi t’anonymiser. Le minimum c’est un foulard pour cacher ton visage. Mais c’est pas suffisant : si tout le monde a un foulard différent, c’est facile, grâce aux caméras de surveillance, de repérer un foulard en particulier et de tracer l’individu·e qui le porte jusqu’à ce qu’iel l’enlève. Pour contrer cela, des militant·e·tilisent la technique du black bloc. T’en as forcément déjà entendu parler, les médias en parlent à chaque manif, ce sont toustes ces vilain·e·s casseur·se·s. Pourquoi le black bloc ? Parce que si tout le monde est en noir, alors c’est bien plus difficile de repérer un·e individu·e en particulier. Mais, tu en conviendras toi-même, se pointer en noir des pieds à la tête, c’est craignos, tu te feras interpeller directement. Du coup, viens en manif habillé·e autrement et change toi en cours de manif. Pour se changer simplement, un k-way c’est parfait ! Si tu peux prendre un pantalon de pluie pour recouvrir le bas de ton corps, c’est encore mieux, comme ça une fois changé·e, tu seras presque complètement méconnaissable.

« Presque ? » Oui presque, car les flics se sont adapté·e·s à ces méthodes. Maintenant, ce sont avec tes chaussures qu’iels te traquent si besoin. Evite donc les chaussures avec un signe particulier facilement reconnaissable (un logo, une semelle de couleur etc). Il en est de même pour tous les accessoires que tu pourras utiliser (le sac à dos compris). Essaie de tout avoir en noir, parfaitement uni.

Quand tout le monde est en noir, c’est difficile d’identifier quelqu’un. Sauras-tu retrouver l’individu·e très mobile de Rugir qui s’est glissé·e sur cette image ?

Si tu vas à une grosse manif dans une autre ville, annoncée comme étant une manif d’ampleur, saches que tu rencontreras pas mal de barrages de flics sur la route pour contrôler ton identité et fouiller ton véhicule s’iels ont des doutes. Si tu as ton matériel de protection, d’anonymisation ou offensif (ou bien plusieurs parmi les trois), tu risques d’être interpellé·e préventivement (voire condamné·e à plusieurs mois de prison ferme préventivement, sans que tu n’aies commis la moindre infraction, comme le cas de ces 3 jeunes allemand·e·s). Arrange-toi pour qu’iels ne le trouvent pas !

Sois inventif quant à la cachette de ton matos ! Sinon, si tu as des contacts dans cette ville, envoie leur un colis par la poste contenant tout ce qu’il faut ! Les flics pourront toujours fouiller ton sac ou ton véhicule, iels ne trouveront rien !

Petite astuce si tu veux planquer une bombe de peinture : pour éviter le bruit suspect de l’agitateur dans l’aérosol, pose un aimant dessus. L’agitateur va venir s’y coller et ne fera plus de bruit.

Ah et avant que j’oublie : si tu vas dans une autre ville, essaie de partir la veille, ce sera moins suspect et retire du liquide de manière à ne pas payer par carte dans cette ville pour ne pas laisser de trace de ta présence (enfin si tu gardes ton portable en manif, cette précaution ne sert à rien).

En allant en manif

Tu as réussi à atteindre ton objectif de gagner la ville désirée pour ton émeute (ou tu es habitant·e·s de cette ville), tu vas maintenant devoir rejoindre le cortège, ce n’est pas une mince affaire non plus.

Comme tu n’as pas bu comme un trou la veille (on te fait confiance), tu te lèves tôt et tu t’habilles proprement, tant mieux si tu n’as pas la dégaine d’un·e manifestant·e : tu as bien moins de chance de te faire contrôler en chemise et bien peigné·e qu’en treillis déchiré et une crête rose… Bref, plus tu auras l’air d’un·e petit·e catho de droite et mieux ce sera.

Deux jeunes totos parisiens n’ayant pas encore mis les K-way mais se préparant à bouffer du flic

Ecris toi sur le bras (pas sur l’avant-bras, plutôt sur le côté de l’épaule c’est moins visible) le numéro de l’antirep de la ville où tu vas manifester, le nom d’un avocat, le numéro de la personne à prévenir en cas de garde à vue (mais j’entrerai plus dans le détail dans le prochain tome) et, pourquoi pas, ton groupe sanguin.

Pars de manière à arriver en retard à la manif. Pourquoi ? Parce que ça ne part jamais à l’heure et que poireauter au début, ça sert à rien à part risquer de se faire nasser, contrôler, interpeller. Attends que la manif se mette en mouvement pour te joindre au cortège : à partir du moment où la foule est en mouvement, les flics auront mieux à faire que de contrôler les clampin·e·s qui se trimballent dans les environs. Au pire laisse même partir le cortège, y a bien un moment, plus tard, où tu pourras le rejoindre.

Si par chance tu as un·e complice qui n’a rien sur ellui c’est encore mieux : laisse-lae partir devant en éclaireur·se. Iel t’indiquera les différents points de contrôles policiers pour que tu puisses les éviter.

Bien sûr tout cela ne vaut que si tu as ton matos de planqué sur toi pour aller en manif : si tu as déjà tout caché sur le parcours la veille c’est bon tu t’en fous, tu passeras à l’aise les contrôles (sauf si tu es fiché·e, mais ça c’est une autre histoire).

Sur le chemin, profite-en pour jeter un coup d’œil aux flics que tu croises, que tu vois tourner ou qui font des barrages. Ca te permettra d’avoir une idée de ce que tu vas avoir à affronter un peu plus tard et la stratégie qui sera utilisée pour le maintien de l’ordre (si tu croises 20 motos de la BRAV-M, alors tu sais que ça va être chaud).

Pendant la manif

Grâce à tous ces conseils et à ton ingéniosité pour tromper la police, tu as réussi à entrer dans le cortège. Remonte vers la tête mais ne sois pas trop devant quand même. Rappelle-toi que pour l’instant tu n’es pas anonymisé·e. Petit à petit tu verras d’autres individu·e·s très mobiles se rapprocher de la tête en petits groupes pour former un cortège de tête.

Quand tu le sentiras, ce sera à ton tour de porter ton déguisement de petit·e black bloc et de les rejoindre “pour renverser l’Etat, niquer les keufs et commettre des dégradations“.

Cependant, fais gaffe aux caméras ! Ne vas pas te changer sous une 360 (les caméras en forme de boule qui peuvent tourner à 360°), dans ce cas tu serais grillé·e.

Si tu es dans le cortège de tête, attends toi à devoir affronter les police ou, au moins à risquer une interpellation (même si tu ne fais rien, t’es en noir, donc tu es un·e méchant·e black bloc !). Pour éviter ça, il y a quelques règles à respecter.

1- RESTER GROUPE·E·S !

En effet, si les flics te font peur, saches que c’est réciproque. Ce que les flics redoutent le plus, ce sont les zadistes et les black blocs (et peut-être aussi les manifs de dockers). Ton uniforme leur fait peur autant qu’il leur inspire de la haine (comme un uniforme de police pour toi en fait).

Du coup, seul·e, tu es une cible. Mais en groupe (si le groupe est suffisamment conséquent, un groupe de 2 ça ne sert à rien), iels oseront moins approcher.

L’union fait la force : restons groupé·e·s !

C’est alors un jeu du chat et de la souris qui s’installe : iels te courent après, mais pas trop près, tu ripostes en les chargeant, mais pas trop près. Du coup ce petit jeu implique une autre règle : ONEKOURPA !

2- ON NE COURT PAS !

Comme je te l’ai déjà dit dans le tome 1, courir sous les gaz est une très mauvaise idée. En réalité c’est le fait de courir tout court qui est à proscrire. En courant, on n’avance plus à la même vitesse, certain·e·s vont moins vite que d’autres, si tu cours, tu vas donc à l’encontre de la première règle. Les dernier·e·s, les moins sportif·ve·s vont se faire choper et courir revient à les abandonner à leur triste sort. En plus courir dans une foule, c’est le meilleur moyen de (se faire) bousculer (par) quelqu’un·e et de tomber. Outre le fait que tu peux te blesser en tombant, tu peux aussi te faire piétiner et ça c’est pas cool.

Après si c’est la BAC qui charge, c’est différent. S’iels chargent c’est que vous ne devez pas être suffisamment nombreux·euses de toute manière et qu’il serait temps de songer à se disperser.

3- SOLIDARITE ET BIENVEILLANCE

A partir du moment où tu revêts un K-way noir, tu deviens une cible et t’es pas dans une situation très agréable. Le seul moyen de surmonter ça c’est la solidarité et la bienveillance les un·e·s avec les autres. Un·e en noir s’écroule au sol ? Porte lui secours du mieux que tu peux (appelle les medics, soigne lae toi-même etc). On m’a déjà rapporté le cas d’un individu vachement mobile se faisant recoudre au beau milieu du black bloc par un·e autre individu·e très mobile. C’est pas beau ça ?

En cas d’arrestation, c’est la même chose. Si l’un·e des membres du cortège se fait choper, encourage les autres à t’aider à lae libérer, même s’il s’agit d’un·e inconnu·e.

Quand les flics sont en pleine interpellation, toustes leur foncer dessus pour les déglinguer est une excellente façon de les faire fuir et en général, dans leur fuite, iels oublient la personne qu’iels avaient cueillie juste avant. Voici une vidéo d’arrestation suivie d’une désarrestation immédiate le 16 mars 2019 pour t’inspirer :

4- RENDS TOI UTILE

Ce n’est pas vraiment une règle mais si tu mets ton k-way, c’est pas pour te branler sur du riot porn en vrai. Donc on ne filme pas (c’est la base car si les flics te chopent ou chopent tes images quelque part, ça sera utilisé contre les personnes qui sont visibles dessus) et on s’active. Il y a fort à faire dans une émeute. Le simple fait de se mettre devant celleux qui agissent pour empêcher la prise d’images, c’est déjà agir !

En général voici comment ça se passe :

1- En première ligne se retrouvent les gens qui montent la première barricade/tiennent la banderole renforcée. Ces gens-là, on peut leur dire merci, iels vont s’en prendre plein la tronche par les condés, iels vont se prendre des tirs de LBD, des grenades désencerclantes, des GLI-F4, iels sont plus exposé·e·s aux interpellations mais iels sont là et iels résistent. Cette première ligne va permettre de cacher les autres personnes derrière qui agissent.

Si tu te décides à rejoindre la première ligne, alors le port du casque est vivement conseillé (une bonne condition physique également).

Merci à la première ligne qui protège les autres !

2- Juste derrière la première ligne, on trouve les lanceur·se·s. Ca caillasse les condés, ça les enflamme à coups de cocktails molotov, ça leur balance des bombes artisanales à l’acide (en vrai ce sont des pets de mouche à côté de ce que les flics nous balancent). Pour les cocktails molotov et les bombes à l’acide (ne compte pas sur nous pour te dire comment les faire), ce n’est pas celui qui jette qui les apporte en manif ! La personne qui va les chercher dépose le sac les contenant dans la manif et là les lanceur·se·s (qui sont dans le coup évidemment) se débrouillent. Cette personne retourne ensuite discrètement à l’arrière de la manif, se change et y reste un peu pour ne pas éveiller les soupçons, puis se disperse. Pour elle la manif est finie. (Ca évite qu’un RG la suive…).

Hop, hop, hop ! On caillasse et plus vite que ça !

Si tu veux faire partie de ce groupe-là, apprends à tirer !! Les tirs amis qui atterrissent dans la tronche d’un·e allié·e de la première ligne ce n’est pas très sympa. Tout le monde n’est pas aussi équipé qu’un·e CRS…

Astuce : un pavé c’est hyper lourd et il faut de la force. Tu peux contrer ce manque de force avec des outils simples : le lance-pierre te permettra de jeter des projectiles plus petits mais beaucoup plus forts, la fronde peut t’aider pour balancer des pierres plus grosses même s’il faut apprendre à la manier. Le plus beau dans tout ça ? Y a des tutos sur Youtube pour apprendre à en fabriquer !

Le lance-pierre est une arme très utile et facile à fabriquer

3- En troisième ligne, ce sont les saboteur·se·s. Parmi les saboteur·se·s on distingue : celleux qui cassent des emblèmes du capitalisme, celleux qui préparent des barricades de repli et celleux qui trouvent des munitions pour la deuxième ligne.

  • Casser les emblèmes du capitalisme : bon bah tu cognes avec ce que tu trouves contre une vitrine elle va bien finir par tomber. Tu peux faire des tags, foutre le feu à des voitures de luxe (c’est tout de suite plus chaleureux), casser des panneaux publicitaires etc.

Petite astuce : Pour casser un panneau publicitaire à LED, rien ne sert de taper au milieu, ça casse la vitre mais l’écran est toujours là. Tape dans les coins ! C’est plus fragile et ça pète tout l’écran.

Voilà une banque qui se tient sage !
Quand une Porsche s’immole, la fête est plus folle (capture d’écran de “Into the storm” de Julien Rogue)
  • Préparer les barricades de repli : On n’y pense pas assez mais nos premières et deuxième lignes ont beau être courageuses et déterminées, elles ne sont pas aussi armées que les condés. Il peut donc être intéressant et sympathique de leur préparer de quoi se replier s’iels sont mal pris·es. Arrache des barrières de chantier, du mobilier urbain, déplace des voitures en travers (c’est fou la force qu’on a à plusieurs), des containers à verre ou vêtements, bref tout ce que tu trouves de suffisamment imposant pour gêner la progression de la police et abriter les émeutier·e·s.
Les barricades de 68, un savoir-faire perdu ?
  • Trouver des munitions pour la deuxième ligne : On n’y pense pas assez non plus mais les pavés ne vont pas s’arracher tous seuls… Si on veut que devant iels puissent tenir la cadence, il faut leur fournir de la mitraille. Arrache les pavés, ramasse les gros boulons de chantier, tout ce qui pourra leur servir. Le mieux c’est que quelqu’un se dévoue pour faire des aller-retours entre la 2e et la 3e ligne : la 3e ligne remplit un sac de mitraille, cette personne l’emmène à la 2e ligne, le vide sur le tas de munitions et revient le plus vite possible à la 3e ligne pour chercher l’autre sac en préparation. Chacun son poste, on est plus efficace, vive le fordisme de l’émeute !
Pendant que quelqu’un·e arrache des pavés, une autre personne remplit un sac pour ravitailler la 2e ligne. D’autres gens l’entourent pour lae cacher (Capture d’écran du magnifique film de Julien Rogue « Into the storm » à voir absolument)
  • La 4e ligne est la moins risquée mais n’en est pas moins indispensable. Elle consiste à donner l’alerte sur les mouvements de la police de manière à ce que, si les condés arrivent en nombre par une petite rue de côté, iels soient immédiatement repoussé·e·s par des individu·e·s venu·e·s en renfort des lignes précédentes. Si dans cette 4e ligne des gens veulent piller les emblèmes capitalistes dont les vitrines sont cassées, alors qu’iels le fassent, l’impôt à la source il n’y a que ça de vrai. Attention cependant, c’est risqué si tu te fais choper.

Après la manif

Ca y est, tu t’es bien défoulé·e et tu as commis des dégradations, tu peux rentrer fier·e·s de ta besogne chez toi, avec le sentiment du travail accompli.

Pour autant fais gaffe : si entrer dans la manif n’était pas simple, en sortir se révèle tout aussi ardu. En effet, même si tu parviens à éviter la nasse finale (dans le cas contraire brûle tout ! K-way, protections, ne garde rien !) tu peux encore rencontrer une patrouille de flics.

Essaie de reprendre, malgré la sueur qui perle sur ton front, l’air de quelqu’un un peu coincé de droite. Si tu peux balancer quelques saloperies sur les manifestant·e·s et ces méchant·e·s casseurs·se·s dans leur dos c’est mieux, ça paraît encore plus crédible.

Quand tu veux avoir l’air innocent après 4h d’émeute à transpirer sous ton k-way

Dès que tu es sûr·e d’être en sécurité, préviens tes potes qui doivent être en train de s’inquiéter.

Vous pourrez vous retrouver pour debriefer cette journée autour d’un verre bien mérité. Attention tout de même à ne pas choisir un bar trop proche du lieu de l’émeute (choisis plutôt un autre quartier) car si les flics te reconnaissent, ce n’est pas le fait que tu sois attablé·e avec tes potes qui va les empêcher de venir te cogner dessus et t’interpeller.

C’est ainsi que s’achève ce tome 3. Si tu suis tous les conseils depuis le début, ça va, tu es relativement en sécurité. Pour autant, personne n’est à l’abri de rien. Tu risques de te faire choper un jour comme n’importe qui. Si ça se produit, alors il faut mieux que tu saches comment t’y prendre. Ca fera donc l’objet du prochain et dernier tome du petit manuel de l’émeute ! A très vite !

Récap’ des tomes précédents :

I- Les armes de la police, s’en protéger

II – Les différentes unités du “maintien de l’ordre”

Tomes suivants :

IV – Je me suis fait·e interpeller, que faire ?

3 réflexions sur “Aller en manif et agir (le Petit Manuel de l’émeute – Tome III)

    1. Il y en avait 4 d’initialement prévus, mais après notre retard de la semaine dernière, il est possible que nous en sortions un 5e “bonus” la semaine prochaine. De toute façon, si après il n’y a plus de Petit Manuel de l’Emeute régulièrement, il est possible que ce format réapparaisse ponctuellement selon nos envies.

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