La ville est à nous

Ces endroits nous les connaissons. Des panneaux, des pavés, des abris de bus. Ceux de n’importe quelle ville. Ces marquages standardisés sont aussi nos repères, nos familiarités qui font que cette ville n’est pas n’importe laquelle : c’est la notre. Celle où nous marchons, discutons, habitons, attendons, crions, buvons, courons, manifestons, vivons. La rue n’est pas qu’un espace de circulation, elle est aussi nos souvenirs, nos expériences, nos soirées, nos désillusions. Temps passé à rire et pleurer tard la nuit, ou tôt le matin, assis sur une surface bétonnée. La ville est grise, le ciel est gris, le tram est gris.

Ces endroits ils nous appartiennent tout autant qu’ils n’appartiennent à personne.

Certain.e.s ont voulu faire de la rue un lieu de consommation, un espace de simple déplacement d’un point A à un point B. Puis recouverte de pollution visuelle, affiches gigantesques, de montres portées par des hommes musclés et de parfum à côté de femmes nues. D’écrans qui, jours et nuits vantent l’ouverture de tel magasin, des néons pour éclairer des dizaines de paires de baskets, du matin au soir, du soir au matin.

La ville se fige dans un changement permanent. Chaque pierre, chaque bâtiment à son histoire, qui sera détruit pour un nouveau cabinet d’avocat flambant neuf ou pour d’énièmes places de parking.

Sens interdit, propriété privée, places payantes, banc anti-SDF. La ville se privatise. Pourquoi priver la ville de ses habitant.e.s ?

Mais la ville est à nous, c’est précisément parce que nous y marchons, discutons, habitons, attendons, crions, buvons, courons, manifestons, vivons que la ville est à nous. Chaque autocollant collé, chaque phrase, chaque blaz tagué, chaque panneau abîmé, chaque inscription, chaque annonce de chat perdu, chaque affichage sauvage fait battre le cœur de la ville. Toustes ensemble faisons vivre la ville et ces espaces qui ne seraient rien sans la vie qui les peuplent.

Celles et ceux qui ont volé la ville à ses habitant.e.s tentent de cacher ces traces de vie, ces dessins, ces expressions, iels veulent faire de la ville un désert urbain. Iels oublient que la ville est à nous.

Quel centre commercial pourrait y prétendre ?

La ville n’a pas d’horaires d’ouverture ou de fermeture, la ville est ouverte les jours fériés, la ville ne se construit pas en quelques mois, la ville ne se vend pas, la ville ne s’achète pas. La ville est vivante.

Réapproprions nous ces espaces, recouvrons les, graffons les, peignons les. Dégradons, détériorons, abîmons, volons, cassons la ville et ces codes qui nous sont imposés, ces codes que nous n’avons pas choisi et dessinons, décidons, partageons, fabriquons, débattons de la ville que nous voulons réellement.

La ville est belle, parce que la ville est à nous.

Mélia et Louise

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