Les armes de la police, s’en protéger (Le Petit Manuel de l’Émeute – Tome I)

Temps de lecture estimé à 20 minutes

Comme la rentrée s’annonce chaude, que l’on recrutera peut-être de nouveaux·elles militant·e·s notamment avec les lycéen·ne·s écolo radicalisé·e·s, voici une série d’articles intitulée : « Le Petit Manuel de l’Émeute », une sorte de DIY* de l’émeute (*Do It Yourself, un tuto quoi) pour que, le moment venu, si cela doit se produire, tu ne paniques pas et adoptes les bons comportements pour être le plus en sécurité possible.

Tu apprendras ainsi comment réagir en cas d’interpellation, les différentes unités de police que tu peux rencontrer en “maintien de l’ordre”, comment te rendre en manif et y agir, etc

Mais ce premier numéro du petit manuel de l’émeute sera consacré aux armes de la police, celles que tu rencontreras sur le terrain et desquelles il te faudra te protéger.

Voici donc une présentation de ces armes selon leur niveau d’utilisation (car en théorie, on ne cogne pas n’importe comment quand on est flic, on suit une procédure et la réponse doit être proportionnée. En théorie…).

Pour commencer, avant tout usage de la force, il doit y avoir des sommations de faites. Elles se font par un gugusse avec une écharpe tricolore qui gueule dans un mégaphone : « Obéissance à la loi ! Dispersez-vous ! Première sommation : nous allons faire usage de la force. ». A cela il ne faut pas paniquer. Si tu ne le sens pas tu te tires, sinon prépare toi à respirer des gaz.

Si la foule qui t’entoure est suffisamment déterminée tu peux gueuler un « Ta gueule ! » de bon aloi ou tout autre réplique montrant que tu n’as pas peur car tu es un·e vrai·e dur·e ! Au bout de deux sommations, la maréchaussée peut faire usage de la force.

Cet usage se fait (toujours en théorie) de manière proportionnée : d’abord de la force douce qui pique les yeux, puis de la force moins douce qui les crève.

1er niveau : Si les sommations sont sans effet, la police a le droit d’utiliser 4 armes : les bâtons de défense, le canon à eau, les grenades lacrymogènes lancées à la main et les gazeuses.

· Bâtons de défense :

A l’origine les bâtons étaient en bois (ce type de bâtons a été utilisé jusque dans les années 70). Aujourd’hui ils sont en caoutchouc. On distingue les tonfas (ceux avec les poignées latérales) des matraques (qui n’ont pas de poignée latérale et ressemblent davantage à des bâtons).

Tonfa (que l’on voit souvent virevolter dans les mains expertes des CRS)
La matraque télescopique : l’enfant chérie de la BAC

Le fonctionnement est assez simple : l’individu·e représentant l’Etat lève son bras et l’abaisse brusquement sur tes cuisses, tes épaules, ta tête pour te heurter avec son engin.

Comment s’en protéger ?

Le meilleur moyen d’éviter la matraque c’est de se disperser quand la police te le demande (lol, promis je ne donne cette astuce qu’une seule fois).

Sinon, tout simplement évite de te trouver à portée des bâtons. Si tu te trouves dans cette zone je te conseille de t’équiper un peu : casque, des protège-tibias pour enfant sur les avant-bras, un bouclier, enfin bref, tout ce qui peut te permettre de te constituer une armure. Un parapluie ou une banderole renforcée peuvent aussi être une bonne solution si tu côtoies d’autres individu·e·s très mobiles qui t’aideront à la porter (car une banderole renforcée, ça devient vite lourd). Attention toutefois, si la banderole renforcée est utile pour se protéger de la plupart des armes de la police, la flicaille en fait la collection et fera tout son possible pour te la chiper. Ne te laisse pas faire mais ne risque pas l’interpellation bêtement, juste pour une banderole (ce n’est qu’un conseil, fais ce que tu veux).

Un casque peut s’avérer très utile. Toutefois, même s’il est très mignon, le casque Hello Kitty est déconseillé car peu discret
· Canons à eau :
Un canon à eau tout propre, beau comme un camion

A l’origine le maintien de l’ordre se faisait à l’aide de lances à incendie. Aujourd’hui ce sont des camions avec un réservoir pouvant atteindre les 8000 litres qui ont pris le relai. On le remplit d’eau seule, ou bien d’eau accompagnée de restes d’animaux [1] (cliquer sur le chiffre pour voir la source) ou encore d’eau accompagnée d’un marqueur chimique pour marquer les vilain·e·s casseur·se·s comme du bétail. [2]

Le jet balance 15 litres d’eau par seconde, donc ça décoiffe, ce qui peut occasionner des blessures si tu te prends le jet.

Fun fact : 8000/15 = 533. Il faut donc 533 secondes pour vider un canon à eau (soit 8 minutes et 53 secondes). C’est pour cette raison que le canon à eau ne tire pas en continu mais seulement par coups de quelques secondes. S’il tirait en continue il se viderait trop vite et ce serait ennuyeux pour la maréchaussée.

Comment s’en protéger ?

Mets-toi un k-way ou promène toi tout·e nu·e (je n’ai jamais vu ça en manif mais ça marche aussi). Si tu te prends le jet, ça te fouettera tout autant mais au moins tes vêtements seront moins mouillés (bon ne te leurre pas, ça fera quand même floc floc dans tes baskets). Pour tes papiers et ton portable si tu les as emmenés à la manif, il existe une astuce simple : les préservatifs ! Si c’est conçu pour empêcher les fluides corporels de traverser, ça marche aussi pour les fluides d’un camion à eau. En plus, si tu as un smartphone, il est possible selon le modèle de capote que tu puisses l’utiliser à travers le latex.

Sinon, pour te protéger, il n’y a pas 50 solutions : les villes sont truffées d’abris de fortune derrière lesquels tu pourras te cacher (arbres, muret, barrière de chantiers, voiture, camarade que tu n’aimes pas trop même si ce n’est pas très gentil…).

· Grenades lacrymogènes lancées à la main :

Ah ça y est, les gaz, ce qui devrait te dégoûter à tout jamais d’avoir foutu les pieds dehors un jour de manif mais qui, en fait, te rend accro à l’émeute.

Les grenades lacrymogènes peuvent être lancées par un lanceur de grenades ou par un LBD 40 mais à ce niveau de réponse, on se contente des grenades lancées à la main. Lae lanceur·se va tout d’abord arracher la goupille (l’anneau de sécurité qui évite que les grenades explosent dans les camtars de keufs). Iel jette ensuite sa grenade, de ce fait iel lâche la poignée qui joue le rôle de percuteur pour permettre à la grenade de s’ouvrir au niveau de la bande rouge et libérer des palets noirs enflammés (leur nombre et leur taille varient selon le type de grenade). Ce sont ces palets qui, en brûlant, vont libérer le gaz CS : le fameux gaz lacrymogène.

Images de différentes grenades à main dérobées sur Desarmons.net (iels me pardonneront certainement) et légendées par mes soins. En A lae lanceur·se dégoupille la grenade en tirant sur l’anneau, en B iel lâche la poignée en jetant la grenade, en C, la grenade s’ouvre au niveau rouge

Alors inhaler du gaz CS, qu’est-ce que ça fait ? Tout d’abord, dans la première seconde, ça sent bon (avis purement subjectif). Ensuite c’est difficile à dire car tout le monde n’y est pas sensible de la même manière : par exemple j’y suis très sensible au niveau des yeux alors qu’en respirer me gêne moins, d’autres personnes subissent l’inverse, enfin, d’autres encore ne sont presque pas sensibles. D’une manière générale, on peut toutefois s’accorder sur quelques effets :

                ♦ les yeux : ils sont irrités, ils te brûlent (comme quand tu te mets accidentellement du shampooing dans l’œil mais en beaucoup plus costaud). Tu te mets alors à pleurer, ta vision diminue, tu perds tes repères au point, parfois, de perdre l’équilibre.

            ♦ les voies respiratoires : fais toi une ligne de poivre, sniffe-la. C’est pas très agréable hein ? (j’espère que tu ne l’as pas vraiment fait quand je te l’ai dit, fallait imaginer le truc, pas le faire !). Bah imagine toi que ça te brûle ainsi le nez, le pharynx et le larynx (la gorge quoi) et même la trachée et tes poumons, mais tout ça en même temps ! (plus les problèmes aux yeux je te le rappelle). Ce n’est pas très agréable, ça te brûle, le gaz est épais donc tu as l’impression d’étouffer, bref tu crois que tu vas mourir.

            ♦ Brûlures dues aux palets de lacrymo (très chauds !). Normalement s’ils te touchent tu vas sentir une forte chaleur très rapidement mais pas suffisamment longtemps pour te brûler. Toutefois, parfois, certains palets se coincent dans un vêtement au contact de la peau et là, oui, ça brûle.

            ♦ autres effets : A force de tousser comme un·e perdu·e tu peux vomir, tu peux aussi faire un malaise (voire perdre connaissance), quelques cas de personnes s’étant chier dessus ont aussi été répertoriés mais je pense qu’il s’agit plutôt de Cartman de la série Southpark jouant la note marron avec sa flûte à bec. M’enfin…

L’infâme Cartman faisant chier des manifestant·e·s avec sa flûte

Comment s’en protéger ?

                ♦ Avant gazage : te couvrir les parties sensibles aux gaz. Avoir des lunettes de piscine pour les yeux pour que le gaz ne puisse pas rentrer, un masque pour protéger des voies respiratoires. L’idéal c’est d’avoir un masque à gaz, en plus ça donne un look mégastylé !

Manifestant·e·s super megastylé ·e· s (les deux photos d’en haut c’est en Grèce, celle du bas je ne sais pas, j’ai chouré ça sur le net sans la moindre compassion envers les photographes qui exposent nos camarades)

Avec tes camarades, essaie d’orienter le combat contre la police dans la direction favorable (de manière à avoir vent dans le dos pour éloigner les gaz). Ce n’est pas facile car c’est aussi à ce jeu-là que jouent les flics.

            ♦ Pendant gazage : « On ne court paaaaaas ! » Réplique culte lors d’un gazage que tu entendras forcément. Alors oui il ne faut pas courir pour plusieurs raisons que je te détaillerai dans l’article sur comment agir en manif. Toutefois, pour ce qui est des gaz spécifiquement, il est bien normal, étant donné l’inconfort, de vouloir fuir en courant. En réalité c’est contre-productif : en courant tu augmentes ta fréquence respiratoire, tu inhales donc encore plus de gaz. En plus, comme tu es essoufflé·e, tu as encore plus l’impression d’étouffer.

Tu peux utiliser un parapluie pour éviter de prendre un palet de lacrymo dans la tête.

Si tu as des protections, protège celleux qui n’en ont pas. Ecrase les palets de lacrymo avec ton pied, essaie de les noyer avec de l’eau (c’est hasardeux). Si tu as des gants (c’est préférable vu qu’ils sont chauds) tu peux aussi les ramasser sans crainte (ça n’explose pas) et les rebalancer sur la police pour éloigner les gaz. Tu peux aussi faire ça avec une raquette de tennis (si t’es bon·ne tu peux en profiter pour faire un bon gros smash dans la tête d’un condé, ça fait toujours plaisir).

Évidemment rebalancer à la police ce QU’ELLE t’a envoyé, c’est illégal. Je ne te dis pas de commettre des infractions, je ne te dis pas de ne pas en faire, je t’informe juste de ce que tu peux faire techniquement, après c’est ton libre-arbitre qui jauge.

            ♦ Après gazage : Lorsque tu es dans une zone où les gaz se sont complètement dissipés, arrose-toi abondamment le visage pour éliminer les particules. Utilise du sérum physiologique pour tes yeux et asperge-toi le visage de Maalox.

M’asperger avec quoi ?! ” Je vois que je t’ai perdu·e. Du Maalox ! A l’origine c’est un médicament contre les maux d’estomac. Mais si tu le mélanges avec de l’eau (50-50) et que tu le mets dans un vaporisateur, il devient un excellent décontaminant contre les gaz CS et te permet de t’en remettre plus rapidement.

· Gazeuses à main :
Un CSI (je t’expliquerai la différence CSI/CRS dans un prochain article) rafraichissant un manifestant avec un brumisateur en pleine canicule. Non je déconne, il le gaze ce bâtard.

Alors ça, ça arrache ! Ca brûle même la peau ! En fait, dans une gazeuse à main ce n’est pas du gaz CS mais un gel de poivre OC. Du coup ce ne sont pas tout à fait les mêmes effets, la gazeuse à main est plus irritante que suffocante. Tu n’auras pas l’impression d’étouffer, en revanche ça va te piquer de partout (vraiment partout). Comme c’est un gel, ça colle à ta peau, ça colle à tes fringues et tu gardes ça pendant plusieurs jours. La première fois que je m’en suis pris, j’avais eu beau prendre des douches, je pleurais encore 2j après si je me touchais les yeux.

D’ailleurs, petit conseil pour la douche post gazage à la gazeuse à main : tu as été gazé·e, tu en as dans les cheveux donc tu fais un shampooing. Penche surtout bien la tête en avant ! En effet, en nettoyant tes cheveux, le gel poivré va ruisseler sur ton corps et s’il atteint tes parties génitales… Bah je ne te fais pas un dessin, t’as intérêt d’aimer le masochisme…

Pour te protéger de ça, c’est à peu près la même chose que les gaz CS : te mettre dos au vent, être bien couvert·e, fermer les yeux quand on te gaze si tu n’as pas de protection, Maalox et sérum physiologique après, te nettoyer avec de l’eau…

Comme pour la matraque, le meilleur moyen de ne pas être gazé de la sorte c’est d’être à une distance suffisamment éloignée des flics.

2e niveau : Si la force physique n’a pas suffi les flics passent à l’étape suivante et peuvent utiliser les lanceurs de grenades et les grenades à effet de souffle. Avant tout usage de ces armes, la deuxième sommation doit être répétée (c’est la dernière fois que je le dis : c’est en théorie car en pratique les flics s’en tamponnent bien souvent le coquillard).

· Lanceurs de grenades (Cougar et Chouka) :
Un Gendarme Mobile (mais moins que toi) utilisant un lanceur cougar via WikimediaCommons

Du fait de l’ossification totale de son appareil hyoïde, le cougar ne sait pas Rugir (sans blague !). [3] Malgré son physique impressionnant, il ne pousse donc que de petits cris aiguës [4]. C’en est de même pour le lanceur Cougar (ou le Chouka, qui est un autre modèle mais fonctionne pareillement) : il est gros, il est imposant, il est impressionnant mais il n’est pas si puissant. En fait il sert à balancer les grenades déjà évoquées au-dessus plus loin. Eventuellement, certain·e·s condés s’en servent comme d’un bâton de défense lorsqu’iels sont mal pris·es mais ce n’est pas très réglementaire.

Les grenades tirées au lanceur Cougar n’ont pas de goupille. Pour le reste le principe est le même : on fixe un propulseur à la grenade permettant de la lancer à 50, 100 ou 200m selon le propulseur ; la grenade s’ouvre au niveau du trait rouge alors qu’elle est dans les airs ; les palets enflammés tombent du ciel en libérant le gaz CS. C’est rigolo à voir !

Comment s’en protéger ?

Comme d’une grenade lacrymogène à main !

A noter qu’avec un lanceur Cougar, on peut aussi lancer des grenades à effet de souffle. On va vite y revenir mais attends un peu, avant on parle d’autre chose :

· Le LBD multi-coups (4 ou 6) lance-grenade :

Le LBD, si tu ne vois pas ce que c’est, c’est une sorte de fusil qui balance des baballes (mais on en parlera plus en détail après). Un multi-coups c’est simplement le même LBD mais qui peut tirer plusieurs munitions en seulement quelques secondes (une munition tirée toutes les 0,67 secondes). La distance dépend également du propulseur sur lequel on fixe le projectile.

Ce LBD est lui aussi capable de tirer des grenades lacrymogènes. Elles sont donc plus petites (un diamètre de 40mm au lieu de 56mm pour les lanceurs cougars), les palets sont également plus petits mais plus concentrés (concentré à 13% au lieu de 7% pour une grenade classique). L’avantage pour cellui qui les envoie : iel peut tirer 6 fois plus de grenades qu’avec un cougar en seulement 4 secondes.

Comment s’en protéger ?

C’est comme toutes les grenades lacrymogènes, maintenant tu connais la chanson.

Un LBD 6 coups tout neuf !
· Grenades à effet de souffle :

Classées en catégorie A2, ce sont des « Armes de guerre » considérées comme des armes de force intermédiaire (AFI). Originellement, la grenade à effet de souffle utilisée par les forces de l’ordre est l’OF-37 qui contient pas moins de 90g de tolite (la fameuse TNT). En plus de l’effet de souffle (en gros l’onde de surpression qui se propage du fait de l’explosion – les physicien·ne·s qui me lisent, soyez indulgent·e·s je fais de la vulgarisation là), cette grenade projette un certain nombre d’éclats qui mutilent et parfois tuent. Je pense par exemple aux décédés de 68 : Philippe Matherion est tué sur une barricade parisienne le 24 mai 1968 par les éclats d’une OF-37, Henri Blanchet subi le même sort le 11 juin 1968 à Sochaux alors qu’il est en grève dans l’usine Peugeot.

Après ces scandales, les OF-37 sont remplacées par les OF-F1 qui ne contiennent « que » 75g de tolite et ne projette pas d’éclats. Manque de bol pour les autorités, celle-ci tue aussi : le 31 juillet 1977, Vital Michalon est tué par cette grenade lors d’une manifestation anti-nucléaire à Creys Malville. Le 26 octobre 2014, c’est au tour de Rémi Fraisse de succomber à cette grenade, dont l’explosion vient lui sectionner la colonne vertébrale lors d’une manifestation contre le barrage hydraulique de Sivens (projet abandonné ensuite, mais qui va reprendre prochainement histoire de cracher sur le cadavre de ce jeune, mort pour une cause qui lui semblait juste [6]).

Grenades à effet de (dernier) souffle : des tueuses explosives (encore chouré à Desarmons.net)

Face à la colère qui s’exprime dans les milieux militants (le grand public se moque éperdument du sort de « zadistes violent·e·s »), l’Etat change l’équipement de ses gendarmes : on passe à la fameuse GLI-F4.

Cette dernière se veut dissuasive (les détonations à plus de 160 db auraient tendance à calmer les ardeurs des manifestant·e·s). Allégée en exposif (seulement 26g de TNT et 4g d’Hexocire, cette grenade explosive se veut aussi lacrymogène. Lancée à la main ou grâce à un lanceur Cougar ou Chouka comme les autres. Cependant, contrairement aux autres grenades lacrymogènes, celle-ci atteint le sol entière et n’explose que quelques secondes après avoir commencé à libérer son gaz CS.

C’est comme cela que des manifestant·e·s peu au fait des armes de la police (ce qui n’est bientôt plus ton cas) les ramassent en pensant qu’il ne s’agit que d’une bombe lacrymogène comme les autres et alors qu’iels les ont dans la main… BOUM !

Depuis 2001, pas moins de 10 personnes ont perdu un membre à cause de cette grenade dont 1 flic maladroit (il devait avoir deux mains gauches, maintenant il n’en a plus qu’une haha), 5 rien que durant le mouvement des gilets jaunes, il y aura même deux mains d’arrachées dans la seule journée du 1er décembre 2018.

« Arracher des membres ?! Mais c’est vachement grave ! C’est si puissant que ça ? » Bah oui, avec la GLI-F4 ce n’est plus de la rigolade. Pour te convaincre voici des vidéos d’explosions de GLI-F4 :

Alors c’est bon, tu as compris que ce n’est pas une blague et qu’il ne faut pas y mettre la main ?

Bon alors maintenant, voici à quoi ça ressemble pour que tu ne te trompes pas en manif : qu’elle soit à main ou propulsée grâce à un lance-grenade, le bout est jaune.

Range ta main, pour caillasser t’en auras besoin ! (desamrons.net)

Comment s’en protéger ?

Si une grenade GLI-F4 atterrit à tes pieds, tourne lui le dos et fuis le plus vite possible ! L’explosion va te désorienter car elle est très forte. Elle peut aussi te projeter quelques éclats qui viennent se glisser dans tes chairs si tu es trop près. Les 160-170db produits peuvent causer des dommages irréversibles sur ton audition également. En général, si tu es suffisamment réactif·ve, tu n’auras rien ou alors des acouphènes pendant quelques minutes (ce n’est jamais agréable mais c’est un moindre mal).

Pour les amoureux·ses de la technique, voici l’intérieur d’une grenade  GLI-F4 :

Dissection d’une grenade GLI-F4 (desarmons.net)

Suite aux nombreux drames qu’elle a causés et face à l’indignation grandissante de la population au sujet de cette grenade, les autorités ont certifié qu’elles seront peu à peu remplacées par les grenades GM2 L. Cette grenade, c’est la petite sœur de la GLI-F4. Les seules différences ?  Il n’y en a que 2 : les 26g de TNT + 4g d’Hexocire de la GLI-F4 sont remplacés par 58,4g d’Hexocire (!!) et le bout n’est plus jaune mais rouge, comme toute grenade lacrymogène, ce qui rend son identification difficile dans le feu de l’action, il y a fort à parier qu’il y aura des accidents avec celle-ci également…

La GM2 L, la petite soeur de la GLI-F4 (desarmons.net)
· Grenades de désencerclement :
Grenade de désencerclement ainsi que les plots de caoutchouc qui la composent

Comme son nom l’indique, cette grenade n’est utilisée par les flics que lorsqu’iels sont acculé·e·s pour se dégager (scoop : c’est faux, iels ne respectent jamais cette règle, la grenade est aujourd’hui utilisée couramment de manière offensive afin de disperser des foules).

Lorsqu’elle explose, la grenade de désencerclement produit un son de 145 db et projette pas moins de 18 plots en caoutchouc de 10g à une vitesse de 472 km/h et une force de 80 joules dans un rayon de 30m ! Voici une vidéo bien connue de violence policière dans laquelle la grenade désencerclante est impliquée (désolé·e, c’est RT, donc un média pas vraiment de notre bord, mais c’est la vidéo que j’ai trouvée où l’on voyait le mieux la scène) :

Etant donnée sa dangerosité, le fabricant stipule que la grenade doit être envoyée en roulant sur le sol. Cette consigne n’est bien sûr pas toujours respectée par nos policiers :

Comment s’en protéger ?

Tout ce qui peut te constituer une armure est le bienvenu, des lunettes pour protéger tes yeux en cas de jet non réglementaire. Le mieux reste la banderole renforcée, mais comme je te l’ai déjà dit, les flics essaieront de te la piquer. Evidemment, il ne faut pas la ramasser si tu en voies une qui n’a pas explosé…

3e niveau : Si malgré tout ça, avec ton groupe d’individu·e·s très mobiles vous êtes toujours tout feu tout flamme, les forces de l’ordre vont devoir vous corriger un peu plus sévèrement. Iels vont alors vous tirer dessus au flash-ball ou au LBD 

· Le flash-ball :

Expérimenté dans les années 90, le flash-ball se généralise en 2002. Il est caractérisé par ses deux canons superposés et projette des balles de caoutchouc à une vitesse de 430 km/h avec une puissance de 200 joules. Il peut être utilisé jusqu’à 20m même s’il est peu précis. Tirer au flash-ball, même si les nouveaux modèles super pro ont fait des progrès dans ce domaine, c’est une loterie. C’est la raison pour laquelle le LBD est plus populaire auprès de la volaille en uniforme.

Un flash ball super pro et ses munitions

Comment s’en protéger ?

En se constituant une armure, en se cachant derrière des arbres, des murets, banderole renforcée, etc, ou en se dotant d’un parapluie (les balles n’étant pas pointues, elles ne transpercent pas et viendront donc seulement buter contre le parapluie).

Bien que très mignon, le parapluie Minnie n’est pas très discret. Privilégie plutôt un parapluie noir
· Le LBD :

C’est une sorte de flash-ball amélioré : beaucoup plus précis grâce à son viseur holographique et son pointeur laser. Sa vitesse et sa puissance sont moins importantes que pour un flash ball (250 km/h et 170 joules). Pour autant le LBD est jugé plus efficace car il reste précis jusqu’à 30m !

Gendarme Mobile jouant à crever des yeux (ça a l’air rigolo !)

Le principe de fonctionnement est le même que pour le flash ball, même si les munitions n’ont pas la même forme.

Munitions d’un LBD

Comment s’en protéger ?

Comme pour le flash ball, je n’ai pas envie de réécrire, je te laisse lire.

· Le LBD 6 coups :

C’est exactement la même chose qu’un LBD sauf qu’il tire ses 6 cartouches en seulement 4 secondes…

4e niveau : Si vous êtes de sacré·e·s costaud·e·s, que les tirs de LBD ne suffisent pas, que la situation devient insurrectionnelle (<3), nos courageux·ses policier·e·s se sentiront en danger de mort, iels vous descendront alors avec leurs armes à feu.

Depuis le 28 février 2017, les conditions de légitime défense ont été assouplies. Les policiers peuvent donc, juridiquement, t’abattre plus facilement (au moins ça t’apprendra, tu ne recommenceras pas tes conneries sale petit·e enragé·e !)

Notes et conseils :

  • Dans certains cas les forces armées peuvent également être déployées avec leur armement lourd.
  • Le taser peut-être utilisé lors des interpellations. Il s’agit d’un pistolet électrique qui t’envoie 4000 volts dans le corps pendant 5s te paralysant ainsi et te procurant une extrême douleur. Bien que « non létal », 60 personnes ont été tuées aux Etats-Unis entre 2001 et 2013 du fait de l’utilisation d’un taser.
  • Dans tous les cas, ne ramasse rien que tu n’as pas formellement identifié comme étant inoffensif. Garde tes mains, t’en as besoin pour jeter des pavés.

Comme à Rugir on aime l’artisanat, on en profite pour vous donner les noms et adresses des principales entreprises qui fabriquent les armes utilisées dans le maintien de l’ordre. On ne sait jamais, si vous voulez y faire des courses.

Verney-Carron : 54 boulevard Thiers, 40002 Saint-Etienne

Fabrique les flash balls, leurs munitions et les lanceurs de grenades de 40 et 56mm.

SAE Alsetex : D254, Usine de Malpaire, 72300 Percigné

Fabrique les lanceurs de grenades de 56mm Cougar, les grenades lacrymogènes de 56 mm CM6, les grenades lacrymogènes instantanées GLI-F4, les grenades lacrymogènes de 40mm CM3, les grenades GM2L, les munitions de défense à courte portée de 40mm destinées au lbd40, les munitions SPOT et VEGA.

Nobel Sport : 57 Rue Pierre Charron 75008 Paris (rue tristement célèbre pour avoir été le théâtre… d’un assassinat par un policier ! Renaud, pas encore vieux débris, a fait une chanson là-dessus)

Coupable des grenades lacrymogènes de 56mm MP7, PLMP7, MP7 Commando, les grenades lacrymogènes de 40mm MP3, des munitions de défense à courte portée de 40mm SPARTAN LE40.

SAPL : Le Biot, 61550 Gauville

Grenades de désencerclement, grenades de désencerclement lacrymogènes DMPL, des aérosols lacrymogènes, cartouche de 12 mm SIGNAL de type fusée rouge et des équipements de protection (boucliers, casques…)

Redcore SAS : 165 rue de la Montagne du Salut 56600 Lanester

Lanceurs de Balles de Défense de 44mm KANN44 et leurs munitions MAT44

BRÜGGER & THOMET : Templestrasse 6 CH-3608 Thun

Coupable des LBD

Si ça t’a plu, alors à lundi prochain même heure pour le tome 2 du Petit Manuel de l’Émeute !

Les tomes suivants :

II- les unités du “maintien de l’ordre”

III- Aller en manif et y agir

IV – Je me suis fait·e interpeller, que faire ?

V – Fabrique tes armes de manif

8 réflexions sur “Les armes de la police, s’en protéger (Le Petit Manuel de l’Émeute – Tome I)

  1. Le bâton de protection télescopique (BPT) est INTERDIT en unité constituée (lors de maintien de l’ordre). Le port même est interdit, seul le BPPL (Bâton de Protection à Poignée Latérale) est autorisé.
    N’hésitez pas à le faire remarquer lorsque vous voyez un GM (Gendarme Mobile) ou CRS porter un BPT et lui rappeler que c’est interdit par les textes.
    Je me demande alors pourquoi la BAC a le droit à cette arme lors d’un maintien de l’ordre ?
    Pour les sommations, n’oubliez pas de filmer celui qui les fait. Il faut qu’il soit porteur des attributs (écharpe tricolore ou brassard tricolore). Sans quoi, ces sommations ne sont pas légales 😉

    1. Le BPPL peut être remplacé par un BDPL (Bâton à Double Poignées Latérales) pour certaines manœuvres (comme des barrages), même s’il est rare de les voir en maintien de l’ordre.

      1. Merci pour tes commentaires. Je ne suis pas un pro, j’ai juste évoqué ce que je connaissais déjà donc c’est forcément incomplet. Merci à toi de partager et de rendre nos articles plus exhaustifs ! 🙂

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