La production e(s)t nous

Avant-propos

Qui sommes-nous dans ce monde ? Quelle est notre place ? Quel sens à l’existence ?

Toutes ces questions n’ont idéalement qu’une réponse : la nôtre. Nous sommes acteurs de notre propre vie, artisan.e.s de notre destiné, si destiné il y a.

Mais matériellement qu’en est-il ?

Evidemment les choses ne sont pas aussi transparentes qu’elles paraissent. Ce qui paraît est simple : nous sommes seuls maîtres de nous-mêmes. Or ce qui paraît, n’est pas pour autant ce qui est.

Décidons-nous réellement de notre place dans le monde ? De ce que nous y sommes ? Du sens que nous donnons à nos vies ?

Assurément, notre place n’est pas assurée. Nous ne sommes pas ce qui paraît mais bien ce qui est.

Ce qui est.

Nous, les mailles

« Le capitalisme, c’est la production marchande, à son plus haut degré de développement, où la force de travail elle-même devient marchandise »

Lénine

La production est un secteur que nous ne contrôlons pas. Si nous choisissons ce que nous consommons (et la notion de choix est critiquable à bien des égards), nous ne choisissons pas ce que nous produisons. Jamais personne ne vous demande votre avis quant à la production à la chaîne de plusieurs milliers de cabine de camion à Bénouville. Jamais personne ne vous demande votre avis sur l’obsolescence des produits électroniques et sur leur rejet une fois obsolètes dans les pays subissant l’impérialisme. Jamais personne ne vous demande votre accord pour élever en batterie des milliers de bêtes qui voient le jour dans le seul but d’être tuées et consommées. Jamais vous n’aurez votre mot à dire car vous n’êtes pas produit.e pour ça.

Nous n’aurons un réel impact sur la consommation qu’en passant par la production. Le gaspillage, le mythique recyclage, la surproduction doivent être éradiqués à la racine : au début et non à l’arrivée de la chaîne.

Les moyens de production de l’information, des biens de consommations, des biens culturels et de divertissements ainsi que la production du savoir (l’éducation dominante) sont concentrés dans quelques mains qui jamais ne souilleront la vôtre. Mais qui tirent pourtant les ficelles de vos actes.

La propriété de ces moyens de production n’est pas notre. Elle est « propriété bourgeoise » dans le sens où elle est au profit de la classe capitaliste et conduit à l’exploitation et à l’aliénation des travailleurs et des travailleuses. La propriété même de nos lieux de vies est encadrée par ce rapport de propriété. Seul le législatif peut réguler des détails, aménager notre peine pour qu’elle soit moins perceptible, fournir des sursis en se gardant bien de s’attaquer à la structure. Le cas de l’interdiction du glyphosate avorté ou encore l’adoption du CETA donnent une idée des possibilités pratiques offertes par la loi et des priorités des politiques actuelles. Le capital a toujours un temps d’avance, une illégitime défense que nous ne pourrons déconstruire qu’en possédant un réel contrôle démocratique de la production.

Les propriétaires de ces moyens de production n’agissent que pour le maintien et l’accroissement de leurs richesses. La production est orchestrée par cette classe que nous nommons bourgeoisie, garante du capitalisme. Iels l’encadrent et le soutiennent  afin de perpétuer leur position de dominants. Leurs privilèges en dépendent. Iels jouissent du pouvoir et du devoir de neutraliser le prolétariat dans une situation d’atrophie. Les prolétaires, eux, produisent, se subordonnent, obéissent à l’encadrement et consomment les désirs qu’on leur crée pour les maintenir dans cet état d’asservissement soporifique.

Dans ce système, nous n’avons pas de réel contrôle démocratique de la production. Les prolétaires, celleux qui produisent, n’ont pas leur mot à dire sur ce qui est produit et sur comment iels le produisent.

Des produits

Indépendamment des revendications, cette grève est en elle-même une joie.

Simone Weil

Nous sommes produit.e.s et produits. Produit.e.s par nos pères, nos mères et nos pairs. Produit.e.s par le monde qui nous entoure et produit.e.s pour lui. Modelé.e.s par un modèle dans le but de lui servir.

Chaque instant que nous vivons, nous produisons le monde. Mais chaque instant qui nous a précédé se sera chargé de nous produire.

Toutes les sociétés produisent des individus dans le but de lui être conforme et de la perpétrer. C’est la logique de toute société car toute société est supérieure à la somme des individus qui la composent.

Notre monde forme et informe ses produits. Nous sommes les marchandises prêtes à être livrées sur le marché du travail. Sans lui, nous ne sommes pas des produits valables car non productifs en son sens. Sans nous, il n’existe pas.

Chaque minute passée au travail est une minute qui ne reviendra pas. Elle est une minute où l’on vend corps et âme à quelque chose qui nous dépasse.

Ainsi, il faut toujours produire pour toujours travailler et rester à sa place. Celle qui nous a été attribuée sans même que nous ayons eu le temps d’en décider autrement.

Vivre en agissant : créer le communisme

« Dans la société communiste où chacun.e, au lieu d’avoir une sphère d’activités exclusive, peut se former dans la branche qui lui plait, c’est la société qui dirige la production générale qui me permet ainsi de faire aujourd’hui ceci, demain cela de chasser le matin, d’aller à la pêche l’après-midi, de faire de l’élevage le soir et de critiquer après le repas selon mon bon plaisir sans jamais devenir chasseur, pêcheur ou critique »

Marx dans l’idéologie allemande

En possédant un réel contrôle démocratique de la production, nous pourrions ainsi décider. Arrêter le marasme écologique et la mascarade capitaliste. La fin : c’est reprendre le contrôle de nos vies. Saisir notre temps. Créer. Vivre.

Pour arriver à cette fin, il s’agit de se réapproprier les moyens de production à notre échelle pour décider quoi produire et dans quel but. Nous pourrons ainsi répondre aux nécessités de façon raisonnée et équitable. Retrouver le sens et l’urgence. Briser la mainmise de la propriété bourgeoise. Gagner le bras de fer contre le profit capitaliste. Abolir l’exploitation et l’aliénation des travailleur et travailleuses. Et tendre, ensemble, de toutes nos forces vers la seule entreprise qui vaille la peine aujourd’hui. Détruire le capital, c’est affirmer qu’il subsiste, partout dans les recoins de ce monde, un désir irréductible que le capitalisme ne peut ni voir ni saisir : celui de vivre sensiblement.


Aimé et Elie

Une réflexion sur “La production e(s)t nous

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