NDDL : Gentrification en cours

Vestige d’un panneau souhaitant la bienvenue à la gendarmerie

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Qu’est-ce que la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes ?

Genèse de la ZAD

Tout a commencé en 1963 sous l’impulsion de la DATAR (Délégation interministérielle à l’Aménagement du Territoire et à l’Attractivité Régionale) dirigée par Olivier Gichard (un homme politique de droite évidemment). Pour développer la région car on se dit que l’aéroport de Nantes est devenu trop petit et qu’il faut en construire un autre en bétonnant encore et toujours les campagnes.

Malheureusement pour Olivier Gichard, trouver un emplacement prend un peu de temps et la crise pétrolière vient, dans les années 70, mettre en veille le projet pour quelques décennies. Toutefois, en 1974, ce sont les pouvoirs publics qui créent une zad de 1225ha en Loire-Atlantique. Non, ne vous enthousiasmez pas, il ne s’agit que d’une Zone à Aménagement Différé (en gros ça veut dire que pendant 6 ans, les biens de cette zone, s’ils sont mis en vente, vont en priorité à l’Etat).

Cela aurait pu s’arrêter là mais c’était sans compter sur le gouvernement de Lionel Jospin qui, en 2000, relance le projet. 37 ans après ses débuts, c’est dire si l’aéroport était un projet nécessaire…

Ensuite, pendant 10 ans, il se passe des trucs administratifs un peu chiants (appel d’offres, décret d’utilité publique, etc).

En 2010, tout s’accélère. Vinci remporte l’appel d’offre, la résistance s’organise, les cabanes s’érigent. En 2012, le ministre « socialiste » Jean-Marc Ayrault décide de suspendre les expulsions avant finalement, en 2013, de se dire que couler du béton dans une zone humide c’est définitivement une bonne idée mais qu’il faudra faire un petit effort sur l’écologie (comprendre par là un truc du genre : « On plantera des hortensias devant l’entrée de l’aéroport et on mettra un panneau solaire sur le toit pour que les crasseux·ses d’écolos qui pissent sous la douche ou dans la sciure de bois soient content·e·s »). Pas de bol pour Jean-Marc, les écolos ne sont pas satisfait·e·s par les hortensias (peut-être auraient-iels préféré des géraniums ?).

Du coup la ZAD devient la ZAD (Zone A Défendre). On y creuse des tranchées, on pose des pièges, on jette de l’acide sur la maréchaussée (en fait c’est de l’urine mais les forces de l’ordre aiment bien en rajouter alors on va les flatter) et on utilise le cocktail popotov (ou cacatov) bien avant les gilets jaunes. Quand les condés sont trop festifs, on leur sert quelques cocktails qui brûlent un peu plus la gorge (car les zadistes savent recevoir).

Bref le projet s’embourbe…

Une manière de souhaiter la bienvenue aux forces de l’ordre selon certain·e·s zadistes.

Finalement, Emmanuel Macron arrive en sauveur de l’écologie ! Après son élection il annonce l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-Des-Landes. Victoire ! Aussitôt, sans réel accord entre les militant·e·s, une poignée d’entre elleux dégage la fameuse route des « chicanes » qui empêchait la circulation des gendarmes sur place.

Mais quid des nouveaux·elles habitant·e·s de la zad ? Des travailleur·euse·s des champs aux squateur·euse·s  fainéant·e·s…

Macron a la solution, c’est d’ailleurs cette solution qui va lui permettre de tuer la zad : les zadistes qui le souhaitent pourront déposer en préfecture un dossier pour entrer dans la légalité, les autres seront expulsé·e·s. Bien vite, celleux qui avaient entrepris de dégager la route des chicanes, déposent les leurs. Au final une quarantaine de projets est déposée en préfecture.

En mai 2018, les expulsions violentes débutent, on y résiste bien sûr, les affrontements sont terribles, mais l’ennemi est également intérieur du fait de la complicité de certains zadistes avec les forces de l’ordre (comment faire confiance, au moment des affrontements, à un « camarade » qui a eu la grande idée d’aller ranger la route des chicanes, de déposer un dossier en préfecture pour avoir une autorisation de l’Etat et d’interdire l’accès de son champ aux barricadier·e·s ?).

Qu’en reste-t-il ?

Aujourd’hui la plupart des cabanes ont été détruites, notamment à l’est de la route des chicanes dans l’ancienne zone non-motorisée. Quelques-unes à l’ouest ont également été détruites : les grandes cabanes de Châtaigne ou les cabanes caennaise et rouennaise/lilloise de la Datchacha et de Pui Plu.

La Datchacha (ou plutôt ce qu’il en reste après le passage de la gendarmerie), la cabane caennaise
Pui Plu, la cabane rouennaise/lilloise avant et après le 17 mai 2018

Les seuls édifices toujours debout aujourd’hui (à part Renaud qui a la banane rassurez-vous) sont les habitations en dur et les cabanes des légalistes (qui comme Renaud embrassent désormais les flics et l’Etat, enfin presque).

Les non-légalistes, fortement touché·e·s par ces expulsions gardent ces assauts policiers comme autant de cicatrices et ont un profond ressentiment envers celleux qu’iels considèrent comme des judas.

En plus de cela les épisodes de coffrages (une dizaine d’après nos informations) sur certains individus réputés « à problèmes » pour des raisons de sexisme, de vols ou tout simplement pour désaccord politique (car opposés à la réouverture de la route des chicanes et à la légalisation) ont achevé de diviser les zadistes entre elleux. Aujourd’hui, la zad est plus divisée que jamais. Diviser pour mieux régner, la stratégie est connue mais fait toujours ses preuves.

Carte actuelle de la ZAD
Une ZAD divisée en deux clans

La ZAD est donc divisée en deux clans : les légalistes et les non-négalistes. Entre les deux, il n’y a pas de frontière nette, juste une multitude de nuances d’opinions politiques qui représentent la “majorité silencieuse” dans ce conflit interne. Voici donc une présentation des deux « extrêmes » :

  • Les légalistes : iels ont simplement recréé un proto-Etat. On y retrouve des interdictions (des panneaux « interdiction de stationner », « sens interdit »), la propriété privée est redevenue la norme. Certaines entrées ont des portails, des chaînes.

La bibliothèque de la Rolandière n’échappe par exemple pas à ces règles : il y est interdit d’emprunter un livre en dehors des heures d’ouverture de l’accueil. Pourquoi ? Peut-on voler s’il n’y a pas de propriété ?

Enfin certaines de ces interdictions sont discriminatoires : les fosses noires sont ainsi interdites aux chiens. Dans un premier temps c’est spéciste, mais en plus ça empêche toute personne vivant avec un·e chien·ne comme compagnon·ne d’y accéder. On exclut ainsi bon nombre des « marginaux·les », des « bon·nes à rien », des « punks à chiens », des « schlagues » déjà exclu·e·s dans notre société.

Ces légalistes semblent avoir oublié que ces terres qu’ils exploitent, qui leur « appartiennent », iels les occupent encore aujourd’hui grâce à ces schlagues radicaux·les.

  • Les non légalistes : Ce sont les exclu·e·s de la société et leurs allié·e·s qui se retrouvent également exclu·e·s de la zad. Même si des projets ont été déposés (sans succès), pour elleux, il ne faut pas traiter avec l’Etat. Iels ne vivent pas de travail mais de récup’ et participent à la construction d’édifices tels que des tours ou un magnifique théâtre dans lequel des concerts étaient organisés les 20 et 21 juillet. Malgré la répression policière et l’hostilité de certain·e·s de leurs voisin·e·s, quelques-un·e·s s’accrochent toujours et restent sur les lieux même si le non-légaliste est une espèce en voie de disparition.
Schlagues révolté·e·s et légalistes pacifié·e·s se côtoient toujours sur la ZAD même si les non-légalistes sont en voie de disparition (meme dérobé sur le net dans un autre contexte)
Le théâtre où des concerts ont été organisés les 20 et 21 juillet

ZADenVies : Bienvenue à Boboland

Début juillet avait lieu un festival de la ZAD : ZADenVies

Les 5, 6 et 7 juillet, un festival était proposé dans un champ entre l’Ambazada et la Wardine, l’occasion pour bon nombre de touristes de venir visiter la Zad.

Ce festival, organisé par les légalistes, était sans doute déclaré en préfecture puisque le sens de circulation de certaines routes avait été modifié (sans réelle raison) et les poubelles sur le camping, le parking, dans l’enceinte du festival, avaient été louées à la ville…

Le sens de circulation avait été modifié pour le festival et les interdictions et injonctions à respecter l’ordre fleurissaient sur le bord des routes

On y vient comme dans un musée ou une réserve pour voir un zadiste dans son milieu naturel, pour voir sa barricade, pour le folklore, pour acheter son savon bio et de la bière (même pas d’ici) beaucoup trop chers tout en se sentant écolo. On y prend plein de photos sur lesquels visages et plaques d’immatriculation apparaissent sans que l’on se soucie que des « zadistes » puissent être recherché·e·s par la police.

Cette inconscience naïve s’accompagne bien souvent de mépris de classe envers les exclu·e·s évoqué·e·s au-dessus. Ainsi, lorsque les « schlagues » font des frites, on se moque et on s’inquiète : « Mon Dieu, ce sont ces gens-là qui font les frites… ».

La bourgeoisie investit la zad et amène avec elle ses préjugés et attitudes pourries (mépris de classe, obsessions légalistes, ne manque plus que la force “légitime” et l’élection d’un·e maire·sse de la ZAD…).

Voulons-nous d’une zad qui reste un lieu de lutte ou d’un ensemble de fermes sans partage qui se transforment, le temps de quelques weekends par an, en un parc d’attraction pour bourgeois·es écolos modéré·e·s ?

Alors schlague ou légaliste ? La zad change et il faut choisir son camp, on ne peut plus rester silencieux·se sous peine de voir nos rêves légalisés.

Clarence

Une réflexion sur “NDDL : Gentrification en cours

  1. Un grand merci pour cet article !après cinq années passées à défendre ce lieux qui était un endroit d’expérience chouette,nous en sommes partis car plus les bienvenus,nous étions selon certains-aines legalistes ” la porte d’entrée pour des radicaux!” Nous gardons un œil sur ce qui s’y passe mais la déception est immense et le deuil dur a accepter!une grosse partie de la zad nddl est morte et je tire mon chapeau à celles et ceux qui ont eut la force de rester sur place malgré la domination de territoire de ces vendus qui furent pourtant pendant un temps des compagnons-gnonnes de lutte!

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