Wav’arts : défier la ville

Cet article est une réédition d’un article parut en 2019 dans Sport à Caen (l’inclusivité et les dernières informations en plus).


Dans la lignée de ce que Henri Lefebvre appelle le droit à la ville dans son livre éponyme, une discipline, le parkour, propose par sa pratique de se réapproprier sa propre vie, son corps en se réappropriant l’espace urbain. Faire de la ville un terrain de jeu, un espace où l’on ne subit plus car on se le réapproprie, telle est l’essence de la discipline. Au parkour, suivre les sentiers battus n’est pas la norme. Ce qui serait un obstacle pour le commun des mortel.le.s, devient alors un outil de franchissement. Le mur qui borne notre esprit ne demande qu’à être franchi, d’une manière simple et efficace, ou bien de manière spectaculaire et acrobatique comme le dévoile le film Yamakasi.

 La plupart des gens voient comme nous, au début, qu’il y a des obstacles et un chemin prédéfini. On vous dit de suivre ce chemin-là, et nous on le fait bêtement et simplement. Alors qu’avec de l’entraînement physique et mental, on voit la ville avec un autre œil, celui d’un enfant.

Paul

Yamakasi, dont les participants ne sont autre que les co-fondateurs de la discipline avec David Belle et Sébastien Foucan, a inspiré beaucoup de traceurs et traceuses d’aujourd’hui. Paul Boulenger, responsable de l’association Wav’Arts, est l’un d’entre eux. La jeune association créée en 2013 a pour but de promouvoir toutes les activités dites urbaines sur l’agglomération caennaise. À ses débuts, la structure n’était qu’une affaire d’ami.e.s voulant pratiquer leur passion sereinement dans une salle de sport afin de pouvoir s’entraîner en toute sécurité.

Un engouement rapide et inattendu

L’activité mise en place par Paul Boulenger et Yacine Dehamchia connut alors un engouement rapide inattendu. Au bout de deux ans, les premiers cours ont pu être donnés. Aujourd’hui, comptant quatre de groupes de niveau d’une trentaine de pratiquant.e.s chacun, l’association a pour but une nouvelle section à chaque rentrée. Cette année, l’activité « street workout», de l’entraînement de rue au poids de corps, commence à se développer. 

Le parkour a cette singularité que toutes et tous peuvent le pratiquer. En effet, les plus jeunes à partir de neuf ans chez Wav’arts peuvent être initiés aux fondamentaux. Chacun.e de nous est différent.e et le parkour s’adapte à ses pratiquant.e.s. Il est l’art du déplacement, et tout le monde peut se déplacer a sa manière. Le parkour consistera pour certain.e.s à franchir un mur de manière acrobatique, pour d’autres à simplement le franchir ou encore à monter des marches.

 L’idée principale du parkour c’est de se déplacer dans le milieu urbain le plus aisément possible, le plus facilement, et le plus directement possible.

Paul

Préparation physique et mentale

L’entraînement apporte au corps les moyens de ne plus subir mais bien de maîtriser son environnement. La maîtrise de soi s’acquiert notamment par un travail sur soi qui n’est pas que physique mais aussi psychologique. Il s’agit de faire tomber les barrières de la peur, de prendre confiance en et d’apprendre à se maîtriser.

 Tout est adaptable dans le parkour, c’est juste se déplacer […], c’est se réapproprier le milieu urbain et son corps, nous on se prépare physiquement et mentalement à ça.

Paul

Lors des entraînements, l’accent est mis sur une préparation physique adaptée à toutes et tous, mais aussi sur un travail technique de franchissement. Le corps doit être préparé avant d’affronter un monde qu’il redécouvre. C’est dans cet objectif que les deux amis construisent leurs séances. Les jeunes le savent dès leur adhésion, les sorties encadrées par l’association ne débutent qu’au printemps. Les générations précédentes connaissent les risques de cette pratique, l’ayant eux-mêmes expérimenté, quand à l’époque les traceurs et traceuses n’étaient encadré.e.s que par eux-mêmes. Iels fournissent aujourd’hui tous les efforts pour que cette jeune génération puisse se développer sous les meilleurs auspices.

 « Trop stigmatisé »

Il s’agit ici d’une volonté d’institutionnaliser des activités urbaines souvent dévalorisés. « Nous avons la volonté de promouvoir notre discipline, le parkour, qui est un peu trop stigmatisé, comme toute culture urbaine », précise Paul Boulenger. L’association souhaite ne pas s’arrêter là et projette de s’étendre sur d’autres activités telles que la danse ou encore l’écriture. Pour démocratiser ces activités, Paul, Yacine et les autres bénévoles et encadrant.e.s de Wav’arts forment la relève qui sera à même d’entraîner les plus jeunes et de porter l’étendard de cette culture populaire et urbaine.


Wav’arts a bien grandi depuis notre visite en Mai 2018. Deux nouvelles sections ont vu le jour, trois nouveaux coachs issu.e.s du cru local entraînent maintenant les kids et donnent des entraînements les lundi soir au trampoline park et un nouveau cours de tricking a aussi été mis en place. C’est donc 70 places qui ont été créé en l’espace d’une année et qui permettront d’accueillir les futur trac.eur.euse.s. Leur groupe de performeur participe régulièrement sur des projets artistiques comme le clip du rappeur Caennais Hit La Malette ou encore le festival des arts de la rue d’Elbeuf le 29 juin dernier.

Ce 27 juillet, Wav’arts participera à l’inauguration du tramway de Caen. Au programme : show d’ouverture et animation à l’arrêt de tram du Calvaire St Pierre avec initiation.


PL

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