Tout le monde aime le Marais

(Temps de lecture estimé : 15 minutes)

Pour vous inscrire au camping cet été : https://defendrelemarais.tumblr.com/
Pour vous inscrire à l’Université Populaire cet été : https://upmarais.tumblr.com/presentation

Le squat du Marais est ce lieu qui nous tient tous.tes à coeur et que nous devons tous.tes protéger à partir du 28 juin (date légale où se profile son expulsion) et durant tout l’été.
Chacun.e est invité.e pour y découvrir cet endroit où l’utopie s’expérimente, où le dés-ordre[1] se dynamise, où la liberté se réalise, où le sens des mots se radicalise, où les agents capitalistes et capitalisés que nous sommes le reste de l’année s’autodéterminent.
Avant d’être un lieu d’émancipation, le squat du Marais est un espace de vivre-ensemble dans lequel l’altérité se confond à l’entraide dans une grande communauté où une dizaine de langues et de nationalités se rencontrent, s’évitent parfois, mais de fait s’appréhendent au quotidien.
Il se définit comme un cosmos dans lequel la lutte se sédimente dans le béton, s’incorpore dans les êtres, se déploie dans les interstices d’un système réticulaire qui persécute ces populations martyrs de la guerre économique.
Des personnes comme vous et moi, pas forcément militantes à l’origine, mais condamnées à fuir et cet été à s’engager contre la répression constante d’un pouvoir qui sacralise un moteur(l’accumulation de richesse, croissance économique) mais ne dit pas son essence : la colonisation du monde (celle du territoire et de la vie quotidienne).

Toujours pas convaincu.e.s ? Vous pouvez toujours venir en discuter sur place, puis le vivre littéralement, mais si il vous faut des garanties pour passer le pas.. nous pouvons vous les fournir !

Le Marais mieux que le travail

Si vous avez prévu de partir à la recherche du meilleur taff possible pour augmenter la qualité de vos compétences et la quantité de vos expériences sur votre CV afin de maximiser vos chances de carrière, le Marais est sans doute LE candidat sur lequel vous devez miser.

Vous envisagez de travailler dans l’animation ? Le Marais accueille des adultes et des enfants de tous âges auprès desquels.les vous allez pouvoir démontrer vos aptitudes d’attraction naturelles.
L’École Nomade qui officie déjà au Marais est composée de professionnels, d’étudiants et d’amateurs de l’animation et de l’éducation.
Elle peut être un levier pour votre intégration aux activités déjà en place et vous allez pouvoir être celui du redéploiement de leurs activités en apportant vos idées d’animations inventives et inclusives (on en doute pas) auprès des enfants et adultes présent.e.s sur places.
Dans cette même perspective inclusive une Université Populaire sera active sur place afin de désencastrer l’accès et la production de connaissances des institutions scolaires qui enferment l’apprentissage dans un cadre disciplinaire et compétitif ou dans un cadre alternatif, comme les écoles Montessori et autres, mais qui réservent l’accès à un enseignement qualitatif et expérimental aux quelques populations sensibilisées et économiquement aptes à se les payer.
Vous allez pouvoir y faire vivre n’importe quelle conférence, atelier ou autre, dans de larges sujets tout autant pratiques que théoriques, pour cela une inscription à l’agenda de l’Université Populaire est nécessaire.
Il se discute même en coulisses d’un projet de « centre aéré autogéré » inclusif, accueillant enfants et adultes, campeur.se.s et habitant.e.s, que toi, moi, nous, chacun.e va pouvoir s’approprier à sa guise au cours de ces deux mois.
Il se prévoit par ce centre aéré autogéré un fil rouge animant la vie sociale à l’intérieur du squat par des créations artistiques, sportives ou autres, qui pourront s’exprimer chaque semaine à un jour défini à l’extérieur du squat pour entraîner une dynamique créative, familiale et avant tout conviviale.
Cette dynamique va provenir du « dedans » et pourra s’exprimer au « dehors » de l’institution extra-ordinaire, sur-prenante, du squat du Marais.
Ca donne quand même pas mal envie.

Les travaux manuels sont également plus que les bienvenus au Marais et l’avantage est que quasiment tou.te.s celleux qui le pourront devraient être enclin à y participer.
Vous en avez marre de concevoir des objets avec une habileté pratique dépassant l’entendement mais qui ne se valorisent pas autrement que par une vente à des prix faramineux à des populations aisées vous expropriant de votre petit bébé pour le délaisser un mois plus tard après la rencontre d’un nouveau joujou de luxe ?
Vous avez choisi l’option de tout construire pour vous seul.e.s mais vos proches ne vous renvoient pas des compliments équivalents aux efforts que vous avez investi dans la conception de ces œuvres ?
Au Marais vos créations seront mises en résonance avec des gens qui vous aideront, s’en serviront et se l’approprieront dans un espace qui éveillera vos talents d’innovation.
Cette effusion créative de l’appropriation d’un lieu fait, véritablement, d’un.e bricoleur.se un.e artiste plus valorisé.e encore qu’un.e écrivain.e, qu’un.e aut.eur.ice ou qu’un.e musicien.ne..
Elle fait de ce lieu un environnement à part entière que vous allez pouvoir concevoir sans ces injonctions au profit ou à la productivité qui brident votre inventivité, vous allez pouvoir la mettre au service d’un esthétique, d’une practicité, d’une sobriété, d’une efficacité de votre œuvre ou outil, ou de tout cela en même temps sans vous inquiéter à l’idée de savoir si ce produit est vendable, formatable ou valorisable.
Vous allez pouvoir faire grandir vos talents d’ingénieur.e.s en concevant et en expérimentant des moyens économiques et écologiques capables de réinventer nos conceptions du confort, du besoin et de l’outil comme vous ne le pourriez le faire dans aucune autre start-up à la mode.
Le Marais, fleuron de la start-up nation, bastion écologique de l’innovation économique est l’environnement parfait pour inverser les termes d’une technologie dont les finalités sont entièrement soumises, et nous soumettent en retour, à des exigences de rentabilité.
Tout le monde apprendra de tout le monde et notre solidarité sera véritablement organique plus que machinique, la convivialité[2] s’imposera sur la spécialisation qui nous agence chaque année isolément dans une stratification sociale qui détruit le monde et persécute ou colonise ce qui l’entoure alors même que chaque parcelle de cette machine ne peut être jugée responsable d’une telle entreprise à l’échelle société mondialisée.
Même si le reste de l’année ou plus tard on travaillera pour la croissance de notre entreprise, de notre employeur ou de la croissance nationale, l’Eichmann[3] contemporain que nous sommes peut se repentir enfin au Marais cet été !
La convivialité de l’outil est ce qui va se jouer au Marais cet été et votre connaissance technique ne peut que y trouver un public fasciné à l’Université Populaire, si encore vous avez une conception solidaire de cette connaissance et que vous n’envisagez pas de rendre tout le monde dépendant de vos services avant de les marchandiser…

Si vous aussi, vous êtes né.e au sein de la Révolution technologique des appareils électroniques et vouez votre entière existence à l’usage des outils connectés, que vous êtes un orfèvre du cryptage, de la prise de vidéo, de la prise de son, ou de la création artistique en rapport : ne vous inquiétez pas, vous avez toute votre place ici !
Tout au long de l’été notre tranche de vie passée ensemble sera sans doute plus féconde si des ingés sons, images et autres sont là pour assurer les activités et nécessités soumises à ces technologies.
On imagine mal un camping sans se saouler derrière des enceintes, sans s’faire une bonne soirée film le dimanche soir dans les canaps, sans donner soif de squatter sur les réseaux aux autres camarades.
Pour cela il nous faut des génies du câble, il nous faut aussi des community managers qui font attention à préserver l’anonymat des gens sur place, des gens malin.e.s qui dynamisent la vie du camping en l’incitant à l’extérieur.
Puis faut pas oublier que beaucoup de nos plus soyeux.se.s musicien.ne.s dépendent de ces petits mécanismes, et sans eux ça serait fastidieux.
Je n’ai rien contre une émancipation totale d’une production en réseau et d’une matrice attentionnelle monopolisante, mais j’imagine mal raconter à Noël prochain à Tonton Jean Treprend et son classique « on va pas retourner au Moyen-Age » qu’on a réussi à vaincre les gens d’armes, les gens de pieds, les gens de trait et les gens de machines en élevant des pigeons pour se donner les infos, des chevaux pour foncer sur les flics et des éléphants comme ceux du « Seigneur des Anneaux » pour défoncer les hélicoptères.

Vous préférez refaire le lien entre les humains et leur environnement par le bais du travail de la terre et de la permaculture ?
Les buttes du Marais auraient bien besoin de votre aide pour être à nouveau réinvesties et vous pourriez toujours vous approprier d’autres espaces disponibles pour expérimenter vos méthodes pionnières qui feront de vous le nouveau Fukuoka.
Il sera difficile de vous cacher que 2 mois pour rendre le Marais autosuffisant par l’agriculture sera compliqué, il est même possible que le fruit de votre travail ne voit pas le jour…
On peut cependant penser que lier habitant.e.s et vacanciers.ères à un projet agricole sur un moyen terme qui dépasse l’échéance de l’expulsion ne fera que d’autant plus investir affectivement chacun.e de nous à la défense du lieu.
Vous pourriez toujours, et tout le monde vous y encouragera, proposer vos connaissances pratiques et théoriques lors d’un atelier avec l’Université Populaire, cependant si la gratuité fait encore partie pour vous des valeurs fondamentales de la permaculture…

Le Marais est une organisation d’avant-garde, avec des techniques de management bien plus disruptives que celles des entreprises contemporaines.
La dernière méthode utilisée au Marais est le contrôle hiérarchique effectué par les enfants.
Peu chers.ères, motivé.e.s, dynamiques, impitoyables, peu zélé.e.s mais fidèles, les enfants sauront toujours contrebalancer les paradoxes organisationnels les plus complexes.
Entre les nécessités de discipline et d’autonomie (« empowerment »), les enfants sauront vous référer aux règles de vie et aux règles communautaires informelles du Marais et apprécier votre subversion de celles-ci quand l’opportunité le demandera.
En tant que parfaits petits tyrans angéliques, les enfants afficheront toujours leur plus beau sourire quand vous les croiseriez, transformant comme par magie votre burn out de milieu de séjour en une explosion de joie qui révélera à nouveau toute l’ampleur originelle du sens que vous attribuez à votre engagement au Marais.

Le Marais c’est la garantie de redécouvrir le sens de l’activité dans une perspective existentielle épurée de l’exploitation du travail au sein du système capitaliste, pour celleux qui préféreront toujours leur aliénation à l’été au Marais n’oublions jamais les propos de Rosa Luxemburg : « Celleux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaînes. »

Le Marais mieux que la consommation

Vous êtes sans doute beaucoup à avoir programmé pendant ces « grandes vacances » qui s’annoncent quelques semaines à l’extérieur de votre monde routinisé par les battements de Chronos vous harcelant chaque seconde pour surveiller le déroulement de votre travail ou de vos révisions.
Malheureusement votre fuite en avant se déroule dans un même monde englobant les mêmes logiques machiniques d’accumulation, de « superflu-idification » où l’espace, le relationnel et le temps à part entière sont quantifiés, instrumentalisés.
Pendant ces nouvelles secondes d’attente disciplinée dans les queues de ce bar, de ce musée, de ce concert, de ce festival, de ce camping, vous ressasserez les secondes que vous devriez à nouveau investir pour rembourser vos dépenses maniaques estivales.
Vous constaterez la vide instrumental, le regard froid et métallique, du ou de la videur.se qui vous scrutera, du ou de la serveur.se qui vous sourira jusqu’au payement de votre commande, du ou de la guide qui répétera sa prestation formatée en se mettant en scène devant vous avec une apparente singularité.
A travers cette matrice morcelée, quantifiée, décomposée, un hors-temps à plein temps est-il possible ?
C’est la question qui nous animera toustes au Marais cet été.

Ce portrait catastrophant ne laissant place qu’à une seule alternative, celle qu’on veut vous vendre, ne résonne pas avec votre expérience ? Il est possible que vous appréciez vos vacances, mais avez vous bien distingué ses contours ?

Ces festivals que vous connaissez si bien, de près ou de loin, me semblent plus proches d’une prison mainstream que d’un véritable lieu de fête.
Le contrôle y est omniprésent pour mieux y superflu-idifier les échanges marchands et humains.
Disciplinés à la queue de l’entrée du festival nous attendons.. déjà ronds comme des poussins, d’être fouillés et vidés (de nos bouteilles et outils contondants), pour nous enfermer entre des barrières comme des poules en batterie, pucés de nos bracelets afin que l’on puisse plus rapidement nous détrousser de notre argent aux lieux de consos qui nous cuisinent et nous enfourchent comme des poulets à la broche.. ils appellent ça « turn-up ».
Des liens se nouent sans se coudre, l’adoration des artistes est économiquement et spatialement unilatérale et laisse place la nuit entre usagers du public à des relations qui se vomissent : se consomment puis s’éjectent mais presque jamais ne se pérennisent.
Tout est fait pour y consommer un maximum de choses et les souvenirs se consument, la défonce y est régimentée par une armada de sécurité et à la fin du séjour le « camp de consommation » laisse place à un champ de guerre délaissé avec son amas de détritus et son cortège d’expériences indicibles.[4]

De nombreux festivals se parent d’une identité « politique » pour reproduire leur logique consommatoire et rentable à travers un vocable se voulant « solidaire », « écologique », ou encore « éco-féministe », la logique capitaliste d’absorption de sa contre-culture y opère toujours avec la même efficacité cynique.

Au Marais ce monde s’inverse, la fête se construit ensemble et se veut durable, la seule fin sera celle de l’expulsion et les souvenirs se cristalliseront dans la mémoire collective comme une résistance à un ordre qui pour reproduire sa croissance absorbe et rentabilise l’expression de nos désirs pour seulement nous en laisser leurs miasmes.
Si vous voulez comparer ces festivals traditionnels au progressisme tout neuf offert par le Marais, sachez que les débuts du camping de cet été s’entameront par un festival d’anniversaire de l’AG de Lutte Contre Toutes les Expulsions du 28 au 30 juin (et c’est prix libre).

Les seuls individus pouvant vous fouiller et vous contrôler seront encore ces incorrigibles enfants qui se plaisent à mettre en dérision cette logique policière auprès de vous.
Les sonorités endiablées et les bières à prix libre apporteront une vibe qui fera s’accorder toutes les belles âmes présentes et feront briller les graffitis du lieu emblématique du Bâtiment D.
Les relations ne se consumeront pas nécessairement à l’aune du 30 juin, elles pourront se redécouvrir au camping et s’accompliront autrement que dans la, timide ou non, rencontre de ces 3 jours.
Elles pourront également se découvrir sensiblement au quotidien, et non par le biais de la bouillasse virtuelle des réseaux sociaux, dans la construction d’un vivre-ensemble qui ne pourra jamais se faire par le biais des institutions capitalistes et marchandes comme elles se monopolisent dans l’époque contemporaine.
Les profits du festival seront à disposition de la suite des projets sur le site durant les 2 mois de la défense du Marais.

Ce tourisme qui a rempli le rôle d’expansion existentielle des classes moyennes européennes à travers le monde depuis les années 70 laisse maintenant un léger goût de beauferie auprès des plus jeunes générations.
Les campings et leur attirail de chorégraphies surfaites, de cocktails à peine relevés, de visites du patrimoine local manipulé dans une économie touristique tout sauf originale semblent ne plus cacher la dimension néo-colonialiste de ces « grandes vacances ».
Les caprices du badaud rougeot nouveau riche ou petit bourgeois ne s’expriment plus avec la même décontraction qu’avant et c’est tant mieux ! La mise en dérision de ce mode de vie est déjà à l’oeuvre tous les dimanches au Marais et ne vous attendra pas pour continuer tout l’été.
Le tourisme entre amis, moins encadré et dans une certaine autogestion, qui ravit ma génération peut également se dérouler comme telle au Marais.
Votre petit groupe d’amis pourra se greffer aux activités du lieu et s’en détacher à votre bon vouloir, si vos vacances ne se traduisent pas en sectarisme utilitariste bien sûr.
Le tourisme humanitaire est encore une autre innovation de récupération du capitalisme de sa propre critique.
Refuge à arnaques ou théâtre de l’héroïsme occidental, ces séjours pour construire des écoles ne sont qu’une façon parmi d’autres de conjurer votre culpabilité existentielle et d’imposer sous des fards philanthropiques des façons de faire, façons d’éduquer, façons de discipliner purement occidentales qui alimenteront les besoins des industries néo-coloniales occidentales ou chinoises[5].
Je sais très bien que vous conceviez déjà ce fait et que vos bonnes intentions sont pures et lucides, dans ce cas le Marais est le lieu idéal pour les exprimer sans paternalisme, avec une conscience de la nécessité d’une horizontalité de la solidarité et dans une dialectique fertile entre solidarité commune entre habitant.e.s et campeur.se.s et apprentissage de cette conception inédite et incertaine de la solidarité.

Nous laisserons à nouveau Rosa Luxemburg exprimer son verbe de la lutte : « Seule une vie fermentant sans entraves s’engage dans milles formes nouvelles, improvise, reçoit une force créatrice, corrige elle-même ses faux pas. »
Et surenchérir avec un : Nique profit-er de la vie, cet été nous pouvons la défendre !

Le Marais c’est mieux quoi !

Camper au Marais cet été, ou juste y passer, participer à l’Université Populaire, filer un coup de main, aller au festival d’anniversaire de l’AG de Lutte Contre Toutes les Expulsions, y faire un foot avec les gens sur place … c’est « agir » au sens propre et net du terme : vivre politiquement.
Tout acte a une portée politique, porte un sens nouveau hors de l’homogénéisation de la vie quotidienne colonisée par et pour la logique d’accumulation capitaliste.
Même cet acte n’est pas réfléchi, pas immédiatement symbolisé, même si sa portée est évanescente, ce germe de Révolution s’accomplira dans la routinisation et dans la répétition continuelle des pratiques et des symboles qui s’ajusteront le mieux à la vie sur place, écloront des nouvelles institutions qui se sédimenteront dans nos corps et sur les lieux.

Aller au Marais est mieux que le repli niezstchéen, philosophique, introspectif, bref mystique, qui ne peut être que pré-Révolutionnaire.
Ce repli, aussi profond qu’il soit, se référence forcément au statu quo, à l’ici et le maintenant, à l’ordre social et ne pourra jamais représenter un véritable achèvement s’il ne se confronte pas au Réel.
Aucun chaman reconverti dans le néo-tourisme de l’ayahuasca en Amérique du Sud, même issu d’une quelconque société exotique portant l’héritage d’un véritable anarchisme institué au coeur de son fonctionnement, ne pourra vous faire « comprendre le monde tel qu’il est » étant donné qu’il est en constante transformation et que vous y participez aussi par votre action ou votre inaction.
Vous pourriez au mieux normaliser votre situation actuelle ou concevoir la conjuration de votre aliénation à travers un certain mode de vie ou mode de consommation, mais votre aliénation existera toujours et l’ordre a-social en place répétera cette situation d’aliénation toujours plus intensément pour d’autres.
La transformation de la vie collective, sociale, n’est pas dans le repli mystique.
Au Marais la dialectique entre l’aliénation de l’individu dans l’ordre social capitaliste et le référencement à ses normes (le Réel) et la transformation quotidienne de la vie dans le dés-ordre social d’un espace réapproprié par l’action politique (la Révolution) est chaque jour en tension.
Les tensions paradoxales sont nombreuses au Marais et aucun calcul philosophique, aussi poussé puisse-t-il être, ne peut y trouver une réponse inerte et c’est bien dans l’expérimentation et dans la sédimentation d’institutions dynamiques que ces tensions se résolvent.
Entre l’ambition Révolutionnaire des militant.e.s et l’urgence sociale des habitant.e.s, entre l’ambition autogestionnaire et horizontale et les différences de langue et de statuts politiques, entre la solidarité collective et le risque personnel policier (peine de prison, amende ou autres..), entre la recherche de compromis dans le rapport de force et la nécessaire continuité de celui-ci, entre l’ambition de garantir une situation aux réfugié.e.s économiques et politiques et celle de pérenniser un lieu emblématique de notre lutte… Chacun de ces dilemmes ne peut que s’expérimenter et se confronter à la réalité et l’important est d’agir sans jamais perdre l’un des pôles qui nous animent, même si des choix radicaux peuvent être forcés à être faits selon les circonstances de l’occupation, et que la cause première (la dimension solidaire envers les réfugié.e.s économiques) ne peut se substituer entièrement à la cause existentielle qui reste subordonnée à la première pour mieux se réaliser (la Révolution de nos modes de vie).

[1] : “dés-ordre” signifie pour moi la mise en suspension de l’ordre social, il ne s’agit pas de dire que l’organisation de cet été est désordonnée

[2] : La convivialité, pour Ivan Illich, s’applique aux outils (instruments, produits, usines, institutions…) quand ceux-ci sont maitrisés par l’homme (et pas l’inverse) et lui permet de façonner le monde au gré de son intention, de son imagination et de sa créativité. Il doit être appropriable par tous.tes et ne dépendre d’aucun savoir faire spécialisé, il s’oppose et ne doit jamais supposer à une division du travail et à une logique industrielle et sur-productive. C’est avant tout un idéal à atteindre, pour Illich la bicyclette est un exemple d’outil convivial.

[3] : Adolf Eichmann est un haut fonctionnaire nazi responsable de la logistique de la « solution finale ». Pour Hannah Arendt, Eichmann est l’exemple typique de la personne « « normale » » qui fait son travail avec un zèle classique, en tant que rouage d’un système criminel qui ne se porte pas responsable de l’action de ce système et ne conçoit pas vraiment sa propre responsabilité au génocide. C’est du second degré, j’suis pas en train de vous expliquer que vous correspondez à cet exemple de « banalité du mal », on va éviter le point Godwin.

[4] : Point Godwin n°2 / “défonce” évoque la consommation de substances dans un cadre légal ou illégal, c’est souvent à cela que se réduit la fête quand elle est ordonnée d’une telle manière, plutôt que prise dans son enssence: la mise en suspension, en dés-ordre, de l’ordre social

[5]: J’exagère, comme dirait Didier Super : « Y’en a des biens. » / pour approfondir ces sujets :
https://www.monde-diplomatique.fr/2012/09/KLARE/48110
http://theconversation.com/cetait-pas-du-vrai-humanitaire-mais-ca-ma-apporte-plein-de-choses-99174

Pour vous inscrire au camping cet été : https://defendrelemarais.tumblr.com/
Pour vous inscrire à l’Université Populaire cet été : https://upmarais.tumblr.com/presentation

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