L’écologie n’est pas un dîner de gala.

L’écologie libérale
Vous avez pu le remarquer, lorsque l’on parle d’écologie, certaines personnes aiment à déployer leur grands, beaux et justes principes quitte à en faire un cheval de bataille, une arme de distinction.

J’aimerais soulever un phénomène important qui se produit dans toutes les luttes sociales mais qui est encore plus flagrant dans les luttes écologistes : la culture de l’individualisme et la culpabilisation des individus. En effet, combien de fois entendons-nous ces fameuses phrases « Je recycle et toi tu fais quoi pour la planète ? », « T’es anticapitaliste mais t’as des Nike et tu bois de l’eau minérale en bouteille ? » ou « Sois le changement que tu veux être dans le monde »[1] et tout un tas de remarques comme quoi le problème serait que l’humanité détruit tout sur son passage (sauf elleux évidemment).

De manière totalement fortuite, ce sont les mêmes rhétoriques utilisées dans les médias dominants pour parler d’écologie. Car pour elleux, l’écologie est avant tout un problème d’individualité. L’écologie ne se voit pas individualisée parce qu’elle ne touche pas tout le monde, au contraire, c’est parce qu’elle touche tout le monde que nous serions toutses responsables, ce qui est un retournement faramineux. Comprendre l’humanité comme une et indivisible conduit à nier les classes sociales, à centrer le monde entier sur le rapport à la planète qu’entretient l’occident et à nier le fait que le capitalisme comme système est responsable du réchauffement climatique.

« Un cas typique de double morale, où l’on proclame une norme valant pour tous sauf pour soi. Responsabiliser les autres pour mieux se déresponsabiliser soi-même. »

Grégoire Chamayou dans le Monde diplomatique

L’écologie comme problématique individuelle a très bien été capté par le marché. Naquit ainsi la notion de « développement durable »[2] ou encore de recyclage[3] cherchant à concilier deux notions non miscibles : l’écologie et le développement, autrement dit: l’écologie et le capitalisme. Pourtant, le capitalisme produit ses propres contradictions, dont l’une majeure est la destruction de l’environnement permettant son existence. Le développement durable n’est qu’une tentative vaine, une illusion libérale que tout n’est pas déjà perdu pour lui et pour celleux qui y croient encore (cf. EELV). Ce processus de récupération est intrinsèquement lié à une acceptation telle du système capitaliste et de la « démocratie » libérale, que tout autre système nous paraît inimaginable, abstrait, impossible. Découle ainsi un déni des analyses, chiffres et constats produits depuis les années 1970.

L’État ne nous sauvera pas.
Faisons un petit rappel de quelques-uns de ces constats en se concentrant sur le rapport Meadows « Les limites à la croissance » parut en 1972. Ce rapport contient des prédictions sur l’état du monde entre 1900 et 2100 réalisées par un logiciel informatique comportant plusieurs variables telles que la pollution, la population, les ressources naturelles, la production alimentaire par tête et industrielle par tête, en se basant sur les ressources connues en 1970. Chacun des scénarios créés à partir de ces prédictions conduit à un effondrement[4] et la plupart du temps à une régulation par la famine.

Les chercheu.r.se.s ont essayé d’agir sur chacune de variables en partant d’un scénario qu’iels appellent scénario « baseline », autrement dit scénario de prédiction de base si l’on en suit les évolutions « actuelles » (pour l’époque tout du moins). Ce scénario « baseline » nous emmène vers de gros soucis dès les débuts du XXI siècle : la croissance conduit à un effondrement à cause de l’épuisement des ressources non renouvelables. Alors, nous pourrions nous dire que ces chiffres ne sont plus d’actualité, que les ressources connues sont plus grandes qu’à l’époque etc. Mais ceci ne remet en rien en cause les constats opérés sur les autres variables, car même dans l’optique d’un accès illimité à des ressources naturelles illimitées, la pollution explose, la production agricole chute et la population se régule par la famine généralisée.

Les prédictions de 1972 à 2000 ont été testées en 2008 par le chercheur australien Graham certaines boucles « positives »[5], notamment la recherche de la croissance annuelle du fameux Turner et les résultats prédits par le rapport Meadows sont encore juste.

« Les conclusions des chercheurs sont donc simples : tant que le modèle global comporte PIB (ce qui est le projet de tous pays aujourd’hui), l’effondrement est inévitable avant 2100 quel que soit l’optimisme prévalant sur les autres hypothèses. »

Jancovici

La citation précédente est tirée du travail d’explication du rapport Meadows réalisé par Jean-Marc Jancovici que je vous invite à lire pour mieux en comprendre les enjeux[ici]. Ces constats (que l’on pourrait ajouter à ceux du GIEC) nous aiguillent vers une direction : un effondrement de la société telle que nous la connaissons, le stade ultime certainement des contradictions que le capitalisme a pu générer.

Ainsi, de tous ces rapports nous pouvons tirer une autre conclusion et lever une autre illusion. Si les actes purement individuels ne peuvent sauver l’environnement, les États non plus. Il est illusoire de penser que l’Etat, dont les intérêts sont intrinsèquement liés au capitalisme, décide du jour au lendemain de passer à un modèle de société socialiste, décroissant et écologiste. Si c’était le cas, imaginons et retenons les leçons de l’histoire, combien de temps pourrait se maintenir en place un tel régime sans subir d’attaque économique et/ou militaire de la part des Etats capitalistes ? Mais surtout, l’écologie est une problématique mondiale. La pollution ne connaît pas de frontière et un Etat pratiquant seul toutes les conclusions que l’on peut tirer des différents rapports ne pourrait ni survivre ni avoir un réel impact à l’aune de la planète entière.

Seul un des scénarios du rapport Meadows ne concluait pas à un effondrement au cours du XXI siècle et celui-ci préconisait la stabilisation de toutes les variables par des changements radicaux de nos modes de vies (au niveau planétaire). Soit une chose impossible à réaliser hors d’une révolution mondiale.

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S’en sortir
Ainsi, il est vain de chercher une solution miracle, il n’en n’existe pas, rien hormis une révolution mondiale, une prise de conscience globalisée des problématiques actuelles ne pourra nous sauver de la catastrophe à venir. Notre salut se trouve dans notre adaptation au changement perpétuel du monde, au dépassement du capitalisme et à un mode de vie résilient. Afin de nous en sortir, il faudra donc nous adapter et ce dès maintenant. Pour ceci, il nous faudrait développer longuement des points qui me semblent cruciaux (ce qui n’exclue pas qu’il y en ait d’autres) et qui seront donc traités a posteriori comme : la réappropriation de techniques douces, ne consommant pas ou que très peu d’énergie (les lowtechs) ; l’éducation populaire visant à la maîtrise de ces techniques permettant l’autonomie du plus grand nombre ; la formation des corps à un monde hostile, donc à leur réarmement et à la reconquête du savoir martial.

Le sacrifice de masse des franges les plus dominées de la population du globe (pays du sud, prolétariat, classe populaire de tous pays…) ayant lieu actuellement par la destruction de l’environnement nous rappelle une fois de plus que le combat écologiste est avant tout un combat de classe. Celles-ci par leur position de dominées dans l’espace social se voient tout aussi dominées lors de catastrophes naturelles majeures par leur incapacité à s’y adapter rapidement. Aussi, se sont ces franges les plus dominées qui sont le plus exposées à la malnutrition, au coût de la vie, à une forme d’inégalité de connaissance et d’accès à ce qui ne tue pas (nous pouvons ici donner l’exemple des produits toxiques présents dans les protections hygiéniques).  Ainsi les intérêts du prolétariat et des dominé.e.s sont intrinsèquement liés à celui des écosystèmes, ceux-ci ne peuvent survivre que par la destruction du système se comportant en « maître et possesseur de la nature ». Toute lutte écologiste est avant tout une lutte sociale et ne peut être autrement.

Ce n’est qu’ensemble que nous soulèverons les montagnes.


crédit photo entête: Rk2

[1] Mahatma GANDHI, car les privilégié.e.s adulent ce négrophobe et collaborateur avec le régime colonial. (C’est leur caution « Je suis pas raciste car je cite à la lettre une personne racisée»)

[2] La notion de développement durable est née du rapport Bruntland parut en 1987

[3] Phénomène très bien détaillé dans l’article de Grégoire Chamayou publié au Monde diplomatique où sont exposés les techniques de moralisation utilisées par les industriels américains dans le développement des canettes jetables.

[4] Par effondrement nous entendons la définition de Pablo Servigne : le processus à l’issue duquel les besoins de base ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi, ou celle de Jean-Marc Jancovici : la diminution brutale de la population accompagnée d’une dégradation significative des conditions de vie (baisse importante du produit industriel par tête, du quota alimentaire par tête, etc) de la fraction survivante.

[5] Les boucles lient les évolutions des variables entre elles. « Par exemple la croissance de la pollution influe de manière négative sur l’espérance de vie, et donc sur la taille de la population, ce qui en retour agit dans le sens d’une pollution moins importante ; la croissance du produit industriel par tête contribue à la croissance du capital industriel, qui lui-même engendre une augmentation de la production agricole, mais aussi la croissance de la pollution, etc. »


PL

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